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Entre chariâ ou pas chariâ, la Tunisie balance!

16

mars

2012

à 07:54

Il est indispensable que cette question politique soit réglée rapidement par Rached Ghannouchi et ses hommes, car la poursuite de ce débat pourrait nuire gravement à l’unité du pays.

Par Rachid Barnat


Un débat autour de la future constitution, lundi soir, sur la chaîne Watania 1 : Habib Khedher, rapporteur de la commission et neveu de Rached Ghannouchi, président d’Ennahdha, paradait sur le plateau arborant un sourire inquiétant pour défendre l’idée d’inclure la chariâ dans la future constitution.

Parmi ses contradicteurs, deux ont retenu l’attention.


Habib Khedher, le dogmatique.

Conseil d’Etat ou collège religieux

Le premier est un constitutionnaliste qui rappelle à M. Khedher que ce qu’il propose n’a jamais fait partie des objectifs de la révolution qui sont, lui rappelle-t-il, liberté, dignité et travail ! Il lui rappelle aussi que la charia entraîne des interprétations diverses et que se posera alors la question de l’autorité supérieure qui devra trancher entre des interprétations opposées. Cette autorité sera-t-elle civile sous forme d’un conseil d’Etat, ou religieuse sous forme d’un collège de religieux, dont les «fatwas», comme tout le monde sait, sont arbitraires, indiscutables et antidémocratiques ? Ce qui revient à dire, l’instauration pure et simple d’un régime théocratique !

Il le met en garde que si son parti et lui veulent imposer leur propre idéologie dans la constitution, il donne un à deux ans aux Tunisiens pour la rejeter à la faveur d’une nouvelle révolution !

Le second contradicteur est un journaliste et homme de lettres, ancien membre actif du premier parti islamiste de Ghannouchi. Il met en garde Habib Khedher et lui conseille de ne pas ouvrir la boîte de Pandore en axant le travail de la constituante sur la chariâ. En effet, lui rappelle-t-il, de quelle chariâa parle-t-il ? Celle à laquelle se réfère Ennahdha ? Ou celle des salafistes ? Ou celle des autres obédiences dont chacune en fait une lecture différente… ?


Rafik Abdessalem, le moderne.

La belle trouvaille de la constitution de 1959

Le journaliste rappelle à M. Khedher que l’article 1 de la constitution de 1959 suffit pour préserver ce à quoi il semble tenir, à savoir l’«identité arabo-musulmane», puisqu’il mentionne clairement en préambule : «La République tunisienne est une république dont la langue est l’arabe et la religion est l’islam». Il n’est donc pas nécessaire d’inquiéter les Tunisiens inutilement par des propositions partisanes… Et quoi qu’il en pense, il lui dit que la constitution de Bourguiba s’est inspirée à 66% de l’obédience de l’imam Malek en concertation avec les imams de l’université de la Zitouna. Pour preuve, quand Bourguiba a voulu l’égalité des femmes avec les hommes en matière d’héritage, on lui a rétorqué que, selon l'article 1, c’est contraire à la prescription du Coran.

Ce à quoi Habib Khedher a fini par répondre qu’en fait, sa proposition est tout-à-fait personnelle et n’engage que lui. Mais que personne ne l’obligera à dévier de ses idéaux quitte à se ranger dans l’opposition.

La réponse du journaliste, bien au fait des discours de ses anciens amis nahdhaouis, lui rappelle que M. Ghannouchi lui-même, depuis son retour de son exil londonien, a maintes fois répété que la république restera une république civile, et qu’il ne fera pas appel à la chariâ !

Un jeune de l’opposition, présent sur le plateau, reprochera à Habib Khedher de raisonner en avocat là où il est question de politique. Autrement dit, il épingle le manque de culture et de maturité politique de ce jeune qui n’est arrivé à la constituante et au poste qu’il occupe que par la volonté de son oncle Ghannouchi !


La charia appliquée dans certains pays musulmans d'Asie.

