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Lettre à mes amis du lycée Carnot de Tunisie

19

janvier

2012

à 07:54

Karim Jaffel écrit une lettre à ses amis du lycée Carnot de Tunis à l’occasion de la célébration du 1er anniversaire de la révolution du 14 Janvier. La liberté retrouvée est aussi synonyme de nostalgie.


Chers amis … un grand salut à vous tous où que vous soyez !

D’abord, je dois vous dire que vous me manquez en cette journée du 14 janvier ! Plus de 30 ans peut être que nous ne sous sommes pas vus !? C’est vrai… les années passent vite ! Je vous écris de la Tunisie. Certains d’entre nous l’ont quittée depuis quelques années, mais je suis sûr sans jamais la quitter de cœur.

Il y a de cela 2 ou 3 ans, j’ai croisé Aida, Yves et Johanna à l’aéroport ! Un pur hasard ! Et Philippe aussi venu au mois de juillet pour quelques jours de vacances. Les émotions sont restées les mêmes après tant d’années. Fortes en étreintes et volumineuses en souvenirs avec des «tu te rappelles» et des «Ya hassra» qui reviennent à chaque fin d’histoire vite racontée.

Les émotions des années passées ensemble

Il faisait quand même beau dans notre lycée Carnot ! Le bougainvillier pourpre à l’entrée du lycée ! La salle 44 et le Cdi à l’étage ! Et monsieur Koeller le proviseur au crâne rasé, toujours debout à l’entrée ! Et madame Baccar la prof de musique ? Et notre médecin, la maman de Youssef et d’Emna qui venait pour entendre notre cœur et nous dire au final que tout va bien ! Ya Hasra, Ya Hasra !

Le lycée Carnot et ses années 80. Avec Bourguiba lui-même élève de ce lycée, on se sentait tous président ! Franchement avec tout ce qu’on a pu déballer comme bêtises, je suis sûr que nos profs n’auraient jamais imaginé nous enseigner des choses pour nous voir un jour diplômés !  C’est vrai ... non ? Vous vous imaginez un peu ce qu’on a pu se bagarrer, faire les pitres et se lancer des fusées ?

30 ans après, chacun de nous a fait son chemin pour devenir ce qu’il est : dans la musique, dans le commerce, dans la médecine, dans l’enseignement, dans les médias…  Chacun me lira avec les yeux de son métier, avec ses habitudes de quadra dépassé, à l’heure du pays où il vit… mais certainement avec les mêmes émotions des années passées ensemble…

Finalement ces profs qu’on n’arrêtait pas d’embêter nous ont enseigné de l’histoire et de la géographie, mais aussi appris des choses qui nous permettent de vouloir rester en contact trente ans après ! Quelle prouesse ces professeurs de nous avoir enseigné ces codes de société.

Le respect des différences

Avec un peu de recul, il faut dire aussi que nous avons beaucoup appris dans ce lycée ! Se respecter soi même, respecter autrui et considérer la différence comme une bénédiction. Je me rappelle que nous partagions les rêves et les goûters, les fêtes et les anniversaires sans nous poser de questions sur le fait d’être musulman, chrétien, juif ou bouddhiste. La maman de Youssef était juive je crois, notre proviseur était peut être chrétien et nos profs… je ne sais plus ! Je me rappelle qu’on attendait l’occasion de partager les gâteaux et les galettes à l’Aïd, comme pour Kippour, ou pour Pâques. Je me rappelle de cette dame qui m’a vu grandir et que j’appelais Mamie. Elle venait souvent frapper à notre porte les vendredis soir pour lui allumer la lumière. Et que nous tapions à sa porte pour jouer les samedis soir avec Cyril, Diane et Audrey, ses petits enfants.

Je me rappelle que, malgré les attitudes caractérielles et les convictions personnelles, les évènements que nous voyions à la télévision déroulant sous nos yeux des atrocités en Orient, comme en Occident, n’effaçaient en rien le fait que nous nous sentions unis et Tunisiens.

Fort heureusement, notre toile de fond était les sandwichs de Chérif, les fricassés de Manino, le sorbet fraise de Bébert, la glace artisanale à Bab El Khadhra, les madeleines de La Parisienne et les terrasses d’hôtels du centre-ville toujours remplies d’artistes bien habillés et d’amoureux pudiques qui venaient se désaltérer autour de musique et de café.

Einstein aurait eu les larmes

C’est vrai que depuis 30 ans, les choses ont quelque peu changé. Chacun est parti de son côté et toutes ces bonnes choses ont été épilées sans être replantées. Des distances se sont creusées entre les gens d’un même quartier… entre les gens d’une même communauté... et même entre frères et sœurs d’une même portée ! C’est vrai ! Que dire ? Dommage qu’on ait grandi ? Dommage que tout le monde n’ait pas eu les mêmes profs que nous pour rester amis ?! Enfin… il y aura sûrement d'autres choses qui viendront... Une question de temps puisque rien ne se créé, rien ne se perd, tout se transforme ! Einstein aurait eu les larmes aux yeux s’il avait vu le 14 janvier 2011 et la transformation de toute la société tunisienne en à peine 24 heures  Toute la Tunisie était unie autour de vérités, de valeurs et de respects. Tout le monde défendait son voisin ! Tous les Tunisiens respectaient un nouveau code de société et attendaient leur tour pour acheter du pain !

Depuis, cette force est toujours là… mais par endroit ! Oui… bon... c’est vrai que des allumés se sont pris à des journalistes, que des sit-ineurs mettent en difficulté une université, que de nouveaux révolutionnaires se réveillent avec de nouvelles revendications et que des invités emblématiques réveillent les démons d’agressivité. J’ai entendu des propos insultants. Mais il faut dire que la démocratie demande un système de sécurité, une justice et des médias bien calibrés pour assurer les libertés des individus et des collectivités. Pour l’instant, ces chantiers sont au stade des Avant Projets Sommaires avec des coups de crayons en style parabolique… Le plus dur sera de bien dimensionner les piliers… Sinon rebelote sur le compte des nouvelles générations !

Bon… Si par hasard vous avez l’occasion de lire cette lettre, aujourd’hui, comme dans quelques années, sachez que les murs de vos maisons en Tunisie vous réclament pour venir les visiter ou simplement les regarder ! Vous passerez bien par Bir Lahfay à Sidi Bouzid et par Dernaya à Kasserine et vous reviendrez à l’Ariana, à Nabeul, à la Goulette et à Sidi Bou Said.

Au fait, le bambalouni n’est plus à 100 millimes des années 80, il est à 500 millimes ! Ce n’est pas la faute à Moody’s, ni à la Révolution ; mais simplement que les temps ont un peu changé et qu’il va falloir s’y habituer en toute liberté de pensées.

     

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