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Tunisie Moncef Marzouki, portrait non autorisé d’un président atypique (1-2)

13

avril

2012

à 08:48

Un président de la république provisoire, sans réels pouvoirs, mais très coûteux pour le budget de l'Etat, et qui se comporte comme un éléphant dans un magasin de porcelaine…

Par Béchir Turki*


Mohamed Moncef Marzouki était un militant sincère pour la démocratie et un défenseur acharné des droits de l’homme. Il était l’une des grandes victimes de la dictature novembriste qui s’acharnait sur lui, lui déniant le droit d’exercer ses compétences de professeur en médecine et le forçant à émigrer.

Sa virulente dénonciation de la dictature tunisienne dans les médias occidentaux, principalement français, a sans doute contribué à ternir la réputation du régime de Ben Ali à l’étranger. Et bien que la révolution du 14 janvier fût spontanée et dépourvue de toute espèce de direction, on ne peut passer sous silence la contribution, aussi modeste fut-elle, de M. Marzouki et de son parti, le Congrès Pour la République (Cpr) au travail de sape de la dictature.

Prestation de serment devant l'Assemblée constituante.

Une portion congrue du pouvoir

Voici donc quatre mois que le président provisoire habite le Palais de Carthage, prenant une belle revanche sur celui qui l’a pourchassé des années durant. Toutefois, sa présence à la tête de l’Etat, M. Marzouki ne la doit ni à la stature d’homme d’Etat dont il est dépourvu, ni à son parti politique, plutôt minuscule et dont les membres sont à couteaux tirés, ni à un raz-de-marée électoral.

Sa présence au Palais de Carthage, en tant que «premier président élu démocratiquement» comme il se plaît à le répéter, il la doit à un marchandage avec le parti majoritaire, qui a raflé l’essentiel et consenti des miettes au Cpr et au parti Ettakattol de Mustapha Ben Jaâfar.

La tâche d’Ennahdha dans le partage du «butin électoral» a été largement facilitée par l’incroyable prédisposition du Cpr et d’Ettakattol à avaler autant de couleuvres qu’exige Ennahdha dans le seul but d’assouvir leur désir incontrôlable d’exercer ne serait-ce qu’une portion congrue du pouvoir issu des élections du 23 octobre 2011.

Et de fait, l’essentiel du pouvoir est détenu par les gens d’Ennahdha. Quant aux responsables d’Ettakattol et du Cpr, y compris Moncef Marzouki, ils sont réduits à des rôles de figurants dans la grande scène de théâtre politique que connaît le pays depuis le renversement de la dictature.

M. Marzouki n’est pas «le premier président élu démocratiquement» pour la bonne et simple raison qu’il n’a pas élu domicile au Palais de Carthage grâce au suffrage populaire, mais plutôt par la volonté d’un parti politique: Ennahdha.

 

Marzouki reçu par le roi Mohammed 6 à Rabat le 8 février.

On ne sait pas encore quel genre de Constitution et quelle sorte de régime politique nos élus vont décider pour nous. En attendant, l’institution de la présidence de la république en Tunisie a balancé d’un extrême à l’autre. De la surpuissance aux temps de Bourguiba et Ben Ali, à l’insignifiance sous Marzouki. L’insignifiance a été poussée à son paroxysme quand un avocat – avec ou sans le consentement de M. Marzouki – a eu l’idée déroutante de saisir la justice dans le but d’interdire aux médias d’appeler ce dernier par ce qu’il est réellement : président provisoire…

Une présidence provisoire, sans pouvoir et très coûteuse

Avant d’aller plus loin, il faut relever ici l’important paradoxe entre les prérogatives extrêmement limitées du président de la république et le salaire exagérément élevé dont il bénéficie. En effet 30.000 dinars par mois, c’est trop pour un président qui n’a pas grand-chose à faire, l’essentiel des responsabilités étant assumées par le gouvernement et son chef Hamadi Jebali. Ce salaire est d’autant plus choquant que ses besoins sont payés par l’Etat pour lui assurer un luxueux train de vie, alors que les moyens financiers du pays se réduisent dangereusement chaque jour un peu plus, et que le smicard tunisien n’arrive plus à nourrir sa famille.

