Dimanche 25 Juin 2017

Kapitalis, le portail d'informations sur la Tunisie et le Maghreb Arabe

Accueil | Tribune | Algérie 1988 - Tunisie 2011: une étude comparative (2-2)

Algérie 1988 - Tunisie 2011: une étude comparative (2-2)

23

août

2011

à 08:38

Khadija Katja Wöhler-Khalfallah écrit - Quand plus de cent partis se disputent, c’est le cent et unième qui en profite.


 

Il y a à peine quelques mois la Tunisie ne connaissait qu’un seule parti dirigeant et une poignée de partis plus ou moins enracinés dans la population, toléré par le régime surtout en guise de mascarade pour suggérer une ouverture démocratique et calmer tous ceux qui n’étaient intéressés qu’aux apparences. Deux autres partis, les communistes et les fondamentalistes, étaient non seulement interdits mais pire encore poursuivis de répressions inhumaines.
Aujourd’hui, à la veille des premières élections libres depuis 55 ans, la Tunisie compte plus de 100 partis, un scenario qui rappelle l’Algérie de 1988, que nous avions présenté dans le premier article.

Une génération éclairée et réaliste
La révolution de 2010-2011 en Tunisie appartient vraiment au peuple. Elle a été lancé par des jeunes, majoritairement sans orientations politiques, puis se sont solidarisés les syndicalistes de la base et à peu près tous les juristes du pays. Cette génération est politiquement bien plus éclairée que celle des Algériens de 1988. Elle ne se donne à aucune illusion, elle est réaliste et sait où se cachent les dangers.
Un de ces dangers qui sème plutôt de l’incertitude et de la désorientation est l’inflation de partis politiques. Honni soit qui mal y pense. L’exemple de l’Algérie montre quelle confusion déjà 50 partis sont capables de semer, qu’en dire de presque cent qui ont émergé en Tunisie comme des champignons. Ce qui importe maintenant c’est de ne pas se laisser perturber par la masse, de bien étudier les programmes et de les faire évaluer par de vrais experts – voilà un devoir important pour la presse. Le reste, il faut juste les ignorer comme s’ils n’existaient pas. Si vraiment ils ont quelque chose à présenter, ils auraient assez d’occasion pour le prouver plus tard. Si on ne parvient pas à dissiper les doutes, le juste milieu serait mieux que les extrêmes des deux côtés.
Quand, pourtant, la télévision nationale tunisienne a transmis quelques cercles de débats entres les représentants de quelques petits partis, elle a renforcé l’impression que certains ont vraiment quelque chose à dire. Dans bien des cas, on a pu être ébloui par le respect du temps restreint accordé à chaque représentant pour étayer ses propositions et surtout pour le respect accordé au concurrent, sauf quelques rares exceptions.

Unifier les rangs autour des grandes lignes à poursuivre
La question qui s’est imposée est, du coup, la suivante: pourquoi les partis qui se ressemblent et présentent de bonnes idées, et qui ne sont pas nécessairement concurrents mais assez souvent complémentaires, ne s’unissent-ils pas pour avoir un impact plus important. Surtout dans cette étape cruciale de passage de la dictature à la démocratie, où les anciens tenants du pouvoir essaient tout pour sauver ce qui pourrait encore être sauvé.
Pour pouvoir résister aux mauvais calculs et éviter que des radicaux ne s’emparent de la nouvelle liberté, il n’y a pas d’autre moyen que d’unifier les rangs entre ceux qui peuvent trouver un accord sur les grandes lignes à poursuivre.
N’oublions pas que le premier but d’un parti c’est d’acquérir du poids et d’augmenter la chance d’être entendu et de s’imposer dans un monde où une seule personne se perd dans la masse ou se fait anéantir par l’adversaire. C’est un peu comme la branche qui se brise facilement quand elle est seule mais qui devient incassable quand on en prend une poignée de dix ou douze. Malheureusement les partis ont tendance à ne vouloir agir qu’en concurrents. Chaque parti veut arriver à lui-seul au pouvoir, coûte que coûte. Ce qui sera fatal dans cette phase de transition où la construction d’un fondement est plus importante que l’affichage des différences pour le développement du pays, à moins que l’on soit motivé par des utopies.

