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Tunisie. Les leçons de la mobilisation citoyenne du 13 août 2012

18

août

2012

à 07:33

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La mobilisation pour la préservation des acquis de la Tunisienne était d’autant plus forte qu’Ennahdha, le parti au pouvoir, multiplie les tentatives pour limiter les droits et les libertés et instaurer une nouvelle dictature.

Par Rachid Barnat


Suite à la grande manifestation du lundi 13 août pour célébrer la fête de la femme tunisienne et le 56e anniversaire du Code du statut personnel (Csp) et pour affirmer, haut et fort, la volonté de la majorité des Tunisiennes de maintenir leurs acquis, nous passons en revue certaines réactions, qui doivent inciter à la prudence et à la vigilance.

Cet évènement ô combien important pour les Tunisiennes, a, curieusement, laissé indifférente la chaîne qatarie Al-Jazira pourtant habituée à passer en boucle jusqu’à l’overdose les évènements qui servent les intérêts de son maître l’émir! J’espère que les Tunisiens boycotteront encore davantage cette chaîne qui n’a rien d’une chaîne d’information mais qui est plutôt un outil de propagande.

Ces «foulardées» qui enfoncent leurs sœurs féministes

Par contre, la chaîne Al Arabia, sa concurrente, elle aussi au service de son maître le roi Ibn Saoud, a bien voulu consacrer un reportage au JT avec pour invitée Bochra Bel Haj Hmida, la militante des droits de l’homme et féministe tunisienne.

Faut-il rappeler que le roi cherche toujours à évincer son concurrent l’émir des pays du printemps arabe pour y étendre sa propre influence? Ce qui explique, peut-être, le zèle de l’un et le manque d’intérêt de l’autre pour la fête de la femme tunisienne.

Bochra Bel Haj Hmida a rappelé qu’elle avait milité pendant 20 ans pour l’égalité et la parité entre homme et femme. C’est son Association tunisienne des femmes démocrates (Atfd) qui a imposé la parité pour les élections du 23 octobre. Elle regrette que cela ait permis l’arrivée à la constituante d’une majorité de «foulardées», qui ne partagent pas le combat des féministes tunisiennes et qui ne cherchent qu’à enfoncer leurs sœurs et réclamer leur déclassement pour en faire une sous-humanité «complémentaire» de l’homme.

Mme Bel Haj Hmida déplore que ces femmes arrivées à la constituante grâce au combat des femmes, bien qu’elles soient le produit de l’émancipation voulue par Bourguiba et qu’elles doivent leur poste aux Tunisiennes libres, qu’elles remettent en cause les acquis glanés par les femmes depuis l’indépendance et veulent ramener les femmes à l’obscurantisme d’avant l’indépendance.

Marche arrière sur fond de démagogie

Hamadi Jebali, chef du gouvernement, devant le succès de la manifestation, a fait machine arrière sur ce thème de la «complémentarité» des sexes défendu bec et ongles par ses camarades députés d’Ennahdha, et, sur un ton moqueur, a prétendu que le Coran lui-même stipule l’égalité de l’homme et de la femme et qu’il n’y avait pas lieu de manifester! Comme s’il ne connaissait pas les intentions de son gourou Rached Ghannouchi et du désir de ce dernier de rabaisser coûte-que-coûte la femme tunisienne! Si ne n’est pas de l’hypocrisie, cela lui ressemble grandement!

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L'ampleur de la mobilisation montre que les Tunisiens sont attachés au Code du statut personnel

Farida Labidi, députée nahdhaouie, présidente de la commission des droits, celle-là même qui, de plateau TV en plateau TV et de conférence en conférence, nous expliquait que la nature a faite la femme inférieure à l’homme, pour nous justifier la théorie de Youssef Qaradhaoui, prédicateur invité par Ennahdha pour diffuser son obscurantisme en Tunisie, à propos de la «complémentarité»* de la femme par rapport à l’homme... a eu le culot de nous dire que nous avons mal compris ses propos. Puisque la «complémentarité» évoquée dans l’article 28, lue à la lumière de l’article 22, signifie «égalité», gueule-t-elle! Et que s’il y a eu malentendu, elle n’y est pour rien. Prend-t-elle vraiment les Tunisiens pour des idiots?

