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L’Andalousie, le faux paradis perdu des salafistes

25

mai

2012

à 08:42

Les salafistes invoquent donc souvent l’âge d’or de l’Andalousie pour dire l’apogée qu’a pu atteindre la civilisation «arabo musulmane», mais ils oublient de préciser qu’ils en ont été les fossoyeurs.

Par Rachid Barnat

Après un petit séjour à Séville et à Grenade, quelques réflexions me viennent sur l’Andalousie que fantasment beaucoup de nostalgiques d’un âge d’or de la civilisation «arabo-musulmane» qu’ils n’ont connu qu’à travers les légendes qui, comme toutes les légendes, embellissent et falsifient l’histoire.

Quand Boabdil, le dernier roi de Grenade, quittait l’Alhambra, vaincu par Isabelle la Catholique, sa mère a prononcé selon la légende cette phrase définitive: «Pleure comme une femme ce que tu n’as pas su conserver comme un homme»!

Un «mauvais musulman» en cache toujours un autre

Mais, en réalité, le déclin des Arabes en Andalousie est une longue histoire commencée depuis longtemps et qui a vu se développer des guerres entre les Arabes eux-mêmes jusqu’à l’apparition des «Taïfas» (multitude de petites principautés) qui signeront le début de la fin de la conquête de la péninsule ibérique.

Des conflits permanents pour chasser les sultans avec toujours la même technique éprouvée: leur reprocher de n’être pas de bons musulmans. Comme ces régimes ne connaissaient aucune règle pour l’alternance du pouvoir, instaurant souvent le régime dynastique, la seule opposition politique que pratiquaient les salafistes, c’était l’islamisme! Celui qui voulait prendre la tête du pouvoir développait toujours l’idée que son prédécesseur était un «mauvais musulman». Et c’est ainsi que, dès cette époque, l’islam a été instrumentalisé et utilisé à des fins politiques, comme instrument de conquête du pouvoir. Ce que font les islamistes aujourd’hui.

Boabdil, dernier roi de Grenade.

Par conséquent l’idée, si souvent reprise par les islamistes, selon laquelle l’Andalousie a été perdue parce que les musulmans ont cessé d’être de «bons musulmans» est une vaste supercherie pour ne pas dire plaisanterie.

En réalité, l’Andalousie a été perdue en raison des rivalités et des guerres auxquelles se livraient les différentes tribus et dynasties arabes puis berbères; et la pratique, bonne ou mauvaise, de l’islam n’y a strictement rien à voir. Car la pratique de l’islam n’était en réalité que prétexte pour éliminer ses concurrents!

Quand Ghannouchi et ses hommes traitent leurs opposants de «koffar» (mécréants), ils ne font rien d’autre qu’instrumentaliser la religion pour conquérir et asseoir leur pouvoir, comme le faisaient les candidats au pouvoir en Andalousie!

Il faut ajouter que si la chrétienté avec Isabelle la Catholique a triomphé, c’est parce qu’elle a su unir divers pays européens et obtenir le concours déterminant du Pape, fort puissant à l’époque.

Il faut dire aussi que pendant une période, Arabes, Juifs et Chrétiens ont partagé leur connaissance, ce qui a permis le progrès qu’a connu leur société d’alors, jusqu’à atteindre un degré civilisationel raffiné d’une Andalousie enviée dans une Europe empêtrée encore dans son moyen-âge.

Al-Andalus devint alors un foyer de haute culture au sein de l’Europe médiévale, attirant un grand nombre de savants et ouvrant ainsi une période de riche épanouissement culturel.

Les civilisations sont mortelles

Il faut donc tordre le cou à cette thèse de la perte de l’Andalousie par un mauvais comportement religieux! Revenir à la pratique de l’islam de cette période ne rendra pas aux musulmans un pouvoir qu’ils ont perdu. Ils doivent se rendre compte que le monde a bougé, qu’il a progressé et que ce n’est pas en se complaisant dans une nostalgie rêvée de l’Andalousie qu’ils redeviendront forts.

 

Ibn Roshd campé par Nour Cherif dans ''Le Destin'' de Youssef Chahine.

Les civilisations, qu’on le veuille ou non, évoluent et Paul Valéry a dit d’elles qu’elles sont mortelles: certaines progressent quand elles donnent la priorité à l’éducation, à la recherche scientifique, aux arts; et d’autres régressent quand elles se contentent de rêver à une époque révolue et à bannir tout ce qui est innovation et recherche, pour soutenir qu’il faut revenir à une pratique moyen-âgeuse de l’islam!

Si l’Andalousie peut encore aujourd’hui donner des leçons au monde, c’est uniquement dans le fait que ce «paradis» n’a existé, pendant quelques temps, que lorsque la tolérance régnait et que les trois religions du Livre ont pu cohabiter en paix.

Ce n’est donc pas un repliement sur un Islam arriéré et fermé, que certains voudraient imposer, qui va nous conduire à de nouvelles «Andalousies».

Les salafistes, par leur intolérance et leur rejet de tout savoir, ont été à l’origine du déclin de l’Andalousie. Yousef Chahine, dans son film prémonitoire ‘‘Le Destin’’, sur les méfaits de l’islamisme radical dans les sociétés arabophones, que vivent actuellement les pays du printemps arabe, nous raconte comment les salafistes s’en sont pris au calife, ami des intellectuels, au point de le contraindre à «lâcher» son ami Ibn Rochd (Averroès), le philosophe commentateur d'Aristote, mais aussi le mathématicien, le physicien, qui maîtrisait la médecine, l’astrologie, un grand exégète du Coran…, dont ils demandaient la tête, mais qui partira en exil pendant qu’ils faisaient un autodafé de sa riche bibliothèque, source de tous les maux de la société de l’époque selon eux.

