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Les chrétiens en Tunisie se sentent menacés par les extrémistes religieux

6

avril

2012

à 07:47


«Vous avez 3 jours pour enlever la croix et vous convertir à l’islam, sinon vous payez une ‘‘jezia’’ (impôt)», a lancé un extrémiste religieux au Père Dimitry Netsvetaev.

Par Zohra Abid


Ici, nous ne sommes pas au Moyen-âge. Ici, c’est la Tunisie post-révolutionnaire. Nous sommes au cœur de Tunis, à l’église orthodoxe russe de Mohamed V. Kapitalis a frappé à la porte de cette église et rencontré l’archiprêtre, le Père Dimitry Netsvetaev. Et c’est Lydia, la Tuniso-russe, qui a raconté le calvaire de sa communauté après les menaces reçues d’un extrémiste islamiste, incarcéré depuis dimanche soir. Par mesure de sécurité, les photos de nos interlocuteurs seront masquées.

Ni croix, ni christ, ni église…

C’était juste après la messe de dimanche dernier lorsqu’un individu à bord d’une Renault Clio gris métallisé s’est présenté à la petite église, construite il y a près de 60 ans par (et pour) la communauté russe qui vit en paix, de père en fils, depuis le début du siècle dernier.

Sur un ton grave, l’homme a donné au Père Dimitry Netsvetaev un ultimatum de 3 jours pour qu’il enlève la croix de l’église, se convertisse à l’islam – quitte par la force – sinon il sera tenu à verser une «jezia».

Le père Dimitri et Lydia.

Père Dimitry qui n’a jamais eu de soucis depuis son arrivée en Tunisie, il y a une quinzaine d’années, est tombé des nues. Là, ça devient sérieux et il se sent pris à la gorge.

La peur au ventre, Père Netsvetaev craint le pire pour sa famille orthodoxe de Tunisie. A cette menace, il a fait un hochement de tête et à peine prononcé son «Oui monsieur».

L’homme à la Clio grise

Entre-temps, l’homme s’est permis de taper avec un cric la croix de l’église avant de l’envelopper d’un sac poubelle noir et partir après avoir répété qu’il va revenir dans 3 jours.

Inutile d’imaginer l’ambiance à l’intérieur de cette église. On a essayé plusieurs fois d’appeler au secours auprès de la police. En vain.

L’homme a, entre-temps, pris sa voiture, avant de disparaître dans la circulation.

Après tant d’appels, la police a décroché et grâce à la plaque d’immatriculation, la Brigade judiciaire de l’arrondissement de Bab B’Har a pu l’arrêter le jour même, un peu tard dans la nuit. «Nous ne remercions jamais assez cette brigade pour sa mobilisation et qui en un temps record, a pu arrêter cet homme qui nous terrorise», lâche la dame, soulagée mais néanmoins inquiette.

Retour sur des faits

Le lendemain, le prêtre a été convoqué pour identifier celui qui menace sa communauté. «L’individu était menotté, assis entre deux agents de la police en uniforme (il n’y avait en fait que lui à identifier, un petit sourire, Ndlr). L’homme a reconnu les faits», raconte Lydia.

Le père Dimitri ne cache pas son inquiétude.

Selon des juristes, l’individu risque au moins 5 ans de prison. Car, il n’est pas à sa première menace. Il a déjà visité les lieux et avait depuis quelques mois l’œil sur l’église.

«Les menaces remontent déjà à novembre 2011. On l’a notifié au ministère de l’Intérieur. Le même homme est déjà venu et a souillé quelques symboles de l’église se trouvant sur le mur de l’école orthodoxe dans les jardins de l’église», raconte Lydia. Et d’ajouter qu’après avoir informé la police, le prêtre, accompagné d’un responsable de l’ambassade de son pays, a tenu informé le président Moncef Marzouki en personne des menaces multipliées par des islamistes radicaux. C’était il y a une dizaine de jours. Selon Lydia encore, un autre haut placé de l’ambassade russe a parlé auparavant de ce sujet au leader d’Ennahdha, Rached Ghannouchi. Ce dernier l’a écouté mais n’a rien dit. Pas même un mot de réconfort!

Aucune réaction comme si rien ne se passait…

En fait, ni le président de la République ni le leader islamique n’ont jusque-là réagi. Tous deux ont pris note. Puis le dossier a été clos. Comme s’il n’y a aucune menace dans le pays.

Selon encore notre interlocutrice, des salafistes extrémistes sont en train de rôder souvent autour de l’église. Les Netsvetaev (la jeune Gallina de 18 ans, son cadet Anthony né en Tunisie il y a 12 ans et Svetlana, l’épouse de M. Dimitry) ne se sentent plus en sécurité dans leur petite église.

Cette situation inquiète la maman qui a toujours raconté avec fierté que son petit Anthony, né en Tunisie, se sent tunisien à 100%, que son plat préféré est le couscous, que lorsqu’il est dans l’avion et qu’il voit du hublot la coupole de l’église, il dit à sa maman, voilà mon Tunis.

«Là où j’enseigne à…, lycéens et collègues sont d’une rare gentillesse. Je tiens à remercier Si Lazhar le directeur et si Mourad de l’administration. Ils étaient là au moment qu’il fallait, tout comme plusieurs Tunisiens qui se sont mobilisés pour nous soutenir et consoler.

Les Tunisiens se mobilisent pour protéger les minorités

Mercredi dernier, Yamina Thabet, présidente de l’Association tunisienne de soutien des minorités (Atsm), créée en septembre 2011, a rencontré les médias au siège du Syndicat national des journalistes tunisiens (Snjt) et pointé du doigt les autorités.

«Le gouvernement est responsable et doit protéger les minorités», a-t-elle martelé avant de passer en revue les évènements de la semaine dernière qui ont choqué le monde entier. Des Salafistes extrémistes se sont attaqués au cimetière chrétien de Montplaisir à Tunis, appelé au meurtre des juifs et de tous ceux qui ne partagent pas leur idéologie. Et de déplorer l’indifférence du gouvernement à l’égard notamment des minorités et des victimes des jihadistes. Le combat pour le retour à la raison vient de commencer.

   
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