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Tunisie. Hamadi Jebali, l’homme au sourire figé (2/2)

20

avril

2012

à 11:21

Les Tunisiens n’ont pas mis trop de temps pour se rendre compte que le plus haut responsable du gouvernement manque visiblement de compétence et d’expérience pour le poste.

Par Béchir Turki*


 

Il y a des informations qui circulent sur des travaux qu’aurait engagés M. Jebali dans une résidence à Carthage que l’Etat tunisien avait coutume de mettre à la disposition des visiteurs étrangers. Le but étant non pas de rendre le séjour de ceux-ci plus agréable, mais de préparer le déménagement dans cette résidence de M. Jebali et de sa famille. Si ces informations se vérifient, le chef du gouvernement aura commis un grave abus de pouvoir, car il n’y a ni tradition, ni réglementation autorisant la mise à la disposition de ce dernier et de sa famille cette résidence appartenant à l’Etat. Tous ses prédécesseurs, même du temps de Ben Ali, rappelons-le, résidaient chez eux.

On achève bien l’université

On croyait qu’un ministre, et a priori un ministre de l’Enseignement supérieur, devait posséder toutes les vertus, pour que nos étudiants puissent recevoir une bonne éducation et une excellente formation. Mais voici que l’actuel titulaire de ce poste, Moncef Ben Salem, commet une entorse à la déontologie et fait fi aux règles établies. Ce ministre, lui aussi nahdhaoui, se permet de ruser et de s’auto-promouvoir au grade de professeur des universités, malgré les protestations de nombreux professeurs et collègues. Un tel acte est indigne de son auteur et porte atteinte au prestige du ministère en Tunisie et à l’étranger.

Les incidents ayant eu lieu à la Faculté des lettres de la Manouba, le 7 mars 2012, sont non seulement regrettables, mais innovants en matière de terrorisme au sein d’une faculté, lieu vénéré où on est censé apprendre la bonne éducation et y recevoir une noble formation.

«Que des salafistes sèment la terreur à la faculté, qu’ils menacent de mort le personnel, qu’ils cherchent le doyen pour l’agresser ou le poignarder, tout cela n’émeut pas les autorités qui se marrent dans le silence complice», écrit le professeur Habib Mellakh.

Qu’un ministre laisse profaner un établissement universitaire durant des mois,  sans prendre les mesures que doit lui dicter son devoir et sa conscience, c’est qu’il n’est pas digne de sa fonction et qu’il a failli à sa mission.

Sur le plan de la sécurité, c’est la chienlit. Notre société vit dans la crainte, l’incertitude et la peur: les rues sont désertes le soir, le courrier n’est pas distribué, les ordures ne sont plus enlevées, la maintenance des infrastructures non assurée, et cette somnolence administrative qui exaspère le citoyen…

Les tensions sociales attisées par des syndicats irresponsables d’une part et d’autre part le débrayage des rouages de l’administration, a permis à certains de rénover avec leur instinct primaire en s’adonnant au vandalisme, au banditisme et à l’indiscipline: constructions anarchiques, irrespect du code de la route, appropriation des terres domaniales et même celles d’autrui, etc.

Est-ce cela la morale de l’islam?

Le gouvernement est responsable par son inaction et son inertie. Il ne remplit plus ses devoirs et se montre incompétent quant à la gestion des crises. Pourtant, ses membres, aux discours creux et aux promesses souvent non tenues, se sont assurés une vie plus que confortable; ils se bousculent pour s’accaparer les biens de l’Etat en logements, en voitures luxueuses, en personnels de service, alors que souvent ils font preuve de manque de professionnalisme et de compétence, aux conséquences graves pour notre diplomatie, notre économie, notre éducation nationale, bref pour notre pays.

L’autorité est par terre. Où sont donc passés les vertus, le sens du devoir et l’amour de la patrie? Est-ce cela la morale de l’islam? Bien au contraire, les rites sunnites hérités de nos parents durant des siècles nous recommandent la pureté, la sobriété, la modération, et de ne pas se comporter en sangsues pour sucer le sang du peuple, un peuple qui vit dans sa majorité dans le besoin. Notre islam sunnite nous recommande de veiller à l’homogénéité de nos classes sociales et d’éviter d’avoir de grands écarts entre elles qui provoquent la haine et l’envie.

Les salaires les plus élevés du pays ne doivent pas dépasser dix à douze fois le Smig.

Or la corruption héritée de l’ère de Ben Ali n’a pas été éradiquée. Le gouvernement aurait dû rapidement annuler les lois scélérates qui fixaient les salaires insultants et avantages en nature servis à Ben Ali, et qui lui assuraient l’immunité. La corruption continue à ramper sourdement, se généralise, et personne ne semble s’en émouvoir. Au lieu de combattre cette calamité, on semble s’y complaire et vouloir en profiter.

Autre exemple: le marché parallèle et la contrebande, autrefois fiefs des Trabelsi, que l’on pensait devoir faire disparaître par la vigilance retrouvée de la direction de la douane, est aujourd’hui entre les mains des salafistes. Ils encombrent les rues commerçantes de la capitale et les centres des grandes villes. L’éventail de leur exposition est des plus larges: habillement, babioles, pneus, etc.

La Tunisie doit se relever vite

Le journal ‘‘L’Audace’’ n°29, en date du 29 mars 2012, signale l’immolation par le feu d’un jeune ouvrier ayant été auparavant détenu illégalement et battu dans un commissariat de police d’El Menzah, sans motif légal et sans l’accord du procureur de la république. Ce crime a été maquillé en suicide. Aucun des ministres concernés, à savoir ceux de l’Intérieur et de la Justice, ni le premier d’entre eux, n’ont cru bon de dévoiler l’incident et d’informer l’opinion publique sur la réalité des faits.

La Tunisie doit se relever vite, en renouant avec l’austérité, en chassant le gaspillage et l’opulence de nos gouvernants, pour pouvoir espérer reprendre le chemin du développement et du progrès.

Mais ceci reste un vœu pieux. Avec l’actuel président de la république et l’ensemble des membres du gouvernement, le bateau n’atteindra pas son port et fera un naufrage prématuré. Leur politique nous divise au lieu de nous unir, et leur égoïsme les enrichit et nous appauvrit. Il appartient à nos députés, élus du peuple, de faire en leur âme et conscience le bilan actuel de la situation qui conduit inexorablement à divers désordres. L’heure est grave et la patrie est en danger. La clé de la réussite consiste à chasser d’abord les traitres à la nation, ceux qui servent les intérêts des Saoudiens et des Qataris, valets des Israéliens; ceux qui nous font occuper par des bagatelles et des problèmes mineurs pour vous dévier de l’essentiel et de l’important; ceux qui manipulent ces jeunes ossus-barbus et les incitent à la violence verbale et physique, à la destruction de notre infrastructure et au sabotage de notre économie, ceux qui complotent pour devenir les maîtres et nous faire entrer dans l’ère de l’obscurantisme, de la dégradation et du despotisme.

* - Officier de l’armée nationale à la retraite, auteur de ‘‘Ben Ali le ripou’’ et ‘‘Eclairages sur les recoins sombres de l’ère bourguibienne’’.

Lire aussi :

Tunisie. Portrait de Hamadi Jebali, l’homme au sourire figé (1/2)

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