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Tunisie. L’argent de la corruption pour payer la dette

12

mars

2011

à 07:59

L’auteur fait un parallèle judicieux et instructif entre le Premier ministre Khaznadar et le président Ben Ali, qui tous deux, à un peu plus d’un siècle d’intervalle, ont pillé la Tunisie. Par Rafik Souidi


Le pays était dans la détresse la plus profonde. L’immoralité régnait dans les hautes sphères du gouvernement. Les emplois lucratifs étaient mis en vente et la justice même n’était pas à l’abri de la corruption générale. Enfin, le peuple, exploité par tous les fonctionnaires, s’étiolait dans la misère et regardait le gouvernement comme une calamité. Aussi s’en méfiait-il comme d’un ennemi et s’employait à se soustraire à son autorité. Une détestable administration avait fait perdre à l’autorité son prestige et la confiance de la population.

L’impunité est un outrage à la conscience publique
Mustapha Khaznadar est resté au ministère menant à son gré et sans contrôle les affaires de la Tunisie pendant 37 ans et il fit la ruine complète du pays en contractant des emprunts scandaleux qui grevèrent l’Etat d’une dette énorme en particulier auprès de la Maison d’Erlanger de Paris».
«Les revenus du pays ne pouvant plus suffire au paiement des intérêts de la dette, il fallut en 1869 les suspendre: c’était à la faillite que le Khaznadar avait conduit la Tunisie.
Déjà en 1864, toute la population d’un bout à l’autre du pays s’était insurgée – insurrection d’Ali Ben-Ghedhahem – contre la funeste administration de Mustapha Khaznadar. Aussi lorsqu’il fut destitué en 1870, toutes les villes, toutes les tribus manifestèrent leur joie par des fêtes et des réjouissances.
Quand pendant 37 ans un homme ayant le devoir impérieux de faire le bien ne s’est servi du pouvoir suprême que pour faire le mal, l’opinion, qui peut s’appeler encore la vérité et le bon sens, exige que les responsabilités encourues suivent leurs cours, et un gouvernement se manquerait à lui-même s’il ne savait pas faire justice.
L’impunité eut-été un outrage à la conscience publique. Khaznadar fut simplement gardé à vue dans son palais somptueux; il ne fut pas mis au secret et on le laissa communiquer librement avec l’extérieur. Après la constitution d’un Tribunal extraordinaire et la mise sous séquestre de ses biens, Khaznadar écrivit une lettre de supplication au Bey Mohamed Sadok qui consentit un arrangement à l’amiable. Cet arrangement faisait abandon de deux tiers des réclamations du gouvernement et laissait ainsi, à l’ancien Premier ministre, la disposition d’une fortune colossale dont une grande partie était constituée par les obligations tunisiennes, c’est-à-dire une partie de la dette qui avait conduit le pays à la banqueroute.
Toutes les poursuites s’arrêtèrent et Mustapha Khaznadar put jouir de sa liberté et continuer ses intrigues.»
C’est ainsi que le général Kheredine relatait dans ses ‘‘Mémoires’’ la descente aux enfers de la Tunisie sous la conduite de gens sans scrupules.
L’impunité effective qui prévalut fut un bien mauvais service rendu aux générations futures, quand il aurait fallu donner un exemple historique pour mettre un terme définitif à ce genre de pratiques et qu’elles ne se reproduisent plus en Tunisie.

Une politique de tolérance-zéro vis-à-vis de la corruption
Et ce qui devait arriver est arrivé... Un siècle plus tard, la Tunisie fut de nouveau pillée par ses dirigeants et en voie d’être livrée à ses créanciers.
En effet, c’est par le recours à un endettement massif que des sommes et richesses considérables ont pu être créées artificiellement et détournées en toute impunité depuis 1987.
De même qu’en 1870 la corruption avait engendré la mise sous tutelle étrangère de la Tunisie à cause de la dette excessive contractée et souvent détournée à des fins frauduleuses, on peut craindre le même scénario après le 14 janvier 2011.
Il conviendrait de traiter les affaires de corruption avec une extrême rigueur et de mener à l’avenir une politique de tolérance-zéro vis-à-vis de ce fléau en suivant l’exemple des pays scandinaves ou de Singapour, car il en va de la souveraineté du pays, de sa prospérité et de sa cohésion. C’est une question de volonté et de moyens.
Quant à la dette extérieure de l’Etat, qui s’élève à environ 20 milliards de dinars tunisiens, il s’agit de la réduire au plus vite en rapatriant le maximum de sommes détournées à l’étranger. Ces sommes seront consacrées prioritairement à la réduction de la dette pour la partie à court-terme placée sur les marchés financiers.
Pour la partie libellée à moyen-long terme et contractée principalement auprès de la France, de la Banque mondiale et de la Banque européenne d’investissement (Bei), il serait judicieux et pertinent d’en réclamer l’allègement voire l’effacement en récompense des bienfaits planétaires de la révolution tunisienne.
Au lieu de subir passivement les malus des agences de rating sans scrupules, la Tunisie est en droit de réclamer haut et fort un bonus amplement mérité auprès de la communauté financière mondiale.
Nous reconnaîtrons alors nos véritables amis.

     

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