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Tunisie. Dr Moncef Marzouki l’homme qui se hâte lentement

23

mai

2011

à 09:02


Le président du Congrès pour la république (Cpr) peut aspirer à jouer un rôle politique de premier plan dans la nouvelle Tunisie en construction. Portrait d’un baroudeur, inflexible sur les principes mais ouvert au dialogue.


Dr Moncef Marzouki est l’une des personnalités politiques tunisiennes les plus intègres et son parcours est l’un des plus irréprochables. La preuve: il avait, dès le début du règne de Ben Ali, refusé de transiger sur l’essentiel, à savoir le respect des libertés et des droits de l’homme. En 1994, il a présenté sa candidature à la présidentielle, non pour se faire élire – il savait que les dés étaient pipés –, mais par principe pour exercer son droit de citoyen et contraindre le dictateur à se démasquer. Cela lui a valu des harcèlements incessants, un licenciement abusif de son poste de médecin du service public et de professeur à la faculté de médecine Sousse, une interdiction de passeport, la prison puis l’exil.

Un intransigeant modéré
Dr Marzouki était parmi les rares figures de la gauche à dénoncer la répression des militants du parti islamiste Ennahdha – lorsque certains de ses camarades de la gauche apportaient leur soutien opportuniste au dictateur –, toujours par principe et parce que les droits de l’homme sont indivisibles. Même lorsque, en 1993, ces mêmes camarades de combat se sont ligués contre lui pour l’éjecter de la présidence de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (Ltdh), il a refusé de négocier ses principes d’homme et de militant. On l’a qualifié de psychorigide. On lui a reproché son manque de réalisme politique ou son absence de pragmatisme. On l’a taxé d’utopiste et de rêveur. Cela ne l’a pas fait dériver de sa ligne.


Rached Ghannouch et Moncef Marzouki

Pendant ses années d’exil en France, Dr Marzouki a d’ailleurs gardé cette ligne politique à la fois rigoureuse et modéré, ne rompant les ponts qu’avec la dictature et gardant une égale distance vis-à-vis de toutes les tendances politiques, même celles qui ne sont pas de son bord, notamment l’islamisme, auquel il a toujours reconnu (et même revendiqué) le droit de s’exprimer et de s’organiser sur une scène politique pluraliste.
De retour en Tunisie après la révolution du 14 janvier, Dr Marzouki a gardé la même ligne à la fois – si l’on peut dire – intransigeante et modérée. S’il apparaît très peu sur les plateaux des télévisions – pour des raisons du reste inexplicables –, ses rares apparitions ne laissent guère indifférent.

Un relookage nécessaire
Vendredi 13 mai, sur le plateau de la Première chaîne nationale, la prestation du Dr Marzouki a été tout simplement impressionnante de clarté et de justesse. Son éloquence, sa façon d’aller à l’essentiel et de dire les choses les plus compliquées avec des mots simples et compréhensibles par tous font de lui un redoutable débatteur et un homme politique avec lequel il va falloir compter dans les prochaines années.
Il suffit pour cela qu’il se fasse mieux connaître du grand public, qu’il apparaisse un peu plus souvent dans les grands médias et qu’il soigne davantage son image quelque peu austère de professeur et/ou de militant sec et revêche pour qu’il devienne l’un des dirigeants potentiels de ce pays.



Dans cette «opération de relookage», il devra aussi apprendre à sourire plus souvent, à faire parfois de l’humour – et pas seulement de l’ironie froide, qui est sa marque de fabrique –, et à lisser en quelque sorte son portrait. Le reste suivra… Car le président Congrès pour la république (Cpr), parti qu’il a créé en 2001, a les moyens humains, intellectuels – il est l’auteur d’une douzaine de livres en arabe et en français, traitant de médecine communautaire, d’éthique médicale, de droits de l’homme et de démocratisation dans les pays arabo-musulmans – et politiques pour se présenter à la prochaine élection présidentielle. Et, peut-être aussi, pour se hisser à la plus haute responsabilité de ce pays.
C’est tout le mal que l’on puisse lui souhaiter, ainsi peut-être qu’aux Tunisiens, qui en ont ras-le-bol des politicards corrompus, manipulateurs et prêts à toutes les concessions et toutes les compromissions. Comparativement à certains vieux briscards de la scène, qui hantent encore la scène, cet homme de 66 ans fait, paradoxalement, figure d’un homme nouveau.

Imed Bahri

     

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