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Des lueurs d’espoir à l'horizon tunisien !

18

novembre

2011

à 09:14

Néjib Tougourti écrit – La réussite des réformes politiques et économiques et le respect des droits et des libertés aideront le courant islamiste à se débarrasser, progressivement, de sa fraction radicale et extrémiste.


Faut-il fixer toute notre attention sur le résultat des élections et le triomphe des islamistes et ne voir dans l’évolution de la situation actuelle du pays qu’une conséquence, négative et malheureuse, d’un choix erroné des électeurs, ayant coïncidé avec l’affaiblissement du rôle de l’intelligentsia et de l’élite séculière ? Les urnes ont-elles manqué de discernement en se rangeant du côté d’une force politique qui, bientôt, s’avèrera incompétente, opportuniste et réactionnaire ?

Rompre avec un passé d’injustice

Les citoyens qui se sont déplacés, tôt le matin, qui ont fait la queue, attendu de longues heures devant les bureaux de vote, ont-ils, pour la plupart, obéi à un réflexe primaire de repli, de peur, en se refugiant auprès de certains partis conservateurs et populistes, à référentiel moral et religieux ?

Nombreux sont, cependant, il faut bien l’avouer, les Tunisiens qui ont ignoré les mises en garde des partis laïques, ne se sont pas déplacés pour les soutenir, malgré leurs exhortations et parfois, pis encore, ont voté contre leur camp, par dépit et par colère. Nombreux, ceux qui ont voulu un changement radical qui rompe, définitivement, avec un passé d’injustice et de corruption sous l’ancien régime, à référentiel moderniste.

Nombreux ont fait confiance aux dirigeants du parti à référent religieux, lorsqu’ils ont promis, d’une façon répétée, qu’ils ne mêleront pas politique et religion, qu’ils ne tenteront pas de changer, par la force, les mœurs et les habitudes des Tunisiens, qu’ils n’imposeront pas la loi coranique et ne reviendront pas sur les acquis de la femme. Se sont-ils trompés ?

Un préjugé favorable

Certains hommes politiques de gauche et de centre-gauche, crédibles et progressistes, ont accepté de faire partie d’un gouvernement de coalition avec les politiques de tendance islamique, d’accorder à ce courant, majoritaire, un préjugé favorable et d’œuvrer, à ses côtés, pour faire aboutir des réformes économiques et politiques urgentes. L’ont-ils fait par calcul, opportunisme, dans le seul but d’obtenir quelques portefeuilles ministériels ?

De nombreuses chancelleries étrangères, l’Union Européenne et  l’Amérique du Nord, ont affirmé, sans ambiguïté, leur volonté de coopérer, pleinement, avec un gouvernement tunisien formé par le courant islamiste, soulignant l’engagement de ses dirigeants à respecter les règles du jeu démocratique. Ont-elles agi avec légèreté, par intérêt, ou sous la contrainte des évènements, sans prendre en considération toutes les conséquences que peuvent avoir leurs prises de position sur leurs relations avec le monde arabe, l’issue des mouvements de révoltes, en cours, menées par des islamistes et la stabilité des régimes politiques, amis, encore en place ?

Toutes ces questions reviennent au lendemain de la proclamation des résultats définitifs des élections, de la première réunion de l’assemblée constituante et de la formation du premier gouvernement non technocrate, issu de la révolution.

De nombreux Tunisiens, en effet, même ceux qui ont voté pour l’un des trois principaux partis, qui participent à la nouvelle coalition, ne sont pas, encore, tout à fait rassurés sur les intentions des islamistes. Leurs craintes sont en partie justifiées et ont été ravivées, ces derniers temps, par des déclarations, inopportunes et maladroites, de certaines figures de ce courant politique ainsi qu’un comportement agressif et menaçant, de ses activistes, dans les mosquées et les enceintes de l’enseignement. Une confusion semble persister chez un grand nombre de ses partisans, entre le politique, le moral et le religieux. La tentation est grande, craint-on, que ses stratèges, forts d’une nouvelle légitimité, octroyée par les urnes, ne profitent de cette occasion historique, et n’amènent la société tunisienne, contre son gré, à se conformer aux préceptes religieux.