Une économie sociale-libérale au service des régions
Un exemple peut être donné dans le domaine de l’économie. En regardant le développement économique en Tunisie sous Ben Ali, on remarque surtout qu’il y avait beaucoup de bonnes entreprises qui n’ont été détruites que par le fait qu’une loi exigeait que 10% à 50% de leur capital soit dans les mains de l’Etat. La famille Ben Ali et surtout les Trabelsi ont su en profiter. Ce qui saute aux yeux c’est que la Tunisie a besoin en premier lieu d’un Etat de droit qui sache empêcher l’abus de pouvoir. Une fois assurés que la loi ne sera pas détournée, les entrepreneurs tunisiens et étrangers reprendront courage et investiront en Tunisie.
Le deuxième point sur lequel il n’y a aucun doute, c’est la nécessité d’investir et de développer les régions du sud et de l’intérieur du pays. Ici l’exemple de l’Allemagne, qui a su encourager un développement généralisé dans les zones urbaines et rurales, est plus prometteur que celui de la France, qui a poursuivi une politique centralisée, marginalisant les périphéries. Ce qui fait que la France aujourd’hui ressemble à une grande province interrompue de quatre ou cinq villes d’importance. Dans tout cela, l’écologie joue un rôle très important et ne doit pas être nécessairement considérée séparément.
La Tunisie était, au temps des Romains, le grenier de blé de l’empire. Aujourd'hui, elle doit importer du blé, du lait et de la viande. Les terres sont souvent trop salées, ce qui est souvent due à une fertilisation avec de l’engrais chimique et à un gaspillage d’eau douce. Ici, l’apport des experts en agriculture est fondamental.
En Allemagne, l’énergie renouvelable (vent, soleil, etc.) est à l’ordre du jour. Ceux qui seront capables de trouver les meilleures solutions pour remplacer l’énergie nucléaire ou l’énergie fossile tiendront leur avenir en main. Sur ce point, l’écologie peut devenir un aspect indispensable d’une économie de marché, qui ne doit pas être nécessairement ultra libérale mais aussi sociale ou sociale-libérale.
L’Etat, de son côté, sera tenu d’encourager les inventions, à aider les premiers financements porteurs et à développer l’infrastructure pour attirer des investisseurs dans les zones éloignées à l’intérieur du pays. Sans être un expert en économie, les premiers pas à entamer sautent à l’œil. Ici les forces doivent être réunies, surtout que le premier acte doit consister dans l’établissement d’une constitution forte et respectée par tous les courants du pays. C’est elle qui va offrir la base sur laquelle le pays va construire son avenir. Un avenir ouvert sur le monde, sur la prospérité, la tolérance et le savoir, et non un avenir qui renvoie le pays 1.400 ans en arrière.
C’est cette constitution qui va garantir un Etat de droit, la paix sociale, une civilité moderne, et non de nouvelles souffrances, indignations et sacrifices en vie humaine.
Par Dieu, s’il y a un pays qui soit capable d’amener sa révolution à son terme, c’est bien la Tunisie. Et aucun autre pays. Mais pour cela, il faudra garder la tête entre les épaules, surmonter les égoïsmes et se rassembler. Peut-être cela offrira-t-il une bonne occasion de réformer les partis et de les rendre plus démocratiques.

Site web de l’auteur.

Lire aussi:

Algérie 1988 - Tunisie 2011: une étude comparative (1-2)

     

Contact Pub

Si vous voulez communiquer sur Kapitalis.com veuillez nous envoyer un mail sur l'adresse suivante Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. . Notre équipe marketing se chargera de vous contacter. Consultez ici  nos dernières statistiques d'audience

leftAdresse: Résidence Omrane 11, Appartement D13 - El Gazella 2038 , Tunisie.
Tél - Fax: (+216)70.935.882 
Email: kapitalis.comCette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Directeur : Ridha Kefi
Rédacteur en chef : Zohra Abid