Lors de son séjour parisien (2002-2011), M. Marzouki tempêtait à propos du budget de la présidence et le trouvait «exorbitant». Il reprochait à Ben Ali de «remplir ses poches avec l’argent du peuple» et dénonçait le prix faramineux de ses costumes à 8.500 euros l’un. Il promettait une rupture avec le régime corrompu… Et voilà Si Moncef Marzouki président! Il retourne la veste et ne trouve plus le budget exorbitant.

Pour comparaison, voir dans cette vidéo le train de vie des ministres en Norvège, un pays pourtant très riche

Actuellement le budget de la présidence est de plus de 76 millions de dinars* avec un effectif en personnel de 3.014 dont 2.579 sont chargés d’assurer la sécurité du président. C’est du délire. Un énorme budget et un effectif cauchemardesque, plusieurs fois celui de la Maison Blanche américaine; tout cela, et pour quel résultat et pour quelle efficacité? Pour une présidence provisoire sans pouvoir!

L’Assemblée nationale constituante (Anc) aurait dû, dès son installation, prendre l’initiative d’annuler les lois scélérates qui fixaient les salaires insultants et avantages en nature servis à Ben Ali, à ses proches, avec en prime une immunité totale, et à instituer des émoluments honnêtes aux ministres, au président et aux membres de l’Anc, au Premier ministre et au chef de l’Etat. Le régime de vie de ceux qui nous gouvernent doit être en harmonie et en symbiose avec celui des citoyens et en fonction des possibilités budgétaires de la Tunisie.

A notre époque, l’ère des rois et des empereurs est révolue. Dans une république, tous les privilèges sont abolis. Le président doit renoncer à continuer à occuper des palais et vivre au milieu d’une cour obséquieuse.

 

Marzouki reçu par Bouteflika en Algérie le 12 février.

Si vraiment il fait preuve d’un patriotisme sincère, il doit résider chez lui, conduire sa voiture, refuser l’usage de cortèges pompeux et onéreux lors de ses déplacements avec une protection par des unités spécialisées. Il doit percevoir un salaire équivalent d’un haut cadre tel un grand magistrat ou un grand professeur. Il doit renoncer à l’emploi d’un jet privé et montrer sa pudeur. Le budget de la présidence doit être laminé au profit des besoins de notre peuple, pour ne plus faire appel aux aides et prêts étrangers et garantir ainsi notre indépendance.

Le jour même de sa désignation par l’Assemblée constituante, dont la mission consiste à doter le pays d’une Constitution plutôt que de choisir un président, M. Marzouki a déménagé au Palais de Carthage. Il y a dans le monde des présidents de grande envergure, mais de grande modestie aussi, qui ont boudé les palais. L’ancien président français, François Mitterrand, élu directement par la majorité des Français, a continué à habiter son appartement dans le quartier latin à Paris, allant chaque matin à son bureau à l’Elysée. Le président de l’Iran, réside dans sa villa et mène une vie de citoyen ordinaire. Les dirigeants des pays scandinaves vivent dans une grande discrétion exemplaire. Le président de la Confédération Suisse se fait allouer une indemnité forfaitaire annuelle, ne reçoit aucun avantage en nature et paye son parking et ses frais de péage tout comme chaque citoyen.

M. Marzouki, devenu président par la volonté du parti islamiste Ennahdha, n’a pas perdu un instant pour s’installer au Palais de Carthage comme s’il était toute sa vie dans l’attente de cet événement.

A suivre…

*- En 1987, du temps de Bourguiba, le budget de la présidence était de l’ordre de 3 millions de dinars, y compris les émoluments de Bourguiba qui s’élevait à 2.000 dinars par mois.

     

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