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La Tunisie entre l'attrait du pouvoir et les attentes d'un pays en réanimation

10

décembre

2012

à 10:04

La Tunisie entre l'attrait du pouvoir et les attentes d'un pays en réanimationQue doivent faire les trois présidences (de l'Assemblée, de la république, du gouvernement), les partis de l'opposition et l'Ugtt pour remettre la transition démocratique sur le bon chemin?

Par Wided Ben Driss

La Tunisie sombre de jour-en-jour vers une situation économique, sociale et sécuritaire très critique et le gouvernement actuel semble arriver à une impasse. L'état de notre pays n'est pas désespéré et des solutions existent à condition d'analyser objectivement les multiples causes qui ont trainé le pays dans ce tourbillon et d'avoir le courage d'entreprendre des actions au plus vite. Il faut, effectivement, beaucoup de courage pour les politiciens au pouvoir pour prendre des décisions en faveur de notre patrie, la Tunisie, mis à part les intérêts de leurs partis politiques.

Pourquoi la Tunisie est elle arrivée dans l'impasse?

Cessons de nous lamenter sur les défaillances des précédents pouvoirs ayant délaissé de nombreuses zones d'ombre en Tunisie. La situation précaire et le taux de pauvreté ont été découverts et diffusés par les medias après la révolution et aucun parti politique n'a mesuré l'ampleur de ces maux et n'a préparé de programmes adéquats pour les affronter.

A voir le nombre de Tunisiens perdus dans des faubourgs perchés aux flancs de collines et terrés dans des ravins, il est recommandé de faire un recensement pour avoir le nombre exact des Tunisiens. Apparemment la population aurait dépassée de loin les 10,7 millions!

Il faut rappeler que la révolution tunisienne a continué, à vrai dire, jusqu'à fin février 2011, date de la mise en place d'un premier gouvernement de transition constitué en majorité par des technocrates peu connus mais chapeauté par M. Caid Essebsi, visage emblématique de la tumultueuse vie politique de la Tunisie après l'indépendance.

La situation du pays était chaotique avec des grèves et des sit-in paralysant partout le pays. Au terme de 8 mois de pouvoir, ce premier gouvernement de transition a pu assurer l'organisation des premières élections démocratiques et transparentes, le 23 octobre 2011. Tout en lui reconnaissant cet acquis démocratique historique, plusieurs lui reprochent d'avoir délaissé d'autres dossiers (martyres et blessés de la révolution) et d'avoir créé d'autres problèmes (promotions et augmentations salariales sélectives).

Les calculs partisans au détriment de l'intérêt général

Après l'historique journée du 23 octobre 2011 et la difficile proclamation des résultats des élections, le nouveau gouvernement n'a pris place que deux mois plus tard, vers la fin décembre 2011. Ce retard était dû aux interactions entre Ennahdha, CpR et Ettakatol, trois des principaux partis gagnants, pouré se partager les valises ministérielles et les postes présidentiels (du gouvernement, de la république et de la constituante).

Le parti El Aridha, surprise des élections 2011, été classé troisième avec ses 26 sièges mais il a été écartée alors que d'autres ont très vite pris place dans l'opposition.
Une année après, les interactions entre la troïka au pouvoir et les critiques des nouvelles alliances de l'opposition (Al Jomhouri, le Front populaire, Al Massar...) se poursuivent.

Cette ébullition reflète certes une atmosphère de démocratie et de liberté d'expression mais, au vu des imminents objectifs de la période de transition, celle-ci fonctionne malheureusement au détriment des intérêts du peuple tunisien.

A présent, la situation est critique car le développement est très limité, le chômage est toujours à son plus haut niveau, l'inflation bat des records et, de surcroit, il y a une recrudescence de la violence de la part des citoyens, des milices et de la police.

Les nouvelles protestations sociales sont alarmantes et viennent encore des régions déshéritées réclamant toujours des besoins simples de développement qu'elles tardent à atteindre.

L'impatience compréhensible des régions déshéritées

Les derniers évènements de Siliana sont choquants par leurs conséquences catastrophiques (des Tunisiens blessés et borgnes à vie, de l'amertume et de la douleur) et de même par leurs causes obsolètes (une situation ambiguë des détenus, une ville mal desservie, une absence de nouveaux signes de développement après la révolution et un gouverneur qui communique difficilement avec les citoyens).

