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Comment peut-on être encore salafiste de nos jours en Tunisie?

3

mai

2012

à 07:50

Ne serait-il pas temps de laisser les sociétés s’organiser autour de règles claires qu’elles se donnent pour vivre ensemble sans s’entre-déchirer pour des questions religieuses et pour s’occuper des vrais problèmes du moment?

Par Rachid Barnat


Le salafisme est un mouvement sunnite politique revendiquant un retour à l’islam des origines, fondé sur le Coran et la Sunna. Aujourd’hui, le terme désigne un mouvement composite fondamentaliste, constitué en particulier d’une mouvance traditionaliste et d’une mouvance jihadiste. Toutes ces mouvances affirment constituer la continuation sans changement de l’islam des premiers siècles.

Étymologiquement, «salafisme » (en arabe: «as-salafiyya») provient du mot «salaf», «prédécesseur» ou «ancêtre», qui désigne les compagnons du prophète de l’islam Mohamed et les deux générations qui leur succèdent, c’est-à-dire les 4 premiers califes.

La violence comme moyen d’accéder au pouvoir

Le salafisme a constitué, pendant longtemps, la seule opposition politique possible au pouvoir central en place. Il a souvent contribué à la chute des dynasties régnantes aussi bien en Orient qu’en Occident, c’est-à-dire en Espagne, en soutenant que le dirigeant s’écartait de la vraie foi; et qu’il fallait le chasser aux besoins par les armes. Utilisant pour cela la religion en l’interprétant, à leur manière, toujours dans un but politique.

Les salafistes se revendiquent du premier d’entre eux, le «salaf» Omar Ibn El Khattab, qui était compagnon du prophète. Il a pris le pouvoir en s’imposant par le sabre. C’est ainsi qu’il est devenu le deuxième calife des musulmans, instaurant par la même, le régime théocratique en s’accaparant à la fois le pouvoir temporel mais aussi le pouvoir spirituel. Charge qu’il décrétera héréditaire, alors que strictement rien dans le Coran ne permet cette interprétation. Ainsi, depuis, les salafistes prônent la violence comme moyen d’accéder au pouvoir.

Le salafisme prendra la forme que nous lui connaissons de nos jours, au milieu du 18e siècle, sous la houlette de Mohamed Abdel Wahhab, qui reprend les thèses d’Ibn Taymiyya donnera naissance au salafisme wahhabite. Même son père et son frère, eux-mêmes jurisconsultes, rejetteront ses idées les jugeant extrémistes et dangereuses.

Après la mort de son père, dans un livre intitulé ‘‘Ettawhid’’ (l’unicité d’Allah), il lancera son mouvement dont l’objectif était de réformer les pratiques religieuses de la société de Nejd où il vivait, autour d’un concept simplificateur: «l’unicité de dieu» parce qu’il était «scandalisé» que les hommes de Nejd pratiquent le culte des morts au point d’en faire des intercesseurs entre eux et dieu, et de s’en remettre à eux pour toutes décisions importantes ne comptant plus sur eux-mêmes. Ce qui était à ses yeux une hérésie à combattre.

Le wahhabisme est né dans une société tribale d’Arabie, dans un milieu naturelle et hostile, parmi des hommes endurcis, en lutte perpétuelle pour la survie. Société qui n’était pas colonisée ni soumise à aucun pouvoir central.

Cet imam expliquait le déclin de la civilisation arabo musulmane par l’éloignement des musulmans de leur religion parce qu’ils se sont endormis sur leurs lauriers. Et pour retrouver la prospérité des temps premiers de l’islam conquérant, il fallait revenir, selon lui, à des pratiques plus rigoureuses des préceptes de l’islam du début. Pour cela, il prônait le renouveau du jihad et le retour aux sources.

Ainsi il va refaire une lecture littéraliste du Coran et reprendre textuellement la chariâa née de l’exégèse des compagnons du prophète et des 4 premiers califes «arrachidoun» (les sages). S’adressant à des hommes rustres et frustes, il va écarter tout «ijtihad» (effort intellectuel) et toute dialectique; prohibant même la philosophie trop compliquée pour eux, et je suppose pour lui aussi; et cela contrairement aux injonctions du Coran lui-même qui incite le musulman à la lecture et au savoir, puisque la première sourate commence par l’injonction: «Lis»!

La lutte armée contre les mécréants

Le seul jihad qu’il prônera réellement c’est la lutte armée contre les mécréants. Il a permis la violence et l’utilisation de l’épée contre ceux qu’il qualifie de «kouffar» (mécréants), tous ceux qui ne pratiquent pas leurs obligations religieuses: les 5 prières, la «zakat» (l’aumône)… leurs biens pouvant leur être confisqués… Il décrétera «halal» (licite) leur sang, tant qu’ils ne se seront pas «repentis» et revenus à la pratique qu’il préconise: le wahhabisme.

