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Tunisie : Le sang versé de Chokri Belaïd a-t-il servi la bonne cause?

1

mars

2013

à 16:08

Chokri Belaid Rached GhannouchiLe chef du gouvernement sortant, Hamadi Jebali, et son parti, Ennahdha, sont sortis renforcés du séisme provoqué par l'assassinat du leader de gauche Chokri Belaïd. On n'est pas sorti de l'auberge...

Par Abderrahman Jerraya*

 

Au soir de ce funeste mercredi 6 février qui a vu le lâche assassinat de Chokri Belaïd et ayant sans doute pris la mesure de l'ampleur du désastre qui en est résulté, le chef du gouvernement povisoire a proposé une initiative qui a surpris tout le monde. Il ne s'agissait de rien de moins que de prendre siennes les principales revendications de l'opposition auxquelles il avait fait jusqu'ici la sourde oreille.

Manœuvre dilatoire, leurre et diversion

L'impact de ladite initiative sur l'opinion fut immédiat, une majorité de Tunisiens (plus de 70%) l'a approuvée et Hamadi Jebali a été plébiscité pour la mettre en œuvre. La tension, sociale qui était à son paroxysme la veille, avait baissé de plusieurs crans et on commençait à espérer d'une union nationale dont tout un chacun appelait de ses vœux. Mais il a fallu vite déchanter. Son propre parti, aussi paradoxalement que cela puisse paraître, s'y était fermement opposé. Une dizaine de jours de négociations (autant de temps perdu) n'ont pas eu raison de la position d'Ennahdha qui s'était montré inflexible, intraitable à tout compromis raisonnable.

On se perd en conjoncture sur la signification politique d'un tel refus, surtout d'une proposition venant d'un de leurs siens. Les ténors de ce parti avaient-ils peur de voir le pouvoir leur échapper? De perdre le contrôle sur les leviers de l'Etat, en perspective des prochaines échéances électorales?

Tout cela nourrit des doutes quant à leur volonté réelle de jouer pleinement le jeu de la démocratie. Quoi qu'il en soit, en désespérance de cause, M. Jebali a jeté l'éponge et présenté, en sa qualité du chef du gouvernement, sa démission au président provisoire de la république, conformément avec la législation en vigueur.

Si tout cela paraît clair et cohérent, les relations entre M. Jebali et son parti le sont, en revanche, beaucoup moins. Comment admettre que celles-ci n'ont pas eu à en souffrir tant peu fût-il? Bien au contraire, tout laisse entendre qu'elles sont restées, pour le moins, au beau fixe, comme si de rien ne s'était passé entre les protagonistes. Dès lors que l'initiative en question était aux antipodes de la doctrine affichée et défendue bec et ongles par son propre groupe politique. Dans ce cas, il aurait dû claquer la porte et partir. Ce faisant, il aurait été davantage logique et conséquent avec lui-même!

S'agissait-il d'une manœuvre dilatoire, d'un leurre, d'une diversion pour détourner l'attention, évacuer un fort sentiment populaire de colère, d'insatisfaction, d'un ras-le-bol, largement nourri de bourdes à répétitions commises par un gouvernement dont il a dû lui-même reconnaître l'échec?

Risque que les mêmes causes produisent les mêmes effets

Ce qu'on peut constater à l'heure actuelle, c'est que M.Jebali s'en est bien sorti, voire épaulé par son propre parti, d'après certains analystes, pour une future promotion, autrement plus gratifiante.

Il en va de même pour Ennahdha qui, loin d'être secoué par ce feuilleton rocambolesque, est sorti plus fort que jamais. En témoigne la démonstration de force qu'il a organisée en riposte aux funérailles grandioses de Chokri Belaïd, et au cours de laquelle son président, entouré de ses lieutenants les plus radicaux et en présence du chef des salafistes extrémistes, n'a pas mâché ses mots. Sur un ton menaçant et belliqueux, il a déclaré que son parti n'était pas prêt à lâcher le pouvoir. A cette fin, tous les moyens peuvent être justifiés!

Voilà où nous en sommes à peine trois semaines après le meurtre du martyr Choki Belaïd. Mais ce n'est pas fini. Ce parti vient de proposer Ali Lârayedh, le ministre de l'Intérieur du gouvernement sortant pour succéder à M. Jebali.

Comme quoi, on n'est pas sorti de l'auberge, avec le risque que les mêmes causes produisent les mêmes effets. On n'a pas pris suffisamment conscience de l'ampleur du séisme qui a ébranlé en profondeur la Tunisie, survenu un certain mercredi 6 février 2013.

*- Universitaire.

     

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