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Tunisie. Béji Caïd Essebsi, Samir Dilou et «la justice transactionnelle»

9

avril

2012

à 08:45

L’ancien Premier ministre ne voit pas d’intérêt à «éplucher les vieux dossiers» et appelle à «se concentrer sur la résolution des problèmes politiques et sociaux». Traduire: on passe l’éponge sur les abus du passé.

Par Imed Bahri


Le Premier ministre de l’ancien gouvernement transitoire, Béji Caïd Essebsi, considère «inutile d’éplucher les vieux dossiers et de remettre à l’ordre du jour les conflits d’un passé lointain», a déclaré, vendredi, le ministre des Droits de l’homme et de la Justice transitionnelle, Samir Dilou, cité par l’agence Tap.

Ce dernier, qui s’exprimait après un entretien qui l’a réuni à l’ancien Premier ministre au siège de son département, a également indiqué: «M. Caïd Essebsi estime qu’aborder l’histoire est du ressort des historiens et que l’étape actuelle exige de concentrer les efforts sur la résolution des problèmes politiques et sociaux et d’entamer les chantiers de réforme».

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Une proposition de «défendable» et «originale»

M. Dilou, dont les élans justiciers semblent d’être «dilués» au fil des jours dans une volonté réconciliatrice, a qualifié cette proposition de «défendable» et «originale» dans la mesure où elle diffère de la tendance générale de ses précédentes rencontres avec les partis politiques, les organisations et les personnalités nationales «qui ont insisté sur la nécessité d’ouvrir les vieux dossiers, de réécrire objectivement l’histoire et d’inclure l’intervalle séparant les deux assemblées constituantes (1956 et 2011) dans le champs de la justice transitionnelle», indique encore l’agence Tap.

En réponse aux questions des journalistes qui se demandaient si la position de M. Caïd Essebsi ne cache une volonté de clore les dossiers de la torture des yousséfistes où il est soupçonné d’être impliqué, en tant qu’ancien ministre de l’Intérieur, M. Dilou a répondu: «Béji Caïd Essebsi est un homme d’Etat; il était influent à une époque de l’histoire du pays et j’exclus que sa position soit motivée par des considérations personnelles».

Béji Caïd Essebsi, de son côté, a refusé de donner une déclaration aux médias, se contentant de dire: «la rencontre a confirmé la convergence des vues».

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L’impunité contre le soutien au nouveau régime

Convergence de vues? Faut-il en déduire que M. Dilou, qui a qualifié la proposition de M. Caïd Essebsi – de passer de l’éponge sur les abus du passé –  de… «défendable», est pressé, lui aussi, de passer de la justice transitionnelle, dont il a la charge, à une justice «transactionnelle», et ce en passant un deal avec les personnes impliquées dans l’ancien régime en vertu duquel elles bénéficieraient de l’impunité contre leur soutien, sonnant et trébuchant, au nouveau régime en place? C’est possible. C’est même très probable. Et pour cause: beaucoup de signaux émis ces dernières semaines laissent croire que le gouvernement Hamadi Jebali, en manque de solutions aux problèmes socio-économiques du pays, seraient en train de négocier ce virage à 180 degrés.

Ce virage peut être défendu. Passer directement à la réconciliation, en sautant délibérément la case de la justice, trouvera beaucoup de défenseurs, et d’arguments, dont le plus convainquant serait celui déjà évoqué par Caïd Essebsi: «concentrer les efforts sur la résolution des problèmes politiques et sociaux», qui plus est, dans un pays au bord de la crise de nerfs. Reste que le gouvernement doit être conséquent avec lui-même, arrêter le double langage et expliquer aux Tunisiens ce qu’il compte faire, mais il devra faire preuve de beaucoup de pédagogie et de capacité de persuasion pour faire admettre aux victimes d’hier qu’on a encore besoin de… leurs bourreaux.

     

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