L’auteur s’interroge sur les conditions qui ont enfanté Hizb Ettahrir, un parti politique qui proclame sans ambages son projet d’Etat islamique et sa haine de la démocratie.
Par Tarak Arfaoui


Est-ce le résultat de notre révolution? Est-ce le résultat du sacrifice de nos martyrs pour une Tunisie libre et démocratique? Est-ce le fruit de la lutte héroïque du peuple tunisien? Notre combat a-t-il enfanté une bête immonde, qui commence à ramper sournoisement dans le paysage politique du pays en profitant des libertés nouvellement retrouvées, sous le masque d’un parti politique dénommé Hizb Ettahrir, qui clame haut et fort son droit à l’expression et au militantisme politique?

Les fondements de l'Etat islamique tunisien
Ce nouveau parti formé d’un conglomérat d’honnêtes citoyens tunisiens majeurs, cultivés et vaccinés, proclame sans ambages qu’il milite pour l’instauration d’un Etat islamique dont les fondements sont les suivants:
- l’instauration de la «khilafa» (califat);
- l’application de la «chariaâ»;
- le déni total de la démocratie;
- l’interdiction des partis politiques;
- la liquidation du parlement;
- la suppression du code de statut personnel;
- le jihad pour l’élimination des mécréants.
En visionnant la conférence de presse donnée récemment par ce parti, j’étais tellement abasourdi par les diatribes de ces messieurs que je me suis pincé à plusieurs reprises croyant faire un mauvais rêve tant mes sentiments vacillaient entre la stupéfaction et l’incrédulité.

Une espèce de schizophrénie politique
Ne nous trompons pas, chers concitoyens, il s’agit là d’une réalité palpable qui reflète malheureusement l’état d’esprit de certains de nos compatriotes et qu’il ne faut pas négliger. Ces messieurs touchés par une espèce de schizophrénie politique profitent de la démocratie pour la renier complètement, de la liberté d’expression pour la retirer à leurs concitoyens, de l’intelligence humaine pour abrutir les gens.
Comment la Tunisie millénaire, multiculturelle, séculairement tolérante et ouverte est-elle arrivée à enfanter un tel courant? Ce courant a-t-il vraiment une place dans notre société? Le ministère de l’Intérieur pourrait-il légaliser ce mouvement déjà interdit presque partout dans le monde arabe et devant lequel certains extrémistes seraient des enfants de chœur?
Je suis sûr que la majorité de nos concitoyens ne se laissera pas berner par cette bête immonde qui veut miner notre société. Celle-ci ne passera pas car elle insulte l’intelligence humaine. Elle est pernicieuse, rétrograde et détestable. Elle n’est pas – et ne saurait être – l’enfant de notre révolution.