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Tribune : La relance économique, enjeu majeur de la diplomatie tunisienne

20

janvier

2014

à 19:42

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La réactivation de la diplomatie économique peut assumer un rôle majeur dans le redressement économique et l'établissement de nouvelles bases pour les relations internationales de notre pays axées sur la défense de ses intérêts supérieurs.

Par Ahmed Ben Mustapha*

La Tunisie vent de célébrer, à une étape cruciale de son histoire, le 3e anniversaire de la chute de la dictature et du déclenchement d'un processus révolutionnaire censé aboutir à la mise en place d'un nouveau régime démocratique fondé sur la séparation et l'équilibre des pouvoirs, le respect des libertés et des droits constitutionnels ainsi que l'alternance au sommet d'un Etat de droit basé sur des institutions solides susceptibles de permettre au pays de relever les défis politiques, économiques et sécuritaires auxquels il est exposé.

Il convient de souligner que la réussite de la transition démocratique et le redémarrage économique de la Tunisie sont largement tributaires de la maitrise des problèmes d'ordre sécuritaires à l'intérieur de nos frontières. A ce propos, des progrès tangibles ont été réalisés grâce aux efforts conjugués de l'armée nationale et des services de sécurité notamment dans la lutte contre le terrorisme.

Mais l'efficacité de cette lutte et la préservation des acquis nécessitent l'investissement de la diplomatie tunisienne qui est appelée – au même titre que les autres corps de souveraineté – à jouer un rôle capital dans la défense de la sécurité nationale sur les plans stratégique, politique, sécuritaire et économique.

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Le futur chef du gouvernement a besoin d'une diplomatie économique dynamique pour espérer relancer l'économie du pays.

Dans un précédent article j'ai essayé de mettre en exergue l'étendue des menaces pesant sur la Tunisie en provenance de l'étranger en relation avec la détérioration de la situation politique et sécuritaire en Libye, qui contribue non seulement à nourrir le terrorisme en Tunisie, mais également à aggraver les difficultés économiques liées surtout à l'extension de la contrebande, l'économie parallèle, le crime organisé ainsi que la fuite des investissements et des capitaux.

Diplomatie et redressement économique

A ce titre il a été démontré que la diplomatie tunisienne devrait se déployer à plusieurs niveaux afin de traiter en priorité de ces dossiers en fonction des intérêts propres du pays avec pour objectif de restaurer l'ordre, la sécurité et la stabilité, en Tunisie et en Libye, ainsi qu'à l'échelle régionale.

Toutefois, le dossier libyen devrait être également traité par la diplomatie tunisienne dans sa dimension économique dans la mesure où la Libye était avant la révolution l'un des principaux partenaires économiques de la Tunisie notamment sur les plans commercial et touristique. La perte de ce marché aggrave les difficultés économiques de la Tunisie, d'autant plus que la situation sécuritaire, politique et économique précaire en Libye n'est pas propice à la reconstruction du pays, censée fournir des opportunités de travail et d'emploi aux sociétés et à la main d'œuvre tunisiennes.

Mais la diplomatie peut également jouer, comme par le passé, un rôle vital dans la reprise économique et la défense des intérêts supérieurs, politiques et économiques, de la Tunisie liés à la coopération internationale, aux accords d'association, aux échanges commerciaux, aux investissements étrangers, à la sécurité économique et énergétique ainsi qu'à l'endettement extérieur et à la préservation des équilibres financiers et le choix d'un nouveau mode de développement mieux adapté aux exigences de la conjoncture présente et des graves défis actuellement imposés à l'économie tunisienne.

L'auteur de cet article n'a pas la prétention de proposer des solutions, mais de nourrir les voies de réflexion d'un point de vue diplomatique sur certaines de ces questions qui me semblent revêtir la plus haute importance pour le présent et le futur, compte tenu de leurs liens étroits avec les choix stratégiques que le gouvernement issu des prochaines élections aura à prendre dans le domaine de la politique étrangère. Mais l'élaboration de ces nouvelles orientations, déterminantes pour l'avenir de la Tunisie, sera inévitablement abordée par le prochain gouvernement provisoire qui devrait à mon sens initier un débat national à ce sujet au vu du bilan de la politique menée dans ce domaine sous l'ancien régime et après la révolution.

Il convient de rappeler que, dès le début l'indépendance, la diplomatie tunisienne avait été mise à contribution dans la mise en place et la négociation des cadres juridiques, accords et conventions bilatéraux et multilatéraux censés organiser nos relations économiques et commerciales avec nos partenaires étrangers.

A ce propos, un secrétariat d'Etat à la coopération internationale avait été créé et rattaché au ministère des Affaires étrangères dans la foulée de l'ouverture de la Tunisie sur les investissements étrangers off shore destinées à l'exportation par la promulgation de la loi de 1972.

Toutefois, ce secrétariat supprimé par l'ancien régime devrait être réhabilité en prévision d'importantes échéances dont la négociation d'un nouvel accord de partenariat portant sur le «statut avancé» avec l'Union européenne et la promulgation d'un nouveau code des investissements englobant de nouvelles incitations destinées à redynamiser le flux des investissements étrangers vers la Tunisie, en chute libre depuis la révolution.

En outre, d'autres dossiers stratégiques brulants en relation avec la politique étrangère, tels que la gestion des richesses naturelles, le déficit énergétique, les réformes économiques structurelles, la lutte contre la corruption et la récupération des fonds spoliés illicitement placés à l'étranger, sont étroitement associés à la nécessaire réactivation de la diplomatie économique qui, de l'avis unanime, peut assumer un rôle majeur dans le redressement économique et l'établissement de nouvelles bases pour nos relations économiques internationales, prioritairement axées sur la défense des intérêts supérieurs de la Tunisie.