Le soutien de l’Occident

Durant la campagne électorale, et jusqu’à cette date, les chefs du courant islamiste se sont montrés particulièrement rassurants. Les responsables de ce parti, en effet, ne veulent, à aucun prix, compromettre leur acquis politiques actuels et la reconnaissance de leur mouvement, dans leur pays et par la communauté internationale, après de longues années de terrible répression. Forts des malheureuses expériences d’autres mouvements, de la même tendance, dans le monde arabe et musulman, ils savent que tout revirement, toute déviation de la ligne de conduite, actuelle, qu’ils se sont fixés, peut provoquer leur perte. Partager le pouvoir, avec d’autres forces politiques, séculières, au dessus de tout soupçon intégriste, leur permettra de dissiper toutes les appréhensions que peuvent susciter, chez des voisins proches, d’Afrique et d’Europe, leur étiquette islamiste.

Aucune force politique ne peut, à notre époque de la mondialisation, gouverner sans tenir compte des données géopolitiques dans sa région.

Ennahdha est bien conscient des limites et des lignes rouges qu’elle ne doit pas franchir, s’il veut réussir ses premières épreuves au pouvoir. Elle ne peut, dans les conditions économiques catastrophiques que traverse le pays, et les grandes incertitudes qui demeurent sur son avenir politique, se passer de la bienveillance de l’Occident et de son soutien.

En réalité, et en dehors de toutes ces considérations extérieures, le risque d’une instauration d’une nouvelle dictature, islamiste, dans notre pays, à la place de l’ancienne, est pratiquement nul.

Une révolution authentique

Dès les premières heures de la révolution, la population tunisienne a fait preuve d’une maturité qui a ébahi le monde entier. Tous les peuples arabes ont bien reconnu, dès les premiers évènements, les prémices d’une révolution authentique. Elle est, pratiquement, la seule, dans l’Histoire, qui a fait des petits, dès les premiers mois de sa naissance, sans avoir cherché à s’exporter. Les déterminants sociopolitiques d’un pouvoir, pluriel et consensuel sont, aujourd’hui, présents dans notre pays. Les signes indirects, en faveur, sont nombreux : le rôle exemplaire de notre armée, refusant de tirer sur la foule, la chute de la dictature sans grande effusion de sang, la retenue et la modération de la plupart des forces politiques, durant la campagne électorale, la réussite de l’organisation des élections et l’absence de contestations majeures de leurs résultats, l’absence de dissensions importantes au sein de la population, la continuité de l’état, des institutions et de l’administration.

Aucun parti ne peut plus accaparer le pouvoir. L’ère de la dictature est, à jamais, révolue. Il est probable que le paysage politique actuel du pays reste inchangé, pour les quelques années à venir, en attendant qu’un nouveau projet de société se concrétise, par une nouvelle élite politique. Les risques d’une âpre lutte pour le pouvoir, d’une instabilité politique, sont faibles. La majorité des protagonistes politiques patriotiques semblent déterminés à donner une priorité absolue à l’intérêt du pays.

Certaines forces, suspectes, à la solde de l’étranger, populistes ou menant un combat d’arrière garde, pour sauvegarder des privilèges mal acquis sous l’ancien régime, finiront par subir une involution et disparaître. Quelques ajustements, dans les rapports de forces, actuels, entre les différents courants politiques, sont probables avec un recul des islamistes et de la gauche, lors des prochains scrutins, en faveur du centre.

Une démocratie progressiste verra le jour, dans notre pays, issue des classes pauvres et moyennes. L’Etat jouera un rôle plus actif pour garantir la justice sociale et une meilleure répartition des richesses entre les régions. La société civile, les syndicats, joueront leur rôle de partenaires sociaux et politiques incontournables. L’élite séculière perdra beaucoup de sa notoriété et de son pouvoir si elle n’abandonne pas sa tour d’ivoire et ne se rapproche pas davantage des couches populaires. La réussite des réformes politiques et économiques et le respect des droits et des libertés individuels aideront le courant islamiste à se débarrasser, progressivement, de sa fraction radicale et extrémiste.

     

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