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Ben Ali et l’honneur taché de l’armée tunisienne

11

juin

2012

à 08:42

Parce qu’il est général de brigade, l’ex-président de la république doit-être condamné, sans haine ni colère, pour désertion, haute trahison et parjure. Et non pour de menus larcins…

Par Bechir Turki*


Il y a une inflation d’actions en justice contre l’ancien président de la république. Cela ne veut pas dire que les accusations qui forment la substance de ces actions en justice ne sont pas fondées, bien au contraire. Ben Ali a tellement sévi dans ce pays qu’il faudrait peut-être des années d’enquêtes pour cerner toutes les actions maléfiques accomplies par lui et ses proches.

Un général de brigade coupable de crime de désertion

Il y a donc une inflation d’actions en justice, mais on a, sciemment ou non, négligé la principale, la plus importante, la plus grave. Mais avant de développer cette idée, il convient de rappeler ici que l’ex-dictateur cumule déjà 66 ans de prison ferme pour diverses condamnations relatives aux détournements de fonds, abus de biens publics et autre trafic de drogue.

Il convient de rappeler également que le 23 mai dernier, le procureur militaire du Kef a requis la peine de mort contre Ben Ali jugé pour complicité d’homicides volontaires dans sa tentative désespérée d’étouffer le soulèvement de janvier 2011.

Ce rappel nous permet de constater que ce ne sont pas seulement les tribunaux civils qui ne semblent pas concernés par le crime principal commis par Ben Ali, mais le tribunal militaire du Kef aussi. En effet, le procureur militaire de ce tribunal a requis la peine de mort pour complicité d’homicides volontaires alors que l’accusé est un général de brigade qui a fui le pays et, par conséquent, la principale accusation qui aurait du être retenu contre lui est le crime de désertion.

En tant qu’ancien officier supérieur de l’armée nationale, je me sens frustré, déshonoré, sali même par ce personnage honni quasi unanimement par tout un peuple. Et j’estime sincèrement que beaucoup de militaires à la retraite ou en activité éprouvent ces mêmes sentiments, très lourds à porter.

Ben Ali doit être poursuivi pour haute trahison et parjure

Dans une lettre ouverte au président de la république par intérim, publiée dans le journal ‘‘La Presse’’ du 4 août 2011, j’ai écrit notamment: «Ben Ali porte le grade de général de brigade. Pour avoir déserté son poste, pour avoir porté un grand déshonneur à l’armée par ses diverses ignominies et crimes envers la nation et l’Etat, il doit être traduit de suite devant un tribunal militaire pour le casser de son grade, rayer son nom des registres des effectifs de réserve, lui retirer ses décorations et le condamner selon le règlement militaire sans haine ni colère pour haute trahison et parjure.»

En tant que militaire touché dans sa dignité et son honneur par les agissements criminels de ce général de brigade, il est de mon droit de demander réparation du dommage moral subi, ce qui ne pourrait se faire que par un tribunal militaire qui prendrait en compte l’accusation de désertion et lui appliquerait la condamnation appropriée.

Cependant, et quel que soit le nombre des actions en justice et la nature des accusations contre le général déserteur, les procès intenté devant des tribunaux civils et militaires se sont déroulés et se dérouleront très probablement dans l’avenir en l’absence de l’accusé, c’est-à-dire des procès par contumace, ce qui donne à cette inflation d’actions en justice une signification beaucoup plus symbolique que réelle. Ceci ne peut pas ne pas approfondir le sentiment de frustration de toutes les victimes du dictateur déchu.

Il convient ici de signaler l’extraordinaire contraste entre la honteuse nonchalance avec laquelle le gouvernement provisoire de Hamadi Jebali traite la question de l’extradition de Ben Ali d’Arabie Saoudite et le non moins honteux empressement avec lequel ce même gouvernement prépare l’extradition de l’ex-Premier ministre libyen Baghdadi Mahmoudi.

Dans un cas comme dans l’autre, le gouvernement Jebali s’est montré d’une faiblesse extrêmement dommageable pour les intérêts du pays. Voici un gouvernement qui ne peut ni exiger l’extradition de l’ex-président, en dépit de l’assurance d’un procès juste et des droits de l’accusé de se défendre, ni refuser l’extradition de l’ex-Premier ministre libyen en dépit des dangers que courent à la fois la personne à extrader et la communauté tunisienne en Libye du fait de possibles réactions vengeresses de la part de la tribu de Baghdadi Mahmoudi et des pro-Khadafi qui ont déjà proféré des menaces dans ce sens.

La démission face aux diktats saoudien et libyen

Pourtant, dans un cas comme dans l’autre, le gouvernement Jebali a des arguments massifs à opposer tant aux Saoudiens qu’aux Libyens.

Au Saoudiens, il aurait fallu poser franchement la question que tout le monde se pose: comment un pays qui se permet d’amputer la main de celui qui vole un pain, protège-t-il un voleur de très grande envergure qui a détourné, avec sa famille élargie, des milliers de milliards de nos millimes reconvertis en devises et placés dans des centaines de banques situées dans les quatre coin du monde? Il aurait fallu leur demander qu’ils nous expliquent comment au nom de la chariâ, l’Arabie Saoudite applique un châtiment cruel à un petit voleur affamé et protège un dictateur qui a affamé une partie de son peuple en le volant?

Aux Libyens, il aurait fallu dire haut et fort que la situation politique et judiciaire en Libye n’assure pas de procès juste. Sans parler des dangers que cour Baghdadi Mahmoudi quant à son intégrité physique.

Mais c’est vrai que pour parler un tel langage, il faut qu’on ait un gouvernement fort et compétent. Or cette absence de force et de compétence, on ne l’observe pas seulement sur la scène internationale avec la démission face aux diktats saoudien et libyen, mais même sur la scène nationale avec la démission face aux hordes de barbus qui terrorisent les Tunisiens et détruisent leurs biens dans une impunité totale.

* Ingénieur en détection électromagnétique (radar), breveté de l’Ecole d’Etat Major de Paris. Auteur de ‘‘Ben Ali le ripou’’ et ‘‘Eclairage sur les recoins sombres de l’ère bourguibienne’’.

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