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Pourquoi la «troïka» boude-t-elle les fêtes nationales tunisiennes?

28

juillet

2012

à 08:35

Il n’y a pas eu drapeaux, de banderoles ou de fêtes officielles pour célébrer le 55e anniversaire de la république1. C’est ainsi depuis l’accès de la «troïka» au pouvoir: les fêtes nationales passent presque inaperçues. Pourquoi?

Par Rachid Barnat


 

Devant l’attitude scandaleuse de la «troïka», la coalition tripartite au pouvoir, à chacune de nos fêtes nationales, qu’elle semble ignorer, ou fêter du bout des lèvres, sinon mépriser, il est utile d’essayer d’en expliquer les raisons.

Ce fut le cas du 20 mars, fête de l’indépendance, du 9 avril, fête des martyres, et tout récemment du 25 juillet, fête de la république.

Le président de la république Moncef Marzouki et le président du parti Ennahdha au pouvoir Rached Ghannouchi suivent une autre idéologie que celle de Bourguiba, père de la Tunisie moderne2. Ils sont logiques avec eux-mêmes en boudant les fêtes nationales tunisiennes ou en leur réservant une célébration a minima!

Sauf qu’ils trompent les Tunisiens en cachant leur jeu : ils avancent cachés derrière leur langue de bois qu’ils manient très bien l’un et l’autre, plutôt que d’énoncer clairement les choses et exposent aux Tunisiens les idéologies qui les animent!

Pour rappel :

- Moncef Marzouki est youssefiste comme son père, tous les deux admirateurs de Salah Ben Youssef, lui-même nassériste et grand admirateur du leader du panarabisme qu’était Gamel Abdel Nasser.

- Ghannouchi est panislamiste.

Ces deux doctrines sont nées au 19e siècle :

- le panarabisme pour combattre les Ottomans, dont l’empire commençait à s’affaiblir et qui ne faisaient plus grand cas de la langue arabe ni des Arabes eux-mêmes… leur préférant la langue turque et les Turcs;

- le panislamisme pour combattre le colonialisme qui a contribué au dépeçage de l’empire ottoman que vont se partager les puissances coloniales anglaise et française.

Ce seront les Frères Musulmans qui organiseront politiquement ce mouvement, à l’origine intellectuel mais vague; sous la houlette de Hassan el Banna, grand père maternel de Tariq Ramadan, porte-drapeau de ce mouvement en Europe…

A ces deux idéologies, Bourguiba préférera le nationalisme plus réaliste, pour sortir les peuples de leur torpeur endémique de plus plusieurs siècles, à cause d’un pouvoir califal inefficace et trop réactionnaire à cause de l’emprise des «religieux» sur le calife, pour permettre tout progrès aux hommes.

Gamel Abdel Nasser haïssait Bourguiba qui se méfiait de lui, et cherchera à l’éliminer par tous les moyens, aussi bien politiques que physiques parce qu’il refusait son panarabisme… ce dont se chargera Salah Ben Youssef, grand admirateur du raïs.

Le panarabiste et le panislamiste sont animés par une même haine envers Bourguiba.

Bourguiba ayant combattu ces deux idéologies qu’il jugeait utopistes à juste raison, Ghannouchi et Marzouki veulent prendre leur revanche sur le père de fondateur de la république tunisienne et nous «resservir» leurs vieilles lunes que sont le panarabisme et le panislamisme, deux doctrines qui se rejoignent, d’autant qu’elles se retrouvent dans le slogan dont ils se servent pour affirmer, hypocritement, rétablir l’identité «arabo-musulmane» des Tunisiens!

Ce qui est une supercherie et une grande imposture, puisque ni Marzouki, ni Ghannouchi ne nous ont jamais entretenus ouvertement de leur idéologie depuis leur retour d’exil ni durant la campagne électorale pour les élections d’octobre 2011!

Ce n’est que depuis leur arrivée au pouvoir qu’ils n’auront de cesse de changer de cap et d’envoyer à la trappe les objectifs de la révolution, pour nous imposer, par petites touches, leurs idéologies!

Ce qui explique que tous les symboles qui ont caractérisé la république et façonné la nation tunisienne depuis l’indépendance (dates mémorielles, hymne national… jusqu’au drapeau) ne sont pas du «goût» de ces messieurs, qui veulent les effacer et effacer, par la même occasion, la nation tunisienne ainsi que la république tunisienne pour les noyer dans des entités panarabe pour l’un et panislamique pour l’autre, très chimériques pour être réalisables!

En d’autres termes Ghannouchi et Marzouki ne sont ni nationalistes et encore moins des patriotes!

Est-ce que les Tunisiens vont les suivre dans leurs lubies?

Était-ce l’objectif de leur révolution ?

Notes:

1- Le ministère de l'Intérieur, qui a omis, mercredi, d'ériger le drapeau national à l'avenue Habib Bourguiba, au centre-ville de Tunis, et dans les autres artères importantes de la capitale (Mohamed V, Av. de la République, etc.), comme cela se faisait habituellement pour la célébration de la fête de république (et les autres fêtes nationales), s'est rattrapé... le 27 juillet, avec deux jours de retard, après que des critiques lui aient été adressées à ce sujet. Ridicule? Non, tragique.

2- Dans son discours, le 25 juillet, devant l'Assemblée nationale constituante (Anc), M. Marzouki a réussi la prouesse de ne pas citer une seule fois le père de la république tunisienne, Habib Bourguiba. Quand à Rached Ghannouchi, il sommeillait carrément pendant la séance plénière de l'Assemblée consacrée à la célébration de l'anniversaire de la république. C'est tout dire...

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