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Le salafisme en Tunisie, un outil au service de l’Arabie saoudite

13

septembre

2012

à 08:32

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La recrudescence de violences commises par des salafistes, au lendemain de la révolution tunisienne, marque-t-elle un tournant politique majeur dans l’histoire de ce pays où naquit le printemps arabe?

Par Fouad Bahri (Zaman France)*


Pour les experts interrogés par Zaman France, si le phénomène salafiste n’est pas récent dans le monde musulman, le soutien politique et financier saoudien lui ont permis de gagner en puissance.

Depuis la chute du régime de Ben Ali, les Tunisiens font face à une nouvelle menace: l’émergence visible et violente de groupuscules salafistes. En quelques semaines, les attaques impliquant des éléments de cette mouvance religieuse radicale se sont multipliées. L’agression d’un élu français, Jamel Gharbi, à Bizerte, le 16 août dernier, celle du quartier de Sidi Bouzid où des dizaines de salafistes ont fait 7 blessés ou encore l’annulation de la représentation du spectacle ‘‘Made in Tunisia, 100 pour cent halal’’ de l’humoriste Lotfi Abdelli dans la localité de Menzel Bourguiba, ont illustré violemment la montée en puissance de cette tendance ultra-minoritaire mais très active.

Comment comprendre ce phénomène qui a frappé également d’autres pays du monde arabe comme l’Egypte ou d’Afrique noire tels que le Mali ou la Somalie?

En Tunisie, «on a l’impression que les salafis viennent de nulle part alors qu’ils sont d’implantation lointaine», explique Samir Amghar, spécialiste de ce mouvement et auteur du livre ‘‘Les islamistes au défi du pouvoir’’ (Michalon). «Ils étaient tout juste tolérés sous Ben Ali; on laissait faire car ils ne prônaient pas l’action armée, étaient apolitiques et très critiques à l’égard des autres mouvements islamistes», précise le sociologue.

L’équation géopolitique saoudienne

Toutefois, la recrudescence de leur activisme serait aussi l’une des conséquences du printemps arabe. «Depuis la révolution tunisienne, on assiste à un développement du salafisme qui est la conjonction de trois facteurs : le retour de salafis installés en Europe après la chute de Ben Ali, de djihadistes partis en Irak et la libération de militants ultra-radicaux des prisons tunisiennes», ajoute Samir Amghar.

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Si elles ont toujours existé dans les pays musulmans, les tendances salafistes ont néanmoins bénéficié d’un soutien extérieur, à la fois financier et politique, clairement identifié et qui les ont nettement renforcées.

Pour Mohamed-Ali Adraoui, chercheur et enseignant à Sciences Po-Paris sur le monde arabe, «leur émergence est l’une des conséquences et l’un des outils de la politique étrangère saoudienne». «Depuis la guerre en Libye, poursuit-il, l’Arabie saoudite a adopté une politique plus proactive pour empêcher l’émergence de pôles qui pourraient lui nuire. Le calcul qui a consisté à financer et appuyer l’émergence des mouvements salafistes est fait par certains dirigeants saoudiens».

Ainsi, en Egypte, le résultat impressionnant du parti politique salafiste An-Nour aux dernières élections a été rendu possible par le soutien financier de plusieurs millions de dollars en provenance de Ryad. Un soutien décisif car «moins d’un an avant les élections égyptiennes, An-nour ne voulait pas faire de politique», précise M. Adraoui.

Ennahdha joue-t-il un double jeu?

A quels objectifs obéit ce soutien saoudien? D’après Samir Amghar, à des considérations purement géopolitiques éloignées de toute motivation religieuse. «Il faut savoir que les Frères musulmans sont financés par le Qatar. En arrière-cour, se joue une sorte de guerre entre ces deux pays qui luttent pour le leadership islamique sur le monde musulman et avoir des relais pro-qataris ou pro-saoudiens dans ces pays là. Ils font le pari qu’à un moment ou à un autre, ces partis auront le pouvoir», dit-il.

Dans cette compétition politique, les mouvements salafistes sont utilisés comme un moyen de faire barrage aux Frères musulmans dont se méfie pleinement Ryad. «Les relations entre l’Arabie saoudite et les Frères musulmans se sont détériorées», confirme Mohamed-Ali Adraoui. «Une partie des dirigeants des Frères musulmans voudrait faire des ouvertures à l’Iran ce qui a soulevé la crainte que l’Egypte s’éloigne des Etats-Unis et de Ryad», précise encore le chercheur à Sciences Po. Mais les relations entre Frères musulmans et mouvements salafistes pourraient être plus ambigües qu’elles ne le paraissent a priori.

Selon Samir Amghar, une convergence idéologique et un certain opportunisme politique auraient poussé les leaders d’Ennahda, actuellement au pouvoir à Tunis, à instrumentaliser les groupes salafistes. «On a l’impression, dit-il, même s’il faut le recouper par des entretiens et des témoignages, qu’il y a une instrumentalisation, de la part des islamistes tunisiens, des salafistes, pour capitaliser leur succès sur leur propre parti. C’est une manière pour eux de sous-traiter le champ islamique. Les Frères musulmans vont tenir des postures officielles hyper-consensuelles. En même temps, leur base leur réclame d’avoir des postures un peu plus radicales, qu’ils ne peuvent pas avoir et qu’ils vont donc déléguer aux salafis».

Parler d’islam pour ne pas parler du chômage

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Abou Iyadh, le leader des salafistes tunisiens.

Les salafistes rempliraient ainsi une double fonction de soutien politique mais aussi de contrefeux social pour les responsables islamistes tunisiens. «Ennahdha se sert des salafis comme d’un épouvantail pour dire: ‘‘vous nous accusez d’être des radicaux! Or, il y a pire’’», confirme Samir Amghar, tandis que la focalisation sur la question religieuse permet de faire diversion sur la crise économique et sociale traversée par le pays. «Il est plus facile de se prononcer pour plus d’islam dans la société que de mettre en place une politique de lutte efficace contre le chômage», remarque le sociologue.

Une analyse qui n’est pas partagée par Mohamed-Ali Adraoui. Le chercheur croit en effet qu’«il y a une impossibilité à court terme (en Tunisie) de combattre les groupes salafistes». «Les gens d’Ennahdha sont sur la défensive et ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent. Les salafis sont plutôt une épine dans leurs pieds», conclut M. Adraoui.

* Journaliste à l'hebdomadaire franco-turc Zaman France.

 

*Le titre est de la rédaction de Kapitalis.

 

Source : ‘‘Zaman France’’.

     

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