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L'économie tunisienne à l'épreuve du ramadan et de la séance unique

30

juin

2014

à 11:24

Ramadan-Avenue-Bourguiba-Banniere

Avec le mix ramadan et séance unique d'été, période antiéconomique s'il en est, ce sont des millions d'heures perdues devant lesquelles les conflits sociaux les plus durs font pâle figure.

Par Hédi Sraieb*

Nul besoin de rappeler combien la concomitance du mois de ramadan, de la séance unique et de la période estivale ont des effets dommageables sur nos concitoyens, mais également désastreux sur la collectivité prise dans son ensemble. La liste des tolérances dissonantes et incongrues, sous prétexte de chaleur et de jeûne, sont légions. A tous les étages de la société apathie, négligence, désinvolture s'exposent sans le moindre de risque d'être sermonnées.

Un rendement proche de zéro

Une permissivité qu'il serait vain de contrarier sans exposer aux foudres des gardiens de la tradition. Il en va ainsi des relations interpersonnelles où la moindre peccadille devient source d'affrontements verbaux quand ils ne se transforment pas en assauts plus musclés.

Une fatalité vous dit-on! La résignation du plus grand nombre en témoigne.

Mais au-delà des tensions perceptibles (sensible accroissement du nombre d'accidents), on reste pantois et pour ainsi dire médusé devant toute une série d'autres conséquences bien plus alarmantes. A vrai dire une période que l'on qualifierait aisément d'antiéconomique tant les irrationalités s'accumulent les unes sur les autres.

Etalages-legumes

Le gouvernement s'occupe de l'approvisionnement du marché, les équilibres macroéconomiques peuvent attendre!

Relevons tout d'abord que le mix ramadan et séance unique a des effets bien plus dévastateurs que pris chacun isolément, le premier venant alimenter le second et réciproquement. Attitude méprisante à l'égard du demandeur, morgue à l'endroit de la hiérarchie, rendement proche de zéro quand ce n'est pas simple abandon de poste, telles sont quelques unes des vilenies à l'oeuvre.

Sans pouvoir le vérifier pleinement on peut affirmer avec un degré d'erreur raisonnable que la productivité d'ensemble – tous secteurs confondus – doit se situer dans toute cette période à la moitié de ce qu'elle est d'ordinaire (nonobstant quelques professions). Autant dire des millions d'heures perdues devant lesquelles les conflits sociaux les plus durs font tout de même pâle figure... Encore une statistique qui échappe au ministre des Affaires sociales, toujours prompt à stigmatiser les arrêts de travail...

Abstinence affichée et gloutonnerie effective

C'est culturel! Insisterons des esprits bien pensant en guise d'explication.

Admettons comme Pascal, que la culture «a ses raisons que la raison ignore»!

Le fait religieux, en l'occurrence le rite du jeûne, ne soulève aucune objection en soi.

Ce qui questionne en revanche c'est sa pratique effective au regard de sa prescription originelle, de sa raison d'être téléologique. Inutile de développer plus avant, le lecteur aura parfaitement identifié les hiatus multiples auxquels nous renvoyons.

Décalage que dis-je un gouffre entre abstinence affichée et gloutonnerie effective, entre frugalité et voracité. Il va sans dire que ce jugement doit très vite être nuancé, les pratiques différant d'un groupe social à un autre d'un milieu urbain à un autre rural... et bien d'autres facteurs.

Reste qu'à l'échelle de toute la société surgissent des conséquences parfaitement inutiles comme la surconsommation de nombreux produits et les gaspillages qui en découlent, ou encore l'inflation et le dérèglement des circuits de production-approvisionnement.

Mais que l'on se rassure ce n'est pas encore cette fois-ci que les autorités appelleront à la modération, alors même que la conjoncture actuelle l'y autoriserait pleinement.

Tout de même, voilà un gouvernement qui n'a eu de cesse de faire accepter une réduction massive des subventions sur les produits alimentaires qui prend subitement l'opinion à contrepied en s'assurant d'un imposant stock régulateur de denrées alimentaires (lait, œufs, viande, poulet)... dont on ne saura pas ce qu'il en coûte exactement. Un stock constitué aux dires des responsables du ministère de l'Agriculture dans le but d'éviter toute frénésie irraisonnée d'achat... en clair la flambée inflationniste.

Mais à lire le communiqué de presse on reste pantois devant le caractère gargantuesque de la ripaille qui s'annonce: 50 millions de litres de lait, 65 millions d'œufs, 200.000 tonnes de pomme de terre, 2000 tonnes de poulet...

Table-ramadan

Un gouffre entre abstinence affichée et gloutonnerie effective, entre frugalité et voracité.

Déclarations lénifiantes et temporisations sédatives

Des travaux très sérieux rappellent périodiquement les gaspillages innombrables qui ont lieu durant cette période qui se voudrait de piété, de continence et de sobriété. Le phénomène n'a d'ailleurs rien de strictement local comme en témoigne aussi les presses voisines du Maroc et de l'Algérie: 20 à 30% de la nourriture finiraient dans les poubelles. Mais ce que ne nous disent pas non plus nos chers instituts statistiques et d'études c'est aussi un endettement déraisonnable de certains ménages modestes qui ne veulent pas en être en reste. Certaines données stipulent jusqu'à un mois de salaire !

Et le gouvernement dans tout cela? Un silence complice face à cette immense gabegie!

Oublié un temps la remise au travail du pays, la «rationalisation» de la consommation!

Aux dernières nouvelles il s'apprêterait à conclure le dialogue économique national et faire part de ses arbitrages – pas franchement consensuels – relatifs à la loi de finances complémentaire. L'UGTT, obstacle majeur, récuse la taxation marginale des journées de travail qu'elle juge de surcroît illégale. Alors quelles mesures correctives?

Une gestion poussive en dépit d'un succès d'estime – le seul – de l'emprunt national.

Le gouvernement se contente de quelques déclarations lénifiantes qui procèdent plus de la temporisation sédative que de la prise de décision tranchée et audacieuse.

Encore quelques semaines à tenir bon, sur fond de dégringolade du dinar, décrochage de près de 4% en quelques jours sous les effets conjugués des «déficits jumeaux» comme aiment à les appeler nos exégètes de l'économie. Pathétique!

Un temps précieux dilapidé à éviter chausse-trappes et traquenards. Un temps d'un pseudo consensus qui ne laissera, loin s'en faut, une trace inoubliable dans les esprits.

Mais concomitamment l'autorité de l'Etat et la cohérence de l'action de ses appareils ne cessent de se décomposer et de se désagréger pour le plus grand bénéfice des soudards de la contrebande et des trafics en tous genres qui gagnent tous les jours du terrain.

Des régions et des populations toujours abandonnées à leur triste sort!

Alors comment croyez-vous que tout ces braves gens vont voter?

De guerre lasse... L'abstention risque fort de faire de nouveau... un vrai tabac!!!

 

* Docteur d'Etat en économie du développement.

 

Illustration: Avenue Habib Bourguiba à Tunis pendant le jeûne de Ramadan

 

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