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Vers un nouveau «modèle tunisien»?

2

novembre

2011

à 07:46

Nejib Tougourti écrit – Une nouvelle page d’histoire s’ouvre. Une majorité de Tunisiens a choisi un courant politique attaché aux anciennes valeurs arabo-musulmanes…


Les élections du 23 octobre ont abouti à une nouvelle réalité politique, inédite, dans l’histoire récente de la Tunisie. Le verdict, sans appel, rendu par les urnes, a marqué, d’une façon tragique, la disgrâce de la vieille élite, séculière et pro-occidentale, chassée, sans ménagement, par une, toute nouvelle, qui se réfère à la religion musulmane.

 

D’une transformation l’autre

L’histoire retiendra, pourtant, à l’actif de la première, des transformations profondes et salutaires de la société tunisienne, qui ont permis de l’affranchir du poids de nombreux interdits et tabous, qui freinaient l’éducation des jeunes, l’émancipation de la femme et le développement du pays.

Aujourd’hui, une écrasante majorité des électeurs a choisi, paradoxalement, un courant politique d’inspiration religieuse, attaché aux anciennes valeurs arabo-musulmanes.

La deuxième république dont l’acte de naissance devrait coïncider avec l’élection de la constituante, s’accompagnera-t-elle de transformations, sociales et culturelles, contraires aux premières, qui favoriseraient, au nom d’un nouveau code moral, la régression de certaines conceptions et conduites, modernes, jugées trop hostiles à la religion ? Quelles seraient les conséquences d’une telle évolution, si elle se réalise, sur le développement du pays ?

C’est sans doute la question que tous les Tunisiens ne cessent de se poser, aujourd’hui, après avoir eu connaissance des résultats du scrutin. Nombreux sont les frustrés et les déçus. Les électeurs du 23 octobre ont-ils cédé, un peu légèrement, au désir de sanctionner, durement, l’ancienne élite laïque, jugée complice, en votant, massivement, pour ses adversaires les plus acharnés ? Seule l’Histoire permettra de juger la pertinence du choix fait par les masses, ce jour mémorable des premières élections libres dans le pays.

La victoire du courant islamiste était attendue. Sa bonne organisation, l’importance de ses moyens financiers et sa large base populaire, étaient ses majeurs et déterminants atouts dans l’épreuve des élections qui l’opposait à des formations politiques, plus jeunes, moins expérimentées, à faibles effectifs et ressources matérielles.

La mobilisation des militants d’Ennahdha

Conscients de la gravité de l’heure, les militants d’Ennahdha ont convergé, en masse, très tôt le matin, vers les centres de vote, déterminés à peser de tout leur poids, sur le résultat du scrutin. Une partie de la majorité silencieuse a, également, décidé de s’exprimer et a voté pour un renouvellement total de l’ancienne classe politique, ses icones et ses symboles ; par dépit et par un ardent désir de changement. N’étant pas foncièrement hostile aux islamistes, elle est restée insensible à la menace intégriste, brandie par de nombreux partis et médias. Le spectre, agité par certains, d’une nouvelle dictature d’enturbannés, extrémistes musulmans, s’est révélé inefficace, complètement inopérant.

Trop tard, en effet, le voile islamique avait, déjà, gagné la bataille des cœurs et des esprits. Cet accoutrement vestimentaire est devenu, dans notre société, plus qu’un signe de pudeur et de religiosité, un signal de ralliement pour une large catégorie de citoyens, qui a très peu profité du développement du pays et du fameux modèle de la Tunisie, moderniste, longtemps vanté à l’étranger. Le voile s’est transformé, au fil des ans, en un symbole hautement politique qui signifie la résistance et l’opposition à l’acculturation forcée de la nation. Il est, également, un défi au pouvoir, et un signe du mécontentement des défavorisés, délibérément ignorés et exclus de la vie politique et économique. La victoire des islamistes, dans notre pays, n’est pas celle des hommes religieux. Elle est l’aboutissement, logique, d’une longue et âpre lutte d’un grand nombre de tunisiens, qui se sont soulevés contre la répression, l’injustice et la corruption. Elle est la victoire de la révolution qui a mis, pour l’occasion, un voile islamique.

Les islamistes tunisiens investis par les urnes ne portent pas de turbans, n’ont pas une longue barbe et un sabre à la main. Ils n’appellent ni au jihad ni à la guerre sainte contre les mécréants. Ils sont bien différents des talibans. Ils sont démocrates, issus d’une nation tunisienne qui a déjà, depuis longtemps, adhéré à la modernité, sans jamais renoncer à son identité et son histoire.

Son engouement pour les valeurs de la démocratie, du respect des droits et des libertés, au diapason de la communauté internationale, témoigne de sa maturité.

La responsabilité de la réussite des grandes et urgentes réformes, que la situation économique actuelle, critique, impose, est collective. Elle est celle de toutes les forces politiques du pays. Faire échouer cette étape, dans le but de discréditer ou d’isoler les islamistes sera, certainement, contre-productif et contraire aux intérêts de la Tunisie et de toute notre région.

L’Occident doit éviter de répéter les mêmes erreurs du passé et de continuer à retarder, obstinément, une étape nécessaire et, somme toute, transitoire dans le processus naturel de la maturation des peuples de culture arabo-musulmane. Boycotter les nouvelles forces politiques en Tunisie, élues dans la transparence et la légalité et œuvrer à leur isolement, ne peut que favoriser leur radicalisation.

Diminuer les tensions par le rapprochement

L’Occident doit, au contraire, soutenir les dirigeants islamistes, élus, s’ils accèdent au pouvoir, et guider leurs premiers pas, afin qu’ils ne succombent pas à la pression des groupuscules, intégristes, qui ne manqueront pas d’enchérir sur leurs options, modérées et libérales. Il aidera ainsi, grandement, à l’insertion des minorités arabes et musulmanes au sein de sa population et à diminuer les tensions entre les deux mondes, occidental et musulman, si nuisibles à la paix internationale. L’aile moderniste laïque, les sociétés civiles de notre pays, doivent agir, de concert, avec le nouveau gouvernement, pour la réalisation des objectifs de notre révolution, qui a suscité et suscite encore de grands espoirs, dans le monde entier.

La modération et la tolérance, légendaires, des Tunisiens, caractériseront, à coup sûr, le comportement et les attitudes de ses nouveaux dirigeants, du courant islamique ou laïc. La Tunisie restera un intermédiaire privilégié de rapprochement et de réconciliation entre le sud et le nord, l’Afrique et l’Europe, le monde arabe et musulman et le monde occidental. Le nouveau modèle tunisien sera tout aussi brillant que le premier, résolument optimiste, pariant sur l’homme et œuvrant pour un meilleur futur pour toute l’humanité.

     

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