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Rien de moins en Tunisie qu’une vraie démocratie pluraliste (1-2)

11

octobre

2011

à 08:34

Dr. Khadija Katja Wöhler-Khalfallah écrit – Le but primordial de la démocratie est de réduire l’abus de pouvoir d’une seule personne par des outils qui permettent aux citoyens de contrôler le contrôleur.


Entre le 17 décembre 2011, la date de l’immolation de Mohamed Bouazizi, et même quelques jours au-delà du 14 janvier 2011, la date de départ de Zine al-Abidine Ben Ali, le peuple tunisien a connu l’expérience d'une cohésion que l’histoire ne concède que très rarement.

Sans tenir compte de convictions religieuses, ou d’autres convictions idéelles du monde, de tous les individus dispersés s’est formé un seul super-être humain, l’incarnation même de ce qu’est l’essence de la démocratie. L’individualiste, la différence, la créativité personnelle préoccupée à trouver sa place dans la vie quotidienne ont été mis en background dans un moment décisif qui touche d’une façon existentielle ses personnes qui composent avec lui une grande famille, un peuple, une appartenance culturelle et émotionnelle, une dignité commune, une mémoire collective.

Les ingrédients essentiels d’une démocratie moderne

Tous ces éléments, dispersés d’habitude, ont agi d’une seule âme dans la poursuite d’un seul but immanent, la fin d’une dictature, la fin des abus, la fin du chômage, la fin de la corruption, la fin de la tutelle, la fin de l’arbitraire, et la fin de l’humiliation.

Une fois ce premier but atteint, le super-être s’est assis pour prendre son souffle ; ses composantes ont commencé à retrouver leurs chemins vers leurs obligations quotidiennes. Mais l’esprit, l’âme, le souci de tous ses individus seront désormais toujours liés à cet être. La traduction de la nature de leurs futures interactions, la garantie de leur liberté qui ne transgressera jamais la liberté des autres, comme leur devoir envers la société tunisienne, mais aussi bien les mécanismes qui leur permettront de contrôler le pouvoir et de l’empêcher d’en abuser, trouvera son incarnation dans la future constitution du pays.

Pour cela tout un chacun ira voter le 23 octobre pour une assemblée constituante qui se mettra à rédiger le cadre de notre futur Etat et la direction que prendra en conséquence notre société.

En faisant abstraction de toutes irritations que l’afflux de partis et de listes peut engendrer en ce temps crucial de transition, aucun individu ne devra douter une seconde que si jamais un des représentants veut imposer ses convictions personnelles aux autres malgré eux, le super-être peut se relever de nouveau et gronder. Il grondera, en mobilisant à nouveau l’internet ; il grondera en organisant à nouveau des sit-in ; il grondera en obligeant le monde à devenir témoin des méfaits ; il grondera aussi longtemps qu’il sera nécessaire pour obtenir une constitution qui n’enfoncera plus jamais un coin entre les différents éléments du peuple tunisien quels que soient leurs coloris.

La multiplicité étant la seule garantie de la stabilité sociale, tenant compte de la pluralité de la nature humaine, source la plus importante de créativité, de développement et de satisfaction. L’expérience humaine a déjà montré que si la pluralité de la société est détournée, celle-ci retombera en fractions de plusieurs petits super-êtres qui vont finir par s’entretuer et descendre le pays dans une guerre civile.

Pour ne pas se faire dépister par des démagogues, il faut garder à l’esprit quels sont les ingrédients essentiels d’une démocratie moderne qui en mérite le nom et tirer le lien à notre réalité dans le monde musulman.

Le but primordial de la démocratie est de cesser ou au moins de réduire sensiblement l’abus de pouvoir d’une seule personne ou d’un groupe de personnes au détriment du peuple ou d’une partie du peuple au détriment de l’autre. Pour cela le génie humain a conçu l’idée de se munir d’outils qui permettent aux citoyens à leurs tours et comme guise de protection de contrôler le contrôleur.

