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Tunisie. A propos de la «fuite» de Saïda Agrebi

3

août

2011

à 11:00


Saida Agrebi est une citoyenne tunisienne. Elle est libre de ses mouvements. Elle peut voyager à l’étranger. Personne n’a le droit de l’en empêcher. Et encore moins les services de police de l’aéroport Tunis Carthage. Sauf que…


Sauf que cette dame n’est pas n’importe qui. Elle traîne un passé trouble d’agent de la dictature. Zinochette en chef, elle écrémait les réunions internationales pour épier les opposants au dictateur et perturber leurs réunions. En tant que présidente de l’Organisation tunisienne des mères (Otm), dont elle a fait une antichambre du Palais de Carthage, elle a brillé par des pratiques à la limite de la légalité et souvent même de la décence.

Des «vérifications minutieuses», dites-vous?
On comprend dès lors que beaucoup de Tunisiens aient été surpris voire révoltés en apprenant que cette dame a pu quitter la Tunisie, le 30 juillet, à bord d’un avion en partance pour Paris. Ce qui a ajouté à la perplexité et à l’incompréhension des Tunisiens, c’est la mise au point à ce sujet rendue publique, mardi, par le ministère de l’Intérieur.
Dans cette mise au point, diffusée à travers sa page Facebook, le ministère de l’Intérieur rappelle, à qui l’aurait oublié, que «le voyage hors du territoire de la République est un droit pour chaque citoyen tunisien, tant qu’il ne fait pas l’objet d’interdiction émanant exclusivement de la justice.» Il explique ensuite que, lors du départ de Saïda Agrebi de l’aéroport Tunis Carthage, pour se rendre en France, samedi 30 juillet, «des vérifications minutieuses de sa situation avaient établi qu’aucune décision de justice n’interdisait son départ et, par conséquent, elle a été autorisée à partir».
Voilà qui est clair et ne souffre, apparemment, aucune contestation. Sauf que, dans le cas de cette dame, il y a plus qu’un bémol.
On peut, en effet, se demander si les autorités compétentes, notamment les organismes de contrôle, ont enquêté sur la gestion financière de l’Otm et si la comptabilité de cette organisation a été jugée transparente et clean. Auquel cas on aurait aimé en être informé officiellement, d’autant que certaines des dirigeantes actuelles de l’organisation ont rapporté à la presse un nombre de dépassements et, plus généralement, une gestion très personnelle et très suspecte des finances de l’Otm sous le règne de Mme Agrebi.
Pour que la justice puisse lancer des poursuites contre l’ancienne présidente de l’Otm et que les agents de l’ordre puissent, par conséquent, l’empêcher de quitter le territoire national, il aurait fallu, bien sûr, diligenter une enquête financière digne de ce nom sur la gestion des deniers de l’organisation dont Mme Agrebi avait la charge jusqu’au soir du 14 janvier. Cette enquête a-t-elle été lancée? Si oui, quelles sont ses conclusions? Si non, qu’attend-t-on pour la lancer?

Fuite ou séjour de santé à l’étranger ?
Nous posons ces questions en pensant aux fac-similés de documents officiels diffusés vis le réseau social Facebook, que nous n’avons pas pu authentifier, et qui attestent que cette enquête a bien été ordonnée et menée entre le 1er avril et 18 juillet. Mieux (ou pis?), ses conclusions ne laissent pas de doute: Mme Agrebi a commis de nombreuses infractions qui justifient sa comparution devant la justice.
Pourquoi donc ces conclusions, qui sont parvenues au procureur de la république auprès du tribunal de première instance de Tunis, dans une lettre officielle datée du 18 juillet, n’ont-elles pas été suivies d’effet? Les procédures sont-t-elles en cours? Auquel cas, comment expliquer le manque de coordination entre les ministères de la Justice et de l’Intérieur, qui aurait permis à Mme Agrebi de prendre la poudre d’escampette?
Dans une interview publiée ce matin par le quotidien ‘‘Echourouq’’, celle-ci affirme qu’elle a les mains propres et que les accusations lancées contre elles dans le rapport d’enquête du ministère des Finances sont basées sur les allégations de l’actuelle présidente de l’organisation Rafika Khouini.
Soit… il n’en reste pas moins que seule la justice est en mesure d’innocenter Mme Agrebi. Et que celle-ci ne saurait s’en soustraire pour quelque raison que ce soit. Les problèmes de santé évoqués par Mme Agrebi pour expliquer son départ précipité de son pays n’ont-ils pas pu être soignés en Tunisie, cette même Tunisie dont Mme Agrebi a longtemps vanté les performances dans tous les domaines, y compris celui de la santé, ou les performances tunisiennes ont-elles cessé au lendemain de la fuite de Ben Ali, son maître?
Quoi qu’il en soit, si le départ de Mme Agrebi s’avère être une fuite, ce qui en a tout l’air, vues les circonstances qui l’ont entourée, les pouvoirs provisoires gérant actuellement le pays auraient sans doute à présenter des explications à l’opinion publique sur cette affaire.

Imed Bahri

     

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