Le président Moncef Marzouki, sorti de son silence et devant la colère qui gronde, s’est fendu d’une déclaration expliquant que personne ne touchera aux acquis des tunisiennes. Et pour plus de précision, il demande que les constituants adjoignent à «égalité» le qualificatif «totale»! Ouf, il était temps! Reste à savoir s’il est capable d’en convaincre ses alliés (et «employeurs») du parti islamiste d’Ennahdha.

De son côté Mustapha Ben Jaâfar, président de l’Assemblée nationale constituante (Anc), réaffirme qu’il n’a jamais été question de rogner les acquis des Tunisiennes. Ah bon? C’est à croire qu’il préside l’assemblée en étant toujours groggy puisqu’il semble ne pas savoir ce que mitonnent ses amis nahdhaouis!

Quant à Ghannouchi, il faut relire son livre ‘‘La femme dans le Coran et le vécu des musulmans’’, édité en 2011, pour comprendre le sort que réservent les islamistes aux Tunisiennes. Dans ce livre, et plus précisément aux pages 70, 71 et 72, il nous donne le fin fond de la pensée islamiste au sujet de la femme.

Le texte attribue au bourguibisme tous les défauts et notamment le dévergondage et les mœurs dissolues, et affirme que pour redresser la barre et sauver le pays du stupre, le courant islamiste :

- «s’oppose avec force au travail féminin hors du foyer et à la mixité dans les établissements d’éducation»;

- prône la polygamie – «un devoir religieux et non un remède exceptionnel», tient-il à souligner ;

- incite les femmes «à refuser toute relation avec les hommes hormis ceux avec lesquels elle a un lien de parenté ou son époux»;

- plus étonnant encore – et cerise sur le gâteau – encourage les femmes à «se satisfaire du minimum d’éducation», donc à laisser des talents en friche;

- appelle à restreindre au maximum les relations entre la femme et l’homme, «même si ce dernier est un ancien condisciple, fut-il musulman, que l’on voit en public» et avec lequel «il ne faut parler que sérieusement, toute plaisanterie étant bannie».

Alors que dans son programme électorale en 365 résolutions il s’engageait à protéger les acquis de la femme, à assurer l’égalité des chances entre l’homme et la femme pour l’occupation des postes de responsabilités administratives et politiques, à protéger la liberté de la femme contre toute imposition de style vestimentaire, à rompre avec toutes les formes de discrimination et de violence infligées aux femmes etc.

Ce qu’il confirme à nouveau, le 31 juillet 2012, dans un journal local en affirmant qu’«il n’appartient pas à l’Etat d’imposer un mode particulier de se vêtir, de se nourrir, de consommer des boissons ou de suivre des coutumes.»

Le ministre des Affaires religieuses, Noureddine Khademi, quant à lui, a fait une déclaration dangereuse sur Hannibal TV. Ce salafiste pur et dur aux discours incendiaires appelant au meurtre des mécréants, du temps où il officiait en tant qu’imam à la mosquée El Fath à Tunis, affirme que le port du voile (hijab) est une obligation religieuse de la «chariâ». A son poste, il s’est chargé de wahhabiser à tout va la Tunisie, mettant tous les moyens de l’Etat au service de ce dessein: TV, radio, écoles, université, mosquées… et payant de sa personne par une présence de téléprédicateur, qui choque de la part d’un politique!

M. Khademi dit que l’obligation du port du hijab est du même ordre que l'obligation de la prière ou du «haj» (pèlerinage) et considère que la musulmane qui ne le porte pas est mécréante. Ce qui est une preuve de son «jahl kamel» (ignorance totale), comme il le dit des femmes qui refusent le voile, et de son obscurantisme acharné.

C’est là une stigmatisation on ne peut plus claire des femmes émancipées, désignées à la vindicte populaire par des commerçants de la religions et des tartuffes comme lui!