Jusque-là ce n’était qu’un monarque, un calife, un dictateur qui contrôlait le peuple du simple fait qu’il avait à sa disposition un appareil policier et une armée, qu’il édictait des lois à son plein gré et qu'il disposait d’une cour de «justice» lui étant soumise totalement. Pour réduire cette puissance absolue, plusieurs mécanismes ont été conçus, qui seuls ne suffisent pas, mais deviennent efficaces en les installant en concert : l’Etat de droit, l’égalité devant la loi, la séparation des pouvoirs, le droit de ne pas être poursuivi arbitrairement, le droit à la liberté d’articulation (par exemple liberté de la presse, de la culture, etc., ce qui ne dispense pas d’une éthique du respect mutuel et de la critique objective dépouillée d’offense), le pluralisme des conceptions de vie toujours dans la limite que la liberté des autres ne soit pas atteinte, le vote qui se répète périodiquement et inclut, à chaque fois de nouveau, tous les différents courants d’un peuple ; les limites de la majorité qui n’a pas le droit d’abolir les droits légitimes d’une minorité, la liberté de conscience (ou le droit de pratiquer sa religion, de célébrer ses fêtes, le devoir de l’Etat de garantir la formation des futurs imams, aussi des futurs rabbis ou de futurs prêtres, ou bien le droit de porter un voile ou de ne pas le porter soit garanti, de même le droit de ne pas pratiquer sa religion, ou de la changer ne soit pas poursuivi par les autorités), une cour constitutionnelle, le droit de former des organisations ou des unions de travail, le droit de se rassembler et de protester ; etc.

Qu’en est-il de l’Etat de droit ?

L’Etat de droit a pour but que toute personne, qu’importe son statut, sa race, sa religion, sa confession, ses convictions personnelles, son sexe, soit soumise à la même loi adoptée. Cela implique que les lois adoptées aient une nature civile et émanant du désir du peuple.

Dans son traité du gouvernement civil, John Locke précise à la fin du paragraphe 137 : «Tout le pouvoir d’un gouvernement n’étant établi que pour le bien de la société, comme il ne saurait, par cette raison, être arbitraire et être exercé suivant le bon plaisir, aussi doit-il être exercé suivant les lois établies et connues ; en sorte que le peuple puisse connaître son devoir, et être en sûreté à l’ombre de ces lois ; et qu’en même temps les gouverneurs se tiennent dans de justes bornes, et ne soient point tentés d’employer le pouvoir qu’ils ont entre les mains, pour suivre leurs passions et leurs intérêts, pour faire des choses inconnues et désavantageuses à la société politique, et qu’elle n’aurait garde d’approuver. »

Pour garantir les droits fondamentaux de tous individus, les limites de cette législation doivent être déterminées dans la constitution. Par exemple : le droit de ne pas être soumis à la torture, qu’une majorité ne peut pas abolir les droits d’une minorité, qu’une femme ne soit pas discriminée par rapport à l’homme, ou que l’égalité entre tous les citoyens d’un pays soit mise en cause, etc. Les lois adoptées vont émaner des nécessités et d’une culture vivante d’un peuple pour autant soucieux de garantir à tout moment la paix et la justice sociale.

La protection de l’individu ne veut pas dire protéger son droit à l’égoïsme, mais le protéger de l’arbitraire d’une majorité ou d’un système de sécurité ou bien de l’abus de pouvoir d’un supérieur.

L’égalité, en revanche, veut dire l’égalité des chances. Des êtres humains ne sont pas permutables, chacun a ses dons tout personnels, qu’il s'agit de faire avancer. Par exemple, pour un emploi n’entreront en concurrence que ceux qui ont acquis la même qualification et non une personne pour être apparenté à quelqu’un d’influent. En plus, jamais désormais une personne ne sera discriminée pour son appartenance à une religion quelconque.

Qu’un Etat ne se fasse pas l’avocat d’une concrète conviction religieuse, ne veut pas pour autant dire que l’Etat ne soit plus impliqué dans l’organisation de fêtes religieuses, ou de la formation des représentants religieux, etc. Cela est une forme très extrême du laïcisme français qui n’est pas dépourvu d’un certain fondamentalisme. Une alternative à ce laïcisme français pourrait être le particularisme allemand, le sécularisme, où l’Etat règle tous les besoins de l’église prédominants dans ce pays, sans pour autant toucher à la liberté de conscience de ses citoyens.

A suivre

     

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