Le problème c'est que Siliana n'est pas unique et que plusieurs autres régions vivent les mêmes conditions de précarité et risquent aussi de se révolter. Les évènements de cette région véhiculent les messages que d'autres révoltes peuvent se produire et que le peuple tunisien a toujours le droit de crier «dégage».

Mais pourquoi la Tunisie a-t-elle atteint cette situation, malgré les bonnes intentions de la majorité des Tunisiens fiers de leur liberté et déterminés à construire une nouvelle Tunisie?

Les griefs contre le gouvernement transitoire

Le problème est que le nouveau gouvernement transitoire a vu grand et s'est comporté comme un gouvernement doté d'un long mandat. Le gouvernement n'a malheureusement pas bien diagnostiqué l'état de la Tunisie et il n'a pas pu, par conséquent, lancer les bonnes actions à temps.

La Tunisie est comme un accidenté en réanimation : elle a besoin d'interventions urgentes pour soigner ses blessures et sauver sa vie; les opérations de reconstruction et chirurgie esthétique viendront après.

Le gouvernement aurait du faire beaucoup plus pour les pauvres, en donnant des micro-crédits pour ceux et celles qui veulent monter des projets, en annulant les crédits des petits et moyens agriculteurs, en donnant des aides aux paysans, en améliorant l'infrastructure, en créant vite un maximum d'emplois (lancer des grands projets de construction, créer des projets d'agriculture sur des terres domaniales, ouvrir des carrières de produits de construction).

Pendant cette période de transition, le gouvernement ne devrait pas être lié par les longues procédures des appels d'offres, la phase est exceptionnelle et l'ultime but est l'essor de la Tunisie.

Effectivement, il fallait calmer les zones les plus chaudes, apaiser les plus lésés et favoriser les plus démunis. La mission de gouvernement transitoire est celle d'un réformateur. Rappeler-vous vos promesses électorales !

La vraie mission d'un gouvernement de transition

Le gouvernement aurait du être plus ouvert aux recommandations et même aux critiques de l'opposition. Les membres du parti Ennahdha dominent le paysage et s'obstinent à maintenir leurs positions; ce qui génère de longues discussions, des polémiques et une perte de temps à chaque sujet présenté sur la scène politique et sociale.

Le gouvernement a reconnu ses défaillances et a, depuis des mois, annoncé un projet de remaniement qui tarde encore à se concrétiser. L'objectif de ce remaniement est l'efficacité du gouvernement, mais pourquoi tout ce retard? Sont-ce toujours les divergences au sein de la troïka sur le partage du gâteau? Est-ce que le choix se fait sur la base des compétences ou des affinités et des appartenances idéologiques? Est-ce la magie du pouvoir qui attache les ministres, secrétaires d'Etat et conseillers à leurs sièges?

Le gouvernement doit prendre en considération la recommandation relative à une restriction du nombre de valises ministérielles pour assurer une meilleure efficacité pendant cette période de crise. Partant du fait que tous les politiciens n'ont pas d'expérience du pouvoir, l'essentiel est de former un gouvernement qui communique, planifie et exécute rapidement les programmes, car le pays a besoin d'action et non de discours.

Les trois présidents se doivent donc d'accélérer la finalisation du texte de la constitution, qui mènera la Tunisie à la paix et à la prospérité.

Le gouvernement doit exercer son autorité en interdisant aux associations d'imposer leur loi. Il doit se préparer pour assurer des élections démocratiques et transparentes et œuvrer ainsi pour la patrie avant les partis. Gouvernement de tous les Tunisiens, il doit arrêter de parler d'intrus et de factions secrètes.

Les partis de l'opposition doivent, pour leur part, être constructifs et coopératifs pour le bien de la Tunisie.

Quant à l'Ugtt, elle doit prendre ses distances, sauvegarder place historique vénérée par les Tunisiens et ne pas se laisser entrainer dans les remous boueux de la politique. Les grèves générales vont faire sombrer le pays dans le chaos! La Tunisie ne saurait supporter plus longtemps les conséquences de telles décisions!

     

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