Ce qui est inadmissible dans le sunnisme où malgré les querelles d’écoles qui peuvent se condamner les unes les autres, les imams ne vont pas jusqu’à s’excommunier, car dénoncer un homme comme infidèle («kafir») est un acte si grave qu’il rend licite sa mise à mort. Ce dont usent et abusent pourtant les salafistes wahhabites.

Cette doctrine est manifestement contraire au Coran qui dispose clairement:

«Lâ ikrâha fî d-dîn» (Pas de contrainte dans la religion). Sourate 2, ‘‘ La Vache», verset 256.

Abdel Wahhab trouvera dans la tribu guerrière des Ibn Saoud, connue pour ses farouches guerriers, un allié pour propager sa nouvelle doctrine: le wahhabisme. Il y aura même un deal entre les deux tribus: celle d’Abdel Wahhab reconnaît aux Ibn Saoud le pouvoir temporel sur les tribus d’Arabie, et celle des Ibn Saoud reconnaissant à l’imam Abdel Wahhab le pouvoir spirituel, charge aux Ibn Saoud de diffuser le wahhabisme. Le drapeau de la monarchie saoudienne n’est-il pas l’emblème de ce «mariage»: la couleur verte et le texte renvoient à l’imam et le sabre renvoie à la tribu du roi Ibn Saoud.

Très vite, le wahhabisme s’est répandu dans toute l’Arabie jusque dans les pays du Golfe. Puis, il s’est arrêté à ces contrées. Il a été combattu, du vivant de son fondateur et longtemps après, par les oulémas maghrébins, de Damas… par les Ottomans, le bey de Tunis… tous y voyant un danger pour les musulmans. Faut-il rappeler que le Bey de Tunis répondit à Mohamed Abdel Wahhab qu’il n’a rien à apprendre aux Tunisiens, après que les oulémas de la plus grande université théologique d’Afrique, la Zitouna, l’avaient mis en garde contre l’obscurantisme et la dangerosité de sa doctrine.

Il faut attendre les deux guerres mondiales et la découverte de l’or noir pour voir les Ibn Saoud reprendre à nouveau le leadership dans la région. Puisque le chef de la tribu Ibn Saoud chassera le roi du Hijaz et prendra sa place avec l’aide des Anglais; et les Américains, conscients du potentiel de l’Arabie en hydrocarbure, feront un accord avec ce roi: sécurité contre pétrole. Accord toujours en vigueur, les Américains assurant la sécurité du nouveau royaume contre un pétrole à volonté et à un prix «ami».

Cette monarchie va asseoir son pouvoir grâce au wahhabisme. Comment?

Des associations vont se créer à travers le royaume pour policer la société. Ainsi des gardiens de la morale vont se déployer à travers tout le pays. Le nom de ces milices est évocateur «Al amr bel maârouf, wa ennahy alal monkar» (Ordonner le bien et interdire le mal), fondement simpliste de la doctrine d’Abdel Wahhab.

Ayant clôt «l’ijtihad intellectuel» (l’exégèse), les adeptes du wahhabisme vont développer un programme «clef en main» à l’usage d’un peuple inculte où tout est minutieusement annoté pour régenter la pratique de la foi «du bon musulman» au quotidien, de sa naissance à sa mort. Des opuscules sont mêmes édités et distribués gratuitement ou à un prix symbolique, pour y trouver les consignes d’observance stricte des pratiques «halal» (licites) et du rejet des pratiques «haram» (illicites), auxquelles ils ont réduit l’islam!

Ce système a pu prospérer dans ces régions (Arabie et le Golfe arabique) parce leurs sociétés fonctionnent toujours sur un mode tribal où les hommes sont encore primitifs et incultes dans leur immense majorité. Ce qui permet à une minorité de s’arroger le droit d’en être les tuteurs et de veiller tel un berger sur un troupeau où l’individu n’existe pas et doit s’effacer devant le groupe et se soumettre au chef.

Ces associations renient la nation, la république, ses lois et ses règles telle que la démocratie! Elles veulent un retour aux pratiques ancestrales traditionnelles d’avant l’apparition de ces concepts.

Les Américains profitent de l’ignorance des peuples

Le wahhabisme saoudien s’est basé sur des pratiques simplistes: ses adeptes occupent avec «le halal» (licite) et le «haram» (l’illicite) l’esprit des hommes pour les empêcher de toutes réflexions ou toute activité intellectuelle qui les détourneraient de dieu… au profit du roi, mais aussi (le savent-ils?) au profit de l’étranger. C’est ainsi que les Américains profitent de l’ignorance et de la soumission de ces peuples assis sur un tas d’or noir.

Ils s’autoproclament oulémas de la «oumma» (nation islamique) au-dessus des lois de l’Etat. Traitant la masse comme un troupeau et eux, ceux qui le dirigent. Les trois domaines de prédilection où ils interviennent régulièrement sont:

- le vin;

- le chant (et par extension tous les arts), et

- la femme, source de tous les maux pour une société.

Bref, tout ce qui peut distraire le croyant et l’éloigner de dieu, pensent-ils.