Pour lui rappeler ce que les Tunisiens attendent de la constituante, il lui cite l’exemple de :

- l’Afrique du Sud qui a su rédiger une constitution consensuelle pour des ethnies et des religions multiples qui caractérisent son peuple ! ;

- l’Indonésie, le plus grand pays musulman par le nombre d’habitants, qui n’a pas intégré la chariâ dans sa constitution.

Ce que ces deux peuples ont pu faire, les Tunisiens devraient le pouvoir aussi, laissera-t-il entendre à Habib Khedher.

Couper court aux inquiétudes des Tunisiens

Or depuis, les débats se succèdent autour de cette question dilatoire : la chariâ sera-t-elle inscrite dans la constitution ou non ?

Dans l’un d’eux, sur Hannibal TV, dans l'émission ‘‘Essraha Raha’’, le ministre des Affaires étrangères convient que l’article premier de la constitution de 1959 sera probablement maintenu tel qu’il est et qu’il se suffit à lui même sans qu’il y ait besoin d’en rajouter pour couper court aux inquiétudes de beaucoup de Tunisiens.

Rafik Abdessalem, étant proche de Ghannouchi, ne peut avoir avancé une telle information sans qu’il n’ait eu l’aval de son beau-père, le guide spirituel du mouvement Ennahdha auquel il appartient.

Par ailleurs, ce même guide spirituel ne cesse de multiplier les interviews où il affirme que la Tunisie sera dotée d’un code civil, excluant ainsi la chariâ. Mais pas plus tard que lundi soir, lors d’un autre débat sur la chaîne Watania 1, toujours autour de l’islamisation de notre constitution, l’un des présidents de commissions à la constituante, appartenant au parti Ennahdha, remet çà !

Pour couper court à ses affirmations que la chariâa s’impose dans un pays musulman et qu’il faille l’inscrire dans la constitution pour affirmer l’identité arabo-musulmane des Tunisiens, l’un de ses contradicteurs, constituant lui-même, lui rappelle qu’il ne peut être plus royaliste que le roi ; puisque le prophète Mohamed lui-même pour gérer Yathreb, l’actuelle Médine, a demandé au Conseil des sages d’établir les règles de vie commune. Ce qui constitue bel et bien un code civil pour régir les différentes communautés d’alors (juive, chrétienne et musulmane) vivant ensemble. Et que, par conséquent, un code civil doit être toujours actualisé pour être adapté aux besoins et à l’époque des peuples. En lui précisant que la constitution qu’ils sont en train de rédiger ne sera pas éternelle, elle non plus, puisque dans 3 ou 4 générations d’autres la réécriront !


La charia appliquée en Malaisie.

Division, indécision ou stratégie dilatoire ?

Je rajoute que les Tunisiens doivent se méfier absolument de toute référence à la chariâ car, une fois inscrite dans la constitution, elle permettra à Ennahdha d’imposer des règles de vie dont les Tunisiens ne veulent pas et qu’ils ne pourront écarter. C’est donc extrêmement dangereux et le combat sur ce terrain doit être très ferme.

Par ailleurs, la chariâ prend des formes très diverses selon les pays, des colloques nombreux se sont penchés sur la question et l’on en débattra encore dans cent ans car la notion est une de celles les plus floues qui puissent exister !

Alors il est indispensable que cette question politique soit réglée rapidement par une prise de position claire par M. Ghannouchi et ses hommes car la durée de ce débat nuit gravement à l’unité du pays et à son efficacité. Il faudrait trancher une bonne fois pour toute et très vite ce débat pour pouvoir passer aux véritables objectifs de la révolution comme le rappelle le doyen d’une faculté présent sur le plateau : le développement économique du pays et la lutte contre le chômage.

Ces bavardages nuisent et ce pouvoir est en train de laisser pourrir la situation.

Ce n’est quand même pas trop demander, après des mois de débat, que la question soit enfin tranchée.

A moins que ce ne soit une stratégie dilatoire pour se maintenir au pouvoir dans d’autres optiques, mais les Tunisiens ne se laisseront pas duper. Auquel cas, ce gouvernement sera dégagé comme le fut Zaba.

   
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