Faut-il rappeler que Youssef Chahine lui-même a été menacé de mort et a connu la censure des fondamentalistes musulmans pour qui les intellectuels sont des ennemis à abattre!

Or que font les salafistes d’aujourd’hui? Ils s’attaquent au savoir, aux livres à la création artistique et aux lieux du savoir.

En Tunisie, ils se sont attaqués aux facultés des Lettres (de Sousse, de Kairouan, de Manouba…) au théâtre, au cinéma, à la diffusion du film ‘‘Persépolis’’ sur NessmaTV, aux livres et à la presse. Tout ce qui est liberté de l’esprit leur est insupportable car cela entrainerait le peuple à réfléchir et dès lors à mettre en cause leur pouvoir.

La tour de Boabdil et ses remparts où où fut emprisonné le dernier roi des Nasrides de Grenade, Boabdil.

Une débauche de foi ostentatoire

En Espagne la foi/spectacle est si courante qu’elle devient folklorique. Séville détient la plus spectaculaire manifestation dans ce domaine. Quelle en est l’origine? Après la Reconquista par les rois catholiques, Isabelle donna le choix aux Musulmans et aux Juifs de rester en Espagne en se convertissant au catholicisme sinon de quitter le pays. Elle a même instauré les tribunaux de l’Inquisition pour dénoncer les fausses conversions.

Ce qui va inciter à plus d’hypocrisie, puisqu’il fallait donner des gages du «bon croyant»; ce qui entraînera une débauche dans la foi ostentatoire, puisqu’il fallait montrer qu’on était plus croyant que son voisin. Cette ostentation grandissante de la foi va marquer tout un peuple au point de devenir de nos jours, dans ce pays apaisé, le folklore majeur des Espagnols, dont Séville détient la plus belle manifestation avec la procession impressionnante des pénitents.

Les salafistes, dont le mouvement politique instrumentalise la religion et, prenant exemple sur le Calife Omar, le premier à avoir usé de l’épée pour prendre le pouvoir, vont trouver dans le wahhabisme un outil «politique» pour mieux se maintenir au pouvoir. Le but de cette obédience étant de dévier le croyant de tout ce qui peut le «distraire» de Dieu, des «consignes» précises touchant au «halal» (licite) et au «haram» (illicite) vont réguler désormais sa vie quotidienne. Sa pratique devient ainsi réglée comme un spectacle auquel le croyant doit s’adonner complètement. D’où l’ostentation de certains pour que l’on ne doute point de leur bonne foi!

Imposition de la foi par la violence

Car en imposant l’ostentation de la foi par la violence, les salafistes s’assurent la soumission et le contrôle d’un peuple. D’où les prières dans les rues, les codes vestimentaires, capillaires et langagiers. Des signes «visibles» d’une religiosité «accrue» qu’exportent Saoudiens et Qataris: voile et burqa pour les femmes; qamis, sceau frontal et barbe pour les hommes; un langage «codé» avec citation de texte coranique ou de hadith

Des tribunaux religieux expéditifs jugent les mauvais musulmans et condamnent à mort les apostats, comme faisaient les tribunaux de l’Inquisition qui envoyaient aux bûchers les mécréants et les apostats.Ce que fait le roi Ibn Saoud et grâce à quoi cette tribu conserve le pouvoir.

Ce qui choque les Tunisiens, malékites depuis des siècles, pour qui l’ostentation dans la foi relève de l’hypocrisie, qui estiment qu’il n’y a que Dieu qui juge des pratiques religieuses d’un croyant et qui admettent qu’il ne peut y avoir de contrainte en islam!

Les salafistes invoquent donc souvent l’âge d’or de l’Andalousie pour dire l’apogée qu’a pu atteindre la civilisation «arabo musulmane», mais ils oublient de préciser qu’ils en ont été les fossoyeurs.

Alors il faut qu’ils cessent de travestir l’Histoire et de duper les peuples.

Il faut aujourd’hui les empêcher de recommencer et, force est de constater qu’ils n’ont rien appris et qu’ils sont toujours aussi arriérés qu’au moment où Bourguiba faisait, contre eux, entrer la Tunisie dans la modernité. La lecture de la lettre qu’il adressa, le 25 mai 1951, à Salah Ben Youssef est intéressante et toujours d’actualité en ce qu’elle montre le combat d’un homme politique pour la modernité et contre les islamistes arriérés de la Zitouna.

Si Bourguiba a pu trouver un homme lettré et éclairé en la personne de Fadhel Ben Achour, dans la Zitouna d’aujourd’hui il n’y en a, hélas, plus; quand on voit les prétendus oulémas de cette auguste institution accepter sa wahhabisation par Ghannouchi et ses hommes, et par-delà, admettre que la société tunisienne perde son identité forgée par des siècles de malékisme au profit d’une obédience que leur prédécesseurs ont qualifiée de dangereuse et inadaptée au caractère des Tunisiens.

Ce que confirme l'historien Hichem Djaït, auteur de ‘‘La Grande Discorde’’. Selon lui, «le mouvement islamiste n’a ni dimension religieuse profonde, ni dimension culturelle et intellectuelle marquée du sceau de la religion, car ses bases intellectuelles sont faibles».

     

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