Or un vrai «alem» (singulier de «ouléma») est un savant qui touche à tous les savoirs de son époque et apprécie tous les arts aussi: chant, poésie, danse… Ce qui n’est malheureusement pas le cas de ces nouveaux oulémas starisés par les chaînes qataries, saoudiennes… incultes souvent, au cursus «scolaire» douteux, mais autoproclamés «alem» et guide spirituel, parce qu’ils se sont distingués par leur verve, et se prennent pour des théologiens pour avoir lu le Coran et appris la chariâ, leur unique «culture».

Ce qui est le cas du prédicateur le plus en vogue actuellement, l’autoproclamé cheikh Youssef al-Qardaoui, qui prétend au journaliste qui anime avec lui l’émission en vogue «La chariâ et la vie», que le savant est au-dessus des lois et des rois puisqu’il est le dernier recours pour dire et expliquer comment être un bon musulman! N’est-il pas au fait de la chariâ? Étonné, le journaliste lui précise qu’un imam ne peut être au dessus du roi puisque c’est lui qui le rétribue. Imperturbable et sûr de lui, notre cheikh affirme qu’il ne doit rien au roi… puisqu’il est payé par l’institution qui fait appel à ses services! Belle supercherie et belle hypocrisie.

Sous couvert d’association culturelle, se cache en fait des associations gardiennes de la morale comme il en existe dans les pays du Golfe et d’Arabie; que ceux-ci ont développé en Somalie, en Afghanistan…, pays où l’Arabie et son rival le Qatar tentent d’étendre leur hégémonie.

Dans les pays du printemps arabe, de telles associations sont financées par les pays du Qatar (en Egypte et en Tunisie) mais aussi en Algérie… l’une d’elle vient d’être légalisée en Tunisie par le gouvernement Hamadi Jebali, dominé par le parti Ennahdha.

Ces associations, par une lecture sommaire du Coran et des hadiths, ignorent à dessein toutes les sourates qui annulent leur idéologie ou ne les soutiennent pas: ainsi ils interdisent l’accès aux femmes d’accéder aux postes de responsabilité, ce qui est arrivé à la directrice de la radio Zitouna qui a été accusée de mécréante et chassée de son poste sous l’insulte de barbus, mais qui ne peut récupérer son poste malgré un jugement que le pouvoir ne fait pas respecter !

La Tunisie livrée aux prédicateurs extrémistes

Or que fait le gouvernement dominé par Ennahdha? Il livre la Tunisie à toutes sortes de prédicateurs, souvent obscurantistes, au nom de la liberté d’expression… à moins que ce ne soit la volonté de leurs amis qataris et saoudiens contre laquelle Ghannouchi et ses hommes ne peuvent pas grande chose. Ainsi les Tunisiens devait recevoir, le 3 mai, le prédicateur vedette de la chaîne de TV Al-Jazira, connu pour ses diatribes contre les femmes et que de nombreux pays ont chassé ou lui ont interdit de venir corrompre leur peuple par son obscurantisme.

Surprise! Dans l’émission «Tammoulat fiddin wa siasa » (Méditations religieuses et politiques), sur la chaîne Al Hiwar TV, consacrée à Mohamed Abdel Wahhab, Rached Ghannouchi semble se démarquer de celui-ci et de son mouvement. Alors, il faut qu’il cesse lui et ses hommes d’entretenir une ambiguïté dangereuse pour la Tunisie et d’avoir toujours un double langage!

Peut-on le croire lorsque l’on voit les salafistes envahir de nombreuses mosquées et commettre des agressions sans que le pouvoir ne réagisse vraiment? Peut-on le croire  alors que dans le même temps sont invités en Tunisie des prêcheurs dont nul n’ignore qu’ils sont wahhabites? Va-t-il laisser prospérer le wahhabisme aussi bien dans nos mosquées que dans es écoles coraniques ainsi que dans les associations pour submerger le traditionnel malékisme des Tunisiens, alors qu’il sait ce qu’en pensent le père de Mohamed Abdel Wahhab, ainsi que son frère et tous les oulémas de son époque, de sa doctrine? Et que lui-même semble désapprouve? Alors qu’il est très clair que ce mouvement est contraire à de nombreuses dispositions du Coran et n’est en réalité qu’un mouvement politique violent et agressif.

Or on sait que tous les mouvements salafistes au cours de l’histoire ont été toujours repris et refondés selon les interprétations de leur chef de file. Les chefs ayant une lecture différente du Coran et de la sunna, rejettent toujours celles de leurs prédécesseurs que souvent ils qualifient de mécréants ou d’apostats… et les excommunient pour avoir fait une autre lecture que la leur!

Où cela va-t-il s’arrêter?

Ne serait-il pas temps de laisser ces débats intellectuels aux intellectuels et de laisser les sociétés s’organiser atour de règles claires qu’elles se donnent pour vivre ensemble sans s’entre-déchirer pour des questions religieuses et pour s’occuper des vrais problèmes du moment?

Le seul moyen de prémunir la Tunisie de ces dérives est de maintenir l’article 8 de la constitution de 1959 en complément de l’article premier qui a finalement était maintenu.

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