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Tunisie: Pourquoi le meeting de Monastir fait-il si peur aux islamistes?

26

mars

2012

à 08:48

Pourquoi craindre l’union centriste en gestation ? Cette union peut-elle faire basculer les choix des urnes aux prochaines élections ? Forcément, sinon personne ne s’y serait intéressé ou ne l’aurait craint !

Par Leila Baccouche*


C’est avec un goût amer de stupeur et tristesse, que j’assiste depuis samedi après-midi à un lynchage et une concentration d’attaques sur Béji Caid Essebsi suite à l’appel de la nation qu'il a lancé et inauguré à Monastir samedi 24 mars. Je m’attendais à des attaques de partisans d’Ennahdha mais certainement pas à autant de ferveur de la part des autres citoyens tunisiens.

Qui se sent menacé par «l’appel de la nation» ?

Pourquoi tant de haine ? Pourquoi tire-t-on sur ce front qui tente de se construire ? Qui serait menacé par ce front ?

1. Le parti Ennahdha, qui se retrouve à l’approche des élections menacé par l'échec de sa gouvernance.

2. La «troïka» entière est menacée car les partis au pouvoir prendront un sacré coup suite à la chute d’Ennahdha. Là, on critique, mais une fois l’animal à terre, il sera lynché.

Mais, au fait, qui sont ceux que l’on traite de Rcdistes ?

Les 50 partis qui ont participé au meeting regroupent des anciens du régime, des destouriens mais également des démocrates progressistes, des indépendants. Comment tout ce beau monde deviendrait-il Rcdiste sachant que toutes les figures politiques étaient présentes avant les élections et y ont participé ?

Comme dit le proverbe : «Qui veux tuer son chien l’accuse de rage». Comment casser ce front qui tente de se constituer ? Crier au Rcd ! La présence de Nejib et Issam Chebbi ou Emna Mnif et Yassine Brahim n’empêcheront pas les mauvaises langues de jaser.

Les prochaines élections en point de mire

A mon avis, il faut laisser le temps à ce front afin d’en comprendre les tenants et les aboutissants. L’appellation «retour du Rcd» est grotesque, les partis issus du Rcd et ceux qui se disent destouriens existent depuis quelques temps déjà et n’ont pas été créés pour la circonstance. Le fait qu’ils se regroupent n’est pas une garantie en soi. En revanche, il est évident que ce front aiderait à réintégrer les personnalités issues de l’ancien régime dans le discours politique. En les associant à des figures démocrates centristes, la pilule passe mieux d’autant plus que l’intérêt de la nation est en jeu, que les masques du parti Ennahdha sont tombés et la désillusion due au Cpr et Ettakatol confirmée.

Par ailleurs, l’article 15 qui a permis d’exclure les anciens du régime lors des élections de l’Assemblée nationale constituante (Anc) ne pourra pas être reconduit alors que nous voulons une constitution qui abolit tout risque d’exclusion.

Mais pourquoi craindre ce front ? Cette union peut-elle faire basculer les choix des urnes aux prochaines élections ? Forcément, sinon personne ne s’y serait intéressé et il n’y aurait pas eu cet acharnement !

Pour autant doit-on constituer un seul front face à Ennahdha ? Ou plusieurs ? Les destouriens, les démocrates centristes, les gens de gauche ? Encore une fois, nous risquons l’éparpillement sauf que les voix ne seront plus dispersées entre une centaine de partis mais une dizaine de coalitions.

En définitive, nous apprenons de nos erreurs mais ce n’est guère suffisant.

Eviter les erreurs du passé

En cette période de constructions partisanes, chacun doit assumer la responsabilité de ses paroles. En parlant du retour du Rcd, en traitant de Rcdistes les participants à ce front, en affichant ‘‘Rcd dégage’’ en image de profil sur Facebook, nous nous dispersons et refaisons la même erreur qu’au printemps dernier avec l’article 15, sauf que cette fois-ci ne seront pas exclus uniquement les Rcdistes mais également toute la frange de l’opposition (partis et société civile) qui aura pris part à cette initiative. Autrement dit, nous préparons une nouvelle victoire d’Ennahdha.

Alors que les choses ne soient pas prises à la légère, car c’est ce qui me semble depuis samedi sur la toile, l’enjeu n’étant pas le même. Laissons le temps faire les choses, si cette initiative est bien accueillie par la frange démocrate tant mieux, nous pourrions alors bâtir dessus quelque chose de solide. Les prochains jours seront décisifs et nous en diront plus sur l’écho fait par cette initiative.

Mon humble avis est qu’une telle initiative de rassembler autant de monde ne pouvait pas venir d’autre que M. Caïd Essebsi. Sa popularité, son engagement pour la patrie durant la période difficile que nous avons traversée suite à la démission de M. Ghannouchi lui confèrent une solide légitimité. Mais aura-t-il l’obligeance de se mettre en retrait et de laisser du sang neuf sur le devant de la scène ?

Plus d’un an après la révolution, les vrais coupables n’ont pas été punis, certains circulent librement encore. Nous sommes bien loin des objectifs de la révolution et ne cessons de dériver chaque jour. L’éponge ne peut pas être passée si vite, il va falloir prendre le temps et la peine de réconcilier ensemble toutes les parties concernées.

* Universitaire.

Credit Photo : Le courrier de l'Atlas

     

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