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Tunisie. Les ratés du programme du gouvernement Jebali

8

mai

2012

à 17:54


Le programme économique d’Ennahdha est orienté vers la correction des effets désastreux de l’ancien modèle de croissance, sans pour autant apporter des solutions aux problèmes de fond du pays: pauvreté, chômage, inégalité régionale…

Par Hatem Mliki*


Installé officiellement le 24 décembre 2011, le gouvernement conduit par Hamadi Jebali a fini par présenter, le 30 avril 2012, son programme à l’Assemblée nationale constituante (Anc).

Sahbi Atig, chef du bloc nahdhaouis à l’Anc, a exprimé, suite aux débats, sa déception quand à la qualité des remarques formulées par les députés qui n’ont pas pu formuler, selon lui, des «critiques techniques de fond». Et pour reprendre les mots de M. Atig, il me semble que la seule critique de fond qui pourra qualifier ce programme est qu’il s’agit tout simplement d’un projet sans fond.

La difficile rupture avec le système Psd et Rcd

Nous savons tous que la marge de manœuvre de la Tunisie est faible, qu’elle doit compter sur ses propres moyens et qu’elle traverse une période de transition difficile. Seulement qu’on s’attendait à ce que le programme du gouvernement d’Ennahdha, qui réclame depuis presque quarante ans le pouvoir, soit substantiellement différent du modèle de croissance de ses prédécesseurs au pouvoir, le Psd et le Rcd, auxquels elle s’est toujours opposé.

Hormis les investissements en infrastructures pour désenclaver les régions défavorisées, qui nous rappellent les fameuses visites inopinées de Ben Ali à l’intérieur du pays et l’avènement de «l’ère du 26-26», le programme présenté par le chef du gouvernement ne diffère en rien de ceux de ses prédécesseurs.

A défaut d’une analyse sérieuse des causes qui expliquent la faillite du modèle de croissance tunisien et d’une vision substantiellement différente de celle du Psd et du Rcd, il est de notre droit de nous poser des questions sur le bien-fondé de la différence entre le régime Ennahdha et les régimes précédents.

Après lecture du programme d’Ennahdha, on voit bien qu’il s’est vite orienté vers les effets désastreux de l’ancien modèle de croissance sans pour autant toucher le fond du problème: les causes de la pauvreté, du chômage, de l’inégalité régionale, etc. La proposition du gouvernement, trop simpliste et reposant essentiellement sur une logique d’indemnisation et de dédommagement des victimes (a priori c’est le point fort du gouvernement), s’est donc attaquée à l’arbre et non à la forêt.

Pour mieux comprendre la faiblesse du programme du gouvernement, nous évoquerons ici ses principales défaillances.

Ne pas reconduire l’ancien modèle de développement à l’identique

Il est utopique de croire que les effets produits par des années de déséquilibre régional peuvent être purement et simplement effacés par une inversion de la clé de répartition des dépenses d’investissement entre les régions. Celles de l’intérieur ont besoin, à l’évidence, de projets d’infrastructures qui pourraient améliorer les possibilités de croissance via l’investissement. Seulement, il ne faut pas oublier que les années d’abandon ont essentiellement touché le facteur humain. La relation avec l’argent (donc l’investissement, le salaire, le bénéfice…), le travail (donc l’organisation, la planification, le suivi…), le pouvoir (donc les droits, les obligations, la citoyenneté, la liberté, la démocratie…) et même avec autrui (relation gagnant-gagnant) ont été biaisé durant ces cinquante dernières années et doivent être revisités aujourd’hui.

A moins qu’Ennahdha soit devenu un parti marxiste et compte uniquement sur un changement des infrastructures pour modifier la «superstructure» dans ces régions, je ne vois pas d’autre explication pour cette légèreté que l’incompétence.

Par ailleurs, il est naïf de penser qu’une baisse des investissements publics dans les régions dites favorisées n’aura pas d’impact négatif sur l’économie nationale dans son ensemble. Au stade où elles sont, ces régions souffrent également de problèmes structurels menaçant la performance et la compétitivité de leurs entreprises industriels surtout en présence d’une crise profonde chez nos voisins européens. De même que le secteur touristique, dont dépend plusieurs régions dites favorisées, est aujourd’hui confronté à des problématiques, structurels aussi, non négligeables.

Pour une gestion décentralisée et participative

De même qu’il est malsain de rapporter les défaillances des administrations, les structures d’appui aux investissements et tous les autres opérateurs économiques publics seulement aux personnes nommés par le Rcd pour les gérer et que la solution réside seulement dans de nouvelles nominations, également partisanes.

A une Tunisie sous la dictature était associée une gestion centralisée technocrate exprimant seulement la volonté du locataire du palais de Carthage. La Tunisie nouvelle a nécessairement besoin  d’une gestion décentralisée et participative.

Enfin il est inconcevable de dissocier la répartition de la richesse de la création de la richesse. Le contexte national et international actuel diffère fondamentalement de celui des années 70 où le déséquilibre régional a commencé. Une politique, hors temps, risque d’être catastrophique sur la croissance, l’unité et la paix sociale de la Tunisie.

Le gouvernement aurait pu se détacher de la politique de répartition, à vocation populiste et électorale, pour se situer dans une logique d’optimisation.

Le montant dédié  aux investissements publics dans les régions défavorisées doit être dépensé dans le cadre d’un objectif d’amélioration de l’environnement des affaires (infrastructures, formation, appui institutionnel, organisation, assistance technique…) et indexé au progrès réalisés dans chaque région en termes d’emploi et d’investissements privés. C’est-à-dire mettre les régions en concurrence pour des  résultats et non pour des demandes d’aides.

Celui réservé aux regions dites favorisés doit aussi dépensé en vue d’encourager la diversification dans l’économie nationale, la recherche, les projets à forte employabilité et avec haute valeur ajoutée et l’attraction des investissements directs étrangers.

Cela signifie que l’économie nationale, donc la Tunisie entière, doit être vue dans son ensemble et dans une logique de complémentarité et notre de division entre les régions. Ceci nécessitera bien évidemment des dispositifs administratifs et juridiques  adéquats.

* - Consultant en développement.

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