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Homes et femmes pour la préservation des acquis de la femme

Pour faire diversion devant le tohubohu soulevé par l’article 28, et comme à son habitude et celle de son parti, Habib Kheder se charge de noyer le poisson en lançant une nouvelle polémique: le report de la fin des travaux de la constituantes, prévue pour le 23 octobre 2012, à avril 2013 au minimum pour cause de retard dans les travaux, assure-t-il narquois! Se fout-il du monde? Exprime-t-il son avis personnel ou celui de son oncle Ghannouchi? Il nous a déjà fait le coup de l’inscription de la chariâ dans la constitution, pour finir par dire penaud que ce n’était que son avis personnel.

Le président de l’Assemblée constituante affirme, de son côté mais bien mollement, que le respect de la date butoir du 23 octobre 2012, pour la remise du texte définitif de la nouvelle constitution, est un devoir moral et politique ! Qui croire?

Pour son retour de convalescence, Abdel Fattah Mourou affirme l'inutilité de l’Association tunisienne des femmes démocrates (Atfd) et demande sa dissolution! Rien que çà! Il finit par tomber le masque.

Ghannouchi ou Mourou, c’est kif kif! Ne sont-ils pas les cofondateurs de leur parti? Les velléités de Mourou de s’émanciper de son encombrant ami Ghannouchi ayant échoué, il est vite rentré dans le rang. Le chef va lui assigner pour rôle d’être l’avocat du parti! Et pas seulement. Ce qui dénote chez lui un manque de principe et de courage. Désormais il ne dupera plus les Tunisiens avec sa gouaille tunisoise!

Les Tunisiens doivent vraiment se poser la question : Quand les islamistes diront-ils le fond de leurs pensées? Quand un parti joue ainsi sur des positions en permanence ambiguës c’est qu’il a la volonté de tromper!

Donc, soyons-en convaincus, rien n’est encore acquis! Les mobilisations doivent se poursuivre et se développer pour :

- le maintien du statut de la femme;

- la mise en place d’une justice indépendante;

- le respect de l’indépendance des médias;

- le maintien d’un Etat civil;

- la création d’un organisme indépendant remplaçant la défunte Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie);

- le maintien de la date butoir de remise de la copie de la nouvelle constituante: le 23 octobre 2012;

- mais aussi la non adoption de la loi pour atteinte au sacré que les députés d’Ennahdha cherchent à faire promulguer par la Constituante, car cette loi n’est qu’un prétexte pour limiter davantage les libertés.

Le combat continue et la vigilance doit rester de mise!

* Le concept même de «complémentaire», Ennahdna l’a pris chez Youssef Qaradhaoui, le prédicateur obscurantiste reçu en grande pompe par Ghannouchi!

En effet par une lecture simpliste et du premier degré du Coran, Qaradaoui relève les passages où il est question de «complémentarité».

«Allah créateur de toute chose et de son complément: le jour et la nuit; le soleil et la lune; le mâle et la femelle...»

Cet obscurantiste a développé tout un discours autour de ce thème pour «démontrer» que la femme est bien le complémentaire de l’homme, en décrivant l’homme, dans la nature, comme fort, dominateur, rustre; et la femme de faible, douce, soumise à l’homme pour lui permettre de procréer sans contrariété...

Et il recommande aux hommes de conserver leur côté rustre et aux femmes leur soumission au mâle!

Quand on sait que, dans de nombreuses espèces animales, le mâle est polygame, on comprend pourquoi Ghannouchi tient à restaurer la polygamie!

Oubliant que le rôle d’une religion quelle qu’elle soit est justement de sortir l’homme de sa condition animale pour en faire un être civilisé! Alors que cet obscurantiste veut entretenir la bestialité en l’homme et réduire sa relation à la femme juste à un rapport de sexe et de procréation!

Voilà où les hommes d’Ennahdha puisent leur savoir. Ils sont aussi obscurantistes que leurs maîtres à penser.

«Koudh el-îlm min ras el-fkaren», dit l'adage tunisien! (Puise le savoir dans le cerveau des tortues).

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