Par cet emprunt à Albert Memmi, je pense à tous ceux qui parcourent notre chère Tunisie, le torse bombé, de la lueur plein les yeux et la voix portante. Tous ceux-là mêmes qui il y a quelques mois encore avaient perdu l’usage du cou à force de baisser la tête. Par Nydhal Elmahfoudhi


C’était notre cas à tous, me diriez-vous?
A mon sens, cette vérité prenait plus de sens chez ceux qui cherchaient, parfois timidement, à faire bouger les lignes. Que ce soient chez les activistes des droits de l’homme, dans les syndicats (je parle là de la base) ou parmi les membres de notre «mini» société civile.
Ces gens ont souffert de la répression dans leur chair et de la frustration dans leur esprit. Ils ont été torturés, isolés, diffamés, mis à l’index et j’en passe. Aujourd’hui, ils vivent cette victoire comme la leur. Au vu de leurs vécu, ils ont peut-être plus peur que d’autres du retour en arrière. Peut-on leur reprocher? Personnellement, ma décence m’en empêche.
Mais, que ma surprise fut grande le jour où j’ai découvert dans les médias certains de ses ex-opprimés user de la calomnie et de la diffamation à l’encontre de leurs «ennemis». Comment quelqu’un qui a connu l’injustice peut user et abuser de ces techniques?
Etaient-ce des cas isolés? Je crains que non. Que puis-je dire d’autre quand je vois surgir des «notre révolution», «nous l’avons faites, nous en méritons les fruits» ou encore «les autres…». Vous à qui on a longtemps confisqué la voix, comment pouvez-vous verser dans «l’enfer c’est les autres»? Vous qui, hier encore, étiez différents, comment pouvez-vous appeler à l’uniformité?
L’opprimé d’hier veut-il devenir l’opprimant de demain? Combattait-il son bourreau ou enviait-il sa place? Je me permets de constater que l’opprimé et l’opprimant sont devenus les deux faces d’une même pièce.
Entre ces deux faces s’érige un moment mémorable de notre Histoire. Là, il me semble que nous oublions une des leçons de ce jour historique: la séparation entre la société civile et la scène politique. Je m’explique: j’estime que, parmi les gens de bonne volonté que j’ai cités plus haut, certains ont rejoint la société civile à défaut de trouver une scène politique adaptée à leurs aspirations. Aujourd’hui que la porte commence à s’entrouvrir, ils essaient de revenir à leur premier amour à partir de leurs sanctuaires civiles. Faire de la politique n’est pas un crime, loin de là.  L’erreur est de le faire dans cadre inadéquat. Ainsi, parler de programme politique à partir d’un syndicat, d’une organisation professionnelle ou d‘une association me semble inapproprié. Alors faites votre choix, l’action associative/syndicale ou l’action politique.
Ne remplaçons une oppression par une autre. Acceptons la différence.