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Marche des Tunisiens pour un Etat civil

20

mars

2012

à 15:16

Comme attendu, au nom de la liberté, de la dignité et de la démocratie, des milliers de Tunisien(ne)s ont investi, dès 11 heures, l’artère principale de la capitale pour appeler à un Etat civil.

Par Zohra Abid


Choisir un mardi 20 mars, jour de la 56e Fête de l’Indépendance, n’est pas un hasard. C’est un jour de tous les symboles de la liberté et de la dignité. «Un jour de gloire et de mémoire, qui plus est, venant en réponse aux appels lancés, vendredi 16 mars, devant l’Assemblée constituante par des fondamentalistes islamistes appelant à l’adoption de la chariâ comme source unique de la nouvelle constitution», lance un jeune étudiant en médecine.


Une figure imposée: le rassemblement devant le théâtre municipal.

«Oui, c’est notre réponse pacifique à tous ceux qui ont appelé massivement à l’abolition de la démocratie et qui veulent imposer leurs lois avec des sabres et des épées», renchérit sa voisine, qui s’est tatoué la joue avec le logo de la république (un croissant rouge sang et son étoile symbolique).

Leur aîné, un avocat, estime que les manifestants sont descendus aussi pour dire que la Tunisie est colorée de par sa constitution et restera la terre de tous les Tunisiens, peu importe la croyance ou l’idéologie de chacun. «Nous sommes tous musulmans, mais attention, leur chariâ ne passera pas. Notre Tunisie demeurera bon gré, mal gré, un Etat civil et de droit», martèle le juriste.

Là où on tourne la tête que des drapeaux et des affiches. Où tous les avertissements fusent : contre la troïka (la coalition tripartite au pouvoir) et surtout contre les dirigeants nahdahouis, soupçonnés d’utiliser leurs éléments les plus dogmatiques pour faire imposer la chariâ dans la constitution.


Toute la place est pour le drapeau national.

Comme si vous y étiez

11 heures pile, il fait chaud à Tunis. Un temps estival. Déjà quelques 2.000 à 2.500 personnes se sont rassemblées au pied devant l’entrée du Théâtre municipal. Ils agitent des drapeaux de toutes les tailles, et chantent l’hymne national. «Nous sommes déçus. Où sont passés les démocrates ? Mon seul souhait, c’est qu’on soit plus nombreux que ceux qui étaient vendredi devant la constituante de Bardo. Nous nous sommes pourtant mobilisés sur les réseaux sociaux», dit un quinquagénaire qui était entouré de deux collègues universitaires. Plus déçus que ces 3 manifestants, tu meurs !

11h30. Ça commence à bourdonner de plus en plus fort. Les forces de l’ordre, qui quadrillaient la place, se sont, peu à peu, retirées, cédant la bretelle piétonne à ses locataires du jour. Leur nombre commence à impressionner. A l’aide d’un haut parleur, des grappes par-ci et des grappes par-là, appellent au respect de la mémoire des 300 martyrs tombés pour renverser un régime des plus dictatoriaux, des souffrances des mille et quelques blessés oubliés, des sans emploi et des sans abris, grands perdants… de la révolution.


"On n'a pas fait une révolution pour revenir aux époques préhistoriques".

La foule gonfle au fil des minutes

12h00. Ça grouille de partout. L’avenue est devenue noire de monde et bien garnie de drapeaux flottants. Que des chants de la patrie. Ça donne la chair de poule.

Dans la foule, plusieurs élus de l’opposition. De la partie, aussi, plusieurs associations, des défenseurs des droits de l’Homme, des jeunes et moins jeunes. Et surtout des filles et des femmes. Beaucoup de femmes, et c’est normal : ce sont elles qui ont le plus à perdre de l’instauration de la chariâ.

12h45, la foule s’arrête d’un seul coup. Un moment de silence. Un flambeau vient d’être allumé. Les milliers de personnes crient à la révolution de nouveau, à l’union, non à la fitna (discorde), à la paix, à la tolérance. Puis, la marche reprend. D’autres jeunes sur une autre planète. Ils profitent de l’événement pour se faire quatre petits sous. Ici, un petit drapeau vendu à la criée à 1,5 dinar. Des femmes et des hommes achètent des bouquets de drapeaux et les distribuent aux passants. Petits et grands agitent leurs étendards. Petits et grands parlent de l’avenir incertain du pays. Petits et grands parlent politique et ont leur mot à dire sur la démocratie, sur le pays à sauver des «griffes des fondamentalistes religieux qui veulent voler la révolution», selon les mots utilisés par un jeune manifestant.



Les Tunisiennes mobilisées pour le drapeau, la bannière de l'unité nationale.

Hautes les couleurs de la démocratie

12h50. Une marée humaine s’est arrêtée devant le ministère de l’Intérieur, quadrillé de policiers. Tout d’un coup, un agent traverse la rue et offre deux drapeaux aux manifestant se trouvant derrière les fils de barbelés. A quelques mètres, un groupe de jeunes Cpristes (militants du Congrès pour la république) appelle le président Marzouki (leur ancien leader et actuel président de la République) à ne pas tomber dans le piège d’Ennahdha. «Le peuple veut de nouveau la révolution» ; «Le peuple ne veut pas d’Ennahdha» ; «Le peuple veut un Etat civil» ; «Le peuple réclame la démocratie»…

Puis tout à coup, un autre agent de la police se détache d’un groupe de ses collègues et se dirige vers les véhicules blancs de la police, garés dans les parages et plante sur chacun un drapeau. Puis un autre le suit. Il presse le pas et tout droit, sous les applaudissements de la foule, plante un autre drapeau sur le véhicule de l’armée. La foule enthousiaste siffle, applaudit. «Quel beau geste !», lance un manifestant. «Bravo !», lance une quinquagénaire. Jusque-là, le nombre de manifestants est estimé à 5.500 à 6.000. Un peu plus, peut-être. 10.000 disent certains organisateurs. 20.000 renchérissent d'autres. Le nombre importe peu finalement. Le rassemblement est en lui-même un symbole éloquent.


Image de la foule des manifestants garantie sans photoshop.

Comme un 14 janvier

13 heures, la foule gonfle, gonfle. Des barrières ont été placées près de l’Horloge de la Place du 14 Janvier pour contenir les manifestants. Des voitures klaxonnent. L’hymne national résonne. Subitement, une voix féminine très forte. C’est Emna Menif de l’association Kolna Tounes qui donne de la voix. Autour d’elle, des centaines de personnes qui fredonnent avec elle le chant de la patrie.

13h20, il fait de plus en plus chaud. Plusieurs retardataires se profilent à l’horizon. Ils arrivent de la rue Mohamed V, de la rue de Turquie, et des autres venelles voisines pour se joindre à la marche. La marche contre la dictature.


Emna Menif (Kolna Tounes) avec tout son attirail.

La manifestation autorisée de 11 heures à 15 heures continue à drainer les retardataires… Jusque-là, aucun incident à signaler. Les gens qui avaient peur des intrus, sont rassurés. Pas un «barbu» ni un niqab à l’horizon ! Ils sont à l’autre bout de la ville, à la Coupole d’El Menzah, où se tient une réunion pour dire que la chariâ et la constitution sont compatibles.

Sur l’avenue Habib Bourguiba, la manifestation s’est poursuivie jusqu’au milieu de l’après-midi. Les gens ont continué à scander leurs slogans, pratiquement les mêmes que ceux du 14 janvier : liberté, dignité, souveraineté nationale, emploi...

     

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