En réalité, ces dossiers à caractère stratégique ne peuvent être dissociés de l'évolution préoccupante de la situation politique, économique et sécuritaire et des mutations en cours à l'échelle arabe et régionale dont notamment les difficultés inhérentes à la transition démocratique en Tunisie, qui a gravement hypothéqué l'image de notre pays, nourrissant l'incertitude quant à son avenir et aux possibilités d'une reprise de la dynamique économique à brève échéance.

Certes, l'engagement de toutes les parties concernées en Tunisie à respecter les échéances prévues par la feuille de route du quartet nourrissent un fragile espoir; mais les troubles et les protestations suscités par la nouvelle loi des finances et la persistance du danger terroriste, ainsi que les divergences et les entraves qui retardent la finalisation de la constitution et du processus démocratique, confirment que le prochain gouvernement sera confronté durant l'année 2014 à une situation intérieure délicate peu propice à la remise en marche des rouages de l'économie et au rétablissement de la confiance au niveau diplomatique, dans la perspective d'une reprise de la coopération internationale de la Tunisie.

En tout état de cause, la constitution du prochain gouvernement, associée à la création de l'Instance supérieure des élections et la finalisation tant attendue de la nouvelle constitution, constitueront sans nul doute une avancée considérable susceptible d'adresser un message fort au peuple tunisien et à nos partenaires étrangers laissant présager que la Tunisie est en mesure de surmonter ses difficultés et de réussir sa transition démocratique durant 2014.

Toutefois, et en attendant l'avènement du nouveau régime politique démocratique stable issu des élections et la restauration de la sécurité et de la stabilité, la Tunisie s'apprête à vivre une nouvelle phase politique, malheureusement encore provisoire mais décisive, sous la direction d'un nouveau gouvernement provisoire dont les taches principales, sur le plan diplomatique, devraient s'articuler autour d'objectifs précis, concrets et ciblés objet d'un consensus national et préalablement approuvés par le conseil constitutionnel.

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Siège du ministère des Affaires étrangères: le gouvernement doit faire confiance aux professionnels de la diplomatie pour élaborer de nouvelles propositions et orientations de politique étrangère.

Les tâches diplomatiques prioritaires

A ce propos une action multidimensionnelle – orientée vers l'opinion publique et la société tunisienne ainsi que vers l'extérieur – devrait être engagée incluant des initiatives urgentes d'ordres politique et économique destinées à :

ــ Œuvrer en vue de restaurer l'image de marque que la Tunisie avait su se forger après l'indépendance, celle d'un pays civilisé doté d'une identité et d'une personnalité diplomatique propre, enraciné dans ses origines arabo islamiques mais résolument ouvert sur les valeurs universelles de paix et de progrès, et doté d'une politique intérieure et extérieure orientée vers la construction d'un pays moderne et développé, fondé sur des institutions et l'Etat de droit. La diplomatie tunisienne devrait se déployer afin de réhabiliter cette image, malheureusement ébranlée notamment auprès des pays occidentaux, afin de retrouver les soutiens et les appuis nécessaires à la réussite de la transition démocratique et au redémarrage de l'économie tunisienne.

ـ Apaiser les inquiétudes quant à la possibilité de surmonter la grave crise économique et financière et œuvrer en vue de regagner la confiance fortement ébranlée des principaux partenaires économiques et financiers, Tunisiens et étrangers, afin de pouvoir bénéficier des crédits et des appuis financiers nécessaires au redémarrage de l'économie tunisienne, au financement du budget et à la mise en œuvre des projets de développement programmés surtout dans les régions défavorisées . A cet effet, une loi complémentaire des finances plus juste et plus équilibrée permettra de restaurer le minimum de stabilité et de paix sociale tout en rassurant la classe moyenne et les couches défavorisées durement affectées par les nouvelles mesures d'austérité.

ــ Donner la priorité absolue à la résolution des problèmes sécuritaires, à la lutte contre le terrorisme et à la restauration de la paix et de la stabilité en Tunisie et à l'échelle régionale en accordant une attention particulière à la dégradation de la situation politique et sécuritaire en Libye qui constitue une source de menace potentielle pour la Tunisie et les pays limitrophes .

Toutes ces dispositions fournissent un cadre approprié pour l'initiation par la diplomatie tunisienne sous l'égide du nouveau gouvernement d'une action multidimensionnelle avec le concours de nos principaux partenaires économiques de l'Union européenne, dans le but de favoriser l'assainissement du climat des affaires, le retour des investisseurs tunisiens et étrangers, le rééquilibrage de notre balance des paiements et de notre balance commerciale, afin de favoriser un contexte de stabilité et de paix sociale nécessaire à l'achèvement de la transition démocratique dans de bonnes conditions.

Telles sont certaines des actions prioritaires que la diplomatie devrait initier sous l'égide du nouveau gouvernement, qui devrait éviter de prendre, hors du consensus national, des engagements internationaux sur des questions stratégiques controversées telles que la prospection et la gestion des ressources naturelles et énergétiques ainsi que sur le nouveau code des investissements et le nouvel accord d'association avec l'Union européenne.

Mais le prochain gouvernement serait à bien avisé de confier à la diplomatie professionnelle l'élaboration à l'intention du gouvernement qui prendra en charge la destinée du pays après les élections, de nouvelles propositions et orientations de politique étrangère mieux adaptées à l'évolution de la conjoncture internationale et aux intérêts suprêmes de la Tunisie notamment sur les dossiers d'ordre stratégique.

* Ancien ambassadeur.

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