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Des Tunisiens mobilisés contre la «dictature»… d’Ennahdha

1

décembre

2011

à 07:59

Alors que les élus de la constituante négocient à l’intérieur du Palais du Bardo l’avenir du pays, un rassemblement a eu lieu mercredi à l’extérieur. Avec un slogan mobilisateur, adressé à Ennahdha : non au retour de la dictature !

Reportage de Zohra Abid


Des centaines de manifestants ont répondu à l’appel des associations, des syndicats et de la société civile. Ils sont venus hommes et femmes, certains accompagnés de leurs enfants, pour dire que le moment est grave et qu’il ne faut pas badiner avec l’avenir de la Tunisie plurielle.


La dictature revient

Surtout, ne pas avancer à reculons

L’esplanade est noire de monde. Pas une place pour une aiguille. Au rond-point du centre-ville, les agents de police ont du mal à contrôler la circulation. Ça klaxonne partout. Les voitures avancent au ralenti, d’autres sont garées sur le bas-côté. Un embouteillage fou. «Il faut bien pour ne pas avancer à reculons», dit à Kapitalis, une femme courbée sur ses soixante-dix ans. Pas loin d’elle, un monsieur de son âge, reprend pratiquement les mêmes propos. Il se présente comme un parent d’un martyr de la révolution. Il dit qu’il craint le retour du parti unique, de la dictature, de la police et de la corruption. Les pancartes brandies dénoncent surtout le parti Ennahdha. Et le message est clair. «La démocratie n’est pas la domination de la majorité» ; «La dictature revient ?» ; «Tous les pouvoirs de souveraineté aux mains du chef du gouvernement veut dire un retour de la dictature du parti unique» ; «Le peuple est musulman et n’abdique pas» ; «Ne confisquez pas notre révolution»..., lit-on, entre autres slogans, sur les pancartes.

Ici, on ne crie pas, on manifeste calmement son mécontentement par un rassemblement pacifique. Presque bon enfant. Mais les visages sont graves, et les regards inquiets. «C’est pour leur dire que nous sommes là, que nous n’abdiquons pas, qu’on ne se laisse pas faire et que personne ne violera les principes de notre révolution», dit à Kapitalis, Samia, une jeune étudiante à la Faculté des lettres de la Manouba. Le doyen de la même faculté, l’historien Habib Kazdaghli, qui avait été séquestré dans son bureau lundi par des éléments salafistes, n’est pas loin, discutant avec les manifestants.


Pas de cumul de pouvoirs aux mains du chef de gouvernement

Chasser la dictature, elle revient au galop

Sami ajoute avec la même détermination : «Les membres d’Ennahdha, qui ont vécu soit en exil ou des années dans les geôles de Ben Ali, sont peut-être déconnectés du paysage tunisien et doivent faire un effort pour comprendre les attentes de leurs concitoyens et ne pas essayer de tirer le drap de leur côté. Ceux qui ont voté Ennahdha ne dépassent pas un million et demi de Tunisiens. Le reste a voté pour d’autres partis. Ils n’ont donc qu’à composer avec ces autres partis qui représentent une majorité, c’est-à-dire 4 millions d’électeurs. Nous n’avons pas, au final, chassé la dictature par la porte pour qu’elle nous revienne par la fenêtre».


Pour la diffusion en direct des travaux de la Constituante

A ses côtés, une grappe d’étudiants en grève aux côtés de lycéens faisant l’école buissonnière, venus tous pour s’exprimer sur les dérapages du parti Ennahdha qui veut notamment accaparer l’essentiel des pouvoirs. Sur le trottoir d’en face, un peu loin de la foule, universitaires, professeurs, artistes et hommes de culture causent avec le doyen de la Faculté des lettres de Manouba, occupée depuis lundi par des salafistes, demandant le droit au port du niqab à l’université, une salle de prière et la séparation entre étudiants et étudiantes dans les cours... Et quoi encore ?

Drapeau tunisien hissé d’un côté, pancarte brandie de l’autre, Moez, un quinquagénaire proteste contre l’occupation en douce de la scène publique par le parti Ennahdha. Son voisin, Raouf Dakhlaoui, a laissé sa librairie de Salammbô pour venir soutenir la cause du peuple de gauche, sa cause. «Nous n’avons pas à nous taire, sinon adieu la Tunisie», dit-il. Avec papa, maman, tonton et tata, une petite blondinette d’à peine douze ans. Elle aussi est de la manifestation avec slogan et pancarte. A une enjambée, une jeune dame dans tous ses états.


Pour une majorité sans Ennahdha

«Je suis là pour rappeler à l’ordre démocratique et qu’on est venu pour dire à ce beau monde qui se concerte à l’intérieur qu’on est là afin qu’il parachève la révolution des dignes. Que tout le monde ait conscience que la révolution a eu lieu pour la liberté, la démocratie et surtout pour la dignité. Les martyrs et les blessés sont sortis dans la rue affrontant les balles et les snipers, rien que pour la liberté, le droit au travail, la répartition égale des régions», explique Insaf, une universitaire.

Au secours, la famille revient !

Dans le cercle d’hommes et de femmes au pied de l’esplanade, Fatiha Belhaj, professeur d’éducation physique, se dit écœurée. «Je n’appartiens à aucun parti. Je suis indépendante mais citoyenne et je refuse que mon pays déraille. Et il est en train de dérailler. La marginalisation continue, nous avons même entendu que l’un des portefeuilles ministériels va revenir au gendre de Rached Ghannouchi, le mari de sa fille Soumaya. Mais c’est pratiquement la même rengaine de la dictature du parti et de la famille qui revient sous d’autres couleurs. Vous ne voyez pas qu’un nouveau Sakher El Materi revient sur les devants de la scène ?», s’inquiète l’enseignante qui vient d’intégrer Destourna, une liste indépendante. Et d’ajouter que le citoyen va avec le temps découvrir que la corruption n’a pas disparu, que les dessous de table seront les maîtres mots de toutes les négociations. «Non à la bande des voleurs !», insiste-t-elle. Selon elle, un tas de difficultés à l’horizon. Le ministère de l’Intérieur, qui ne veut pas céder, est en train de négocier avec Ennahdha, le parti islamiste qui a déjà serré les mains à quelques corrompus de l’Utica, des médias, des magistrats, et la liste est longue. «A quoi bon faire donc la révolution ? Et les régions marginalisées, vont-elles avoir des garanties ? Je ne crois pas !», ajoute Fatiha, indignée. Derrière elle, un rideau de slogans griffonnés en gras : «Trois ministères de souveraineté, NON» ; «Non à la dictature masquée» ; «Non à un parti qui rafle tout»...


Touche pas à ma Tunisie

Etudiants et simples citoyens, décidés à faire entendre leur voix aux élus du peuple, sont jusqu’au début de l’après-midi cloués devant le Palais du Bardo. La circulation dans la place à l’heure de pointe est infernale. «Nous allons revenir demain. Nous allons faire une marche à partir de la Manouba. Mais là, c’est pour protéger notre université des lois des extrémistes qui se considèrent au-dessus de toutes les lois», lance Molka, l’étudiante à la Faculté des Lettres de Manouba. «On compte sur vous les médias, même si nous avons peur que vous retourniez vos vestes pour devenir le haut-parleur de celui qui sera aux commandes du pays», a-t-elle cru devoir ajouter, sur un ton sérieux, presque accusateur.

     

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