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Témoignages sur la torture en Tunisie après le 14 janvier

3

octobre

2011

à 08:32

Des témoignages sur des actes de torture commis par les forces de l’ordre après le 14 janvier. Et passés sous silence par le corps hospitalier. Le ministère de la Justice dément catégoriquement.

Par Zohra Abid


Au cours de la conférence de presse, tenue lundi 26 septembre à Tunis, par l’association Liberté et Equité, sur «la torture après la révolution passée sous le silence par le corps médical», des témoignages et des photos illustrent les horreurs qui auraient été infligées par des tortionnaires à deux détenus de droit commun, aujourd’hui infirmes et délaissés dans les hôpitaux tunisiens. Le premier a 70 ans et on n’est même pas sûr qu’il soit la personne recherchée. Le second, beaucoup plus jeune, est condamné à 35 ans de prison. Les deux auraient subi des tortures dans la Tunisie post-révolution.

Un détenu au profil inattendu

Me Imen Triqui, présidente de l’association, proche du parti Ennahdha, en parle aux médias pour une raison précise. «Il en faut pour faire bouger les choses. C’est dans l’espoir de voir les autorités enfin réagir. Sinon, les deux affaires vont être étouffées», a-t-elle dit après avoir relaté les «faits», les circonstances, le silence et les doutes qui entourent ces deux affaires qui auraient eu pour théâtre des hôpitaux. Pour étoffer sa double plaidoirie du jour, Me Triqui a passé le micro à des témoins avant de faire projeter sur écran des photos des deux détenus. Effroyables. Plus insupportables encore que les témoignages d’une mère en pleurs et d’un frère à en mourir de chagrin.

Un vieil homme squelettique allongé sur son lit de mort dans un hôpital à Tunis. Il ne parle pas, ne bouge pas, fait ses besoins sur le lit, on lui change rarement les couches, sa peau déshydratée, infectée, est en train de pourrir : moucherons, vers et autres bestioles se nourrissent de son sang. L’homme, inconscient, n’est pas de ces affamés somaliens, loin de là. Mais Tunisien. Il est accusé d’avoir escaladé une maison pour voler. A voir son physique, on penserait à une fausse accusation ou à une affaire montée de toutes pièces.

Il aurait aussi, selon l’avocate, attrapé le virus du Sida à la prison. Encore selon elle : «On a dû intervenir pour lui déchaîner les bras mais pas la jambe. Les traces de la torture sur son corps sont flagrantes. Il s’agit du présumé Abdelmalek Sboui», a expliqué l’avocate sur un ton accusateur. Selon Me Triqui, l’affaire ne tient pas. «Est-il possible que ce vieil homme ait des forces pour grimper au dessus d’un grillage ? La victime a expliqué que l’homme arrêté par la police est beaucoup plus jeune et sa chevelure plus garnie.

Puis, la maison n’a pas de grillage. Je ne vois pas pourquoi le juge n’a pas ordonné de remplir une fiche anthropométrique. Ceci est nécessaire pour toute affaire», a ajouté Me Triqui.

Les photos prises clandestinement par une jeune journaliste et projetées donnent un haut le cœur. Qui a torturé cet homme ? Mais, d’abord, qui est cet homme à qui on a collé un nom, une inculpation et qui a mérité la colère des agents pénitenciers ?

L’avocate souligne le flou qui entoure cette affaire qui date de cet été, et ceci ne fait qu’alimenter ses doutes. «Ce sont des représentants des services pénitenciers, du ministère de la Justice et de celui de l’Intérieur qui ont insisté pour que je demande sa libération. Je ne le ferais qu’après l’anthropométrie», a-t-elle dit.

Samir El Metoui, un mutilé à la barre !

Accusé de vol, d’agression sur des policiers et de banditisme, Samir El Metoui est pris pour un détenu dangereux. Un régime spécial lui a été consacré pendant son séjour depuis 2006 à la prison de la Mornaguia. «Mon fils a mal aux intestins. On ignore les causes. Jusqu’au moment où j’ai vu des choses de la fenêtre du parloir. En apportant le couffin de Samir à la prison, les agents, par mesure de précaution, renversent les gamelles sur le sol puis avec le couvercle, ils ramassent ce qui en reste. A la longue, il a dû attraper un virus. Il n’a même pas un dossier médical. Pour apaiser sa douleur, on lui donne un comprimé.

