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Tunisie. Ennahdha lave-t-il «plus blanc» les corrompus de l’ancien régime?

7

septembre

2012

à 07:32

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Les listes des corrompus de l’ancien régime que le gouvernement menace de publier contiendront-elles les noms de ceux qui ont tourné casaque et roulent aujourd’hui pour Ennahdha?

Par Ridha Kéfi


A entendre les membres du gouvernement et les députés issus du parti Ennahdha, la lutte contre la corruption bat son plein aujourd’hui en Tunisie. Or, la réalité montre le contraire: les corrompus de l’ancien régime encombrent les coulisses du gouvernement et du parti au pouvoir.

L’alibi Samy Fehri

Ce n’est pas parce que la justice a ordonné l’incarcération de Samy Fehri, le patron de Cactus Prod et de la chaîne Ettounissia, accusé dans une affaire de corruption liée à l’ancien régime, que le ministre de la Justice Noureddine B’hiri peut pérorer du haut des tribune et affirmer que le gouvernement islamiste est en train de lutter contre la corruption dans le pays. Au moment où les rapports montrent que ce fléau a pris dans le pays une ampleur jamais atteinte auparavant, même sous le règne de Ben Ali, l’incarcération d’un seul homme, Samy Fehri, servirait, au mieux, d’alibi ou d’écran de fumée.

M. Bhiri, qui aurait été plus crédible s’il avait mis fin à la mainmise directe de son département sur le corps de la magistrature dans le pays – qui demeure dépendant de la volonté politique des nouveaux gouvernants –, a déclaré, samedi, lors d’un meeting de sympathisants du mouvement Ennahdha, à Bir Belhassen à l’Ariana, que chaque ministère dispose d’une liste des personnes corrompues et des victimes de l’ancien régime, précisant que l’ouverture de tous les dossiers de corruption et de réparation pour les victimes de la corruption sont en cours.

Evoquant la campagne «Ekbess» (littéralement: tour de vis) lancée par les sympathisants d’Ennahdha, M. B’hiri l’a qualifiée de «positive», estimant qu’elle vise à «activer les réformes, juger les corrompus et rassurer le peuple tunisien que ceux qu’ils a choisis ne croiseraient pas les bras devant les ennemis de la révolution». «Il n’est pas question que les Rcdistes reviennent sur la scène politique», a-t-il averti.

Benalistes hier, Nahdhaouis aujourd’hui

Soit, et si c’était vraiment le cas, on ne pourrait qu’applaudir. Mais peut-on sérieusement espérer que les corrompus de l’ancien régime, qui ont tourné casaque et roulent aujourd’hui pour Ennahdha, figureraient dans ces fameuses «listes» et qu’ils seraient poursuivis pour leurs méfaits passés? Est-on assuré que ces listes ne comprendront pas des noms de personnes intègres et honnêtes, qui ont combattu l’ancien régime, mais qui refusent, aujourd’hui, d’obtempérer aux dictats du nouveau régime dictatorial qui tente de se mettre en place? Rien n’est moins sûr. Car on a de plus en plus de preuves que l’allégeance à Ennahdha suffit aujourd’hui pour vider des dossiers, blanchir des coupables et ouvrir les portes du paradis «nahdhaoui» devant tous les criminels du passé. Et que l’opposition à ce parti est désormais le plus court chemin au purgatoire… Ce fut ainsi sous Ben Ali, l’a-t-on déjà oublié?

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Sami Fehri, un procès au timing très opportun.

C’est ce que beaucoup de Tunisiens craignent aujourd’hui en voyant des hauts cadres, des hommes d’affaires et des journalistes, connus pour leur implication dans l’ancien système dictatorial, devenir les défenseurs zélés de la nouvelle dictature qu’Ennahdha tente de mettre en place. Certains ont désormais pignon sur rue au palais du gouvernement et sont aux premiers rangs des invités des dîners officiels et des meetings d’Ennahdha.

Ce qui ne rassure guère quant à la volonté d’assainissement de l’actuel gouvernement, moins pressé de réformer (la police, la justice, l’administration, le système des médias…) que de renforcer sa mainmise sur tous les leviers du pouvoir dans le pays. Comme l’a du reste souligné récemment le président de la république provisoire Moncef Marzouki, qu’on ne peut soupçonner d’hostilité particulière à l’égard des Nahdhaouis, ses alliés au sein de la «troïka», la coalition au pouvoir.

   
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