Son état a empiré», raconte sa maman Samia Belhédi. Elle explique que son fils est diabétique. Ayant frisé la mort, la direction de la prison l’a hospitalisé en urgence. La maman s’est dépêchée à l’hôpital avec son fils Sami, le frère jumeau de Samir, et ancien détenu condamné à 30 ans puis acquitté après avoir passé un séjour de 4 ans et 8 mois et ceci est une autre histoire de l’injustice, toujours selon l’avocate.

«Surveillé jour et nuit par 5 ou 6 agents, mon fils dans pareil état enchaîné des pieds n’a pas laissé Sami insensible. Sans que je ne sois au courant, Sami a monté un plan avec la complicité d’une fille, qui a dragué les agents le temps de quitter l’hôpital», raconte la maman. La tentative de fuite, dans la nuit du 8 à 9 avril 2011, a échoué. Samir, le détenu, a lourdement payé les frais : 5 fractures (au bassin, aux jambes, à la tête), ses organes génitaux mutilés, une matraque enfoncée dans son anus, ses oreilles écrasées, un révolver enfoncé dans son œil, il est enchaîné, aujourd’hui, avec des chaînes qui pèsent plus de 10 kg», raconte la maman en larmes. Samir immobile à l’hôpital Charles Nicole risque l’amputation de ses jambes.

Selon le ministère de la Justice, le prisonnier, dans sa tentative de fuite, a sauté du 4e étage et s'est brisé les jambes.

«J’ai pris des photos de mon fils et les ai balancées sur les réseaux sociaux, la page a disparu». La maman reprend son esprit et poursuit : «Pour lui donner des comprimés antidouleur, les surveillants m’ont demandé de leur acheter du vin. Je l’ai fait. Imaginez, j’ai acheté du vin. Tout cela à l’hôpital». Me Triqui intervient : «Ce sont des accusations graves et elle risque d’avoir de gros ennuis, c’est elle qui parle et elle doit assumer», dit-elle.

Sami et ses aveux à Hannibal TV

Après la tentative avortée, Sami, le frère du détenu Samir, a dû être passé à tabac. Entre les mains des agents de trois brigades (antiterroriste, agents cagoulés et en tenue militaire), il en a vu de toutes les couleurs. Cela s’est passé dans deux postes à Tunis. Il a ensuite été libéré. Pourquoi n’avez- vous pas purgé la peine de 30 ans ? Réponse de Sami : «Après 4 ans et 8 mois et une grève de la faim de 37 jours, le Tribunal d’appel a ordonné ma libération», a-t-il répondu. Et ses aveux devant la caméra de Hannibal TV?

Réponse du jeune homme : «Pour filmer mes soi-disant aveux et les passer à la télé, on m’a battu durement. J’ai dû supplier un homme cagoulé pour qu’il n’enfonce pas la matraque dans mon anus. La télévision a enregistré mon aveu forcé». Compte-t-il porter plainte contre la chaîne de Larbi Nasra ? A en croire la maman et l’avocate, il y aurait peut-être une suite.

Quoi qu’il en soit, et par-delà l’authenticité des faits graves évoqués, et du reste démentis par les autorités judiciaires, on peut s’interroger sur les motivations de Me Triqui qui a recouru aux médias pour faire parler de ces deux affaires. L’avocate et son association cherchent-elles, à travers l’évocation des cas de Sboui et El Métoui, à sensibiliser l’opinion publique sur la nécessité de mettre fin à la torture ? «Le risque zéro n’existe pas et les citoyens ont toujours peur», dit-elle. Elle estime que la médiatisation pourrait peut-être la protéger et mettre son association à l’abri. Dans la salle, une femme crie : «Pour le moment, c’est Nawaat [un blog citoyen, Ndlr] qui fait le boulot des journalistes. Ces derniers brillent par leur absence au moment qu’il faut... Comme toujours». Affaires à suivre...

     

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