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Tunisie. Ennahdha et la stratégie de pourrissement

18

août

2012

à 13:36

 

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Le silence d’Ennahdha à propos des violences perpétrées ces derniers jours par des extrémistes religieux peut paraître étonnant. Doit-on y lire de la gêne ou simplement de la complicité active, les uns servant les intérêts des autres?

Par Ridha Kéfi


Alors que les partis politiques, les organisations de la société civile, les médias locaux et internationaux condamnent fermement les agressions perpétrées ces derniers jours par les extrémistes religieux dans plusieurs villes du pays et soulignent leur gravité et leurs conséquences négatives sur le processus de la transition politique en cours dans le pays, le parti de Rached Ghannouchi garde étrangement le silence.

Qui tire les ficelles derrière les rideaux?

Il en est de même du ministre de l’Intérieur, le nahdhaoui Ali Lârayedh, qui a l’habitude de réagir au quart de tour lorsqu’une manifestation antigouvernementale éclate quelque part dans le pays où que le siège de son parti Ennahdha est attaqué par des manifestants en colère.

Or, aujourd’hui, alors que des extrémistes religieux font régner la terreur dans le pays, empêchent des spectacles artistiques (à Menzel Bourguiba et Kairouan), agressent à coups de sabres et d’épées des militants des droits de l’Homme (à Bizerte) ou provoquent des combats interconfessionnels entre chiites et sunnites (du jamais vu en Tunisie en 16 siècles d’islam), comme cela vient de se passer hier à Gabes, ni Rached Ghannouchi, ni Hamadi Jebali, ni Ali Lârayedh, ni Samir Dilou, ni aucun autre dirigeant  du gouvernement et du parti islamistes n’a cru devoir prendre la parole pour s’exprimer à propos de ce retour de la barbarie moyenâgeuse.

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L'une des victimes de l'agression perpétrée des takfiristes, avant-hier, à Bizerte.

Pis encore : au moment où les inquiétudes et les angoisses des Tunisiens s’aggravent, ces chers responsables nahdhaouis sont occupés à pousser leurs pions dans l’administration, la police, la magistrature, les médias et à négocier avec les hommes d’affaires (corrompus ou pas) leurs dîmes à la nouvelle dictature qui se met en place en Tunisie.

Une stratégie de pourrissement et d’occupation du terrain

On remarquera quand-même – et ceci explique peut-être cela – que ce déchainement des extrémistes religieux survient étrangement et par un curieux hasard au lendemain de la grande mobilisation des Tunisiens et des Tunisiennes, le lundi 13 août, pour la défense des acquis de la femme contre les assauts répétés des élus islamistes à l’assemblée qui cherchent à les réduire. Quelqu’un a-t-il donné le signal et appuyé sur le bouton? Il n’est pas difficile d’imaginer qui et pour quel dessein.

On remarquera, cependant, en passant, que les débordements extrémistes servent les intérêts exclusifs d’Ennahdha. Et pour cause: ils créent une tension et des inquiétudes dans le pays, et détournent ainsi l’opinion publique des vrais problèmes (chômage, pauvreté, dégradation du cadre de vie, détérioration du pouvoir d’achat, etc.), dont les agitations sociales à Sidi Bouzid, Sfax et ailleurs, sont l’expression concrète. Ce climat d’insécurité et de tension permanente, alimenté par Ennahdha et ses apparentés, justifie, en dernière instance, le report annoncé des prochaines élections au-delà de 2013. Ce qui, on l’imagine fait l’affaire d’Ennahdha, car il lui permettra de mieux étendre ses tentacules dans les rouages de l’Etat et de la société.

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15 points de suture à la tête après un coup d'épée d'un islamiste takfiriste à Bizerte.

De là à penser que les salafistes, takfiristes, tahriristes – et toute la panoplie de l’islamisme tunisien – et Ennahdha, c’est du pareil au même, et œuvrent tous pour les mêmes objectifs: instaurer une république islamiste en Tunisie, est un pas que tout analyste sérieux devrait aujourd’hui s’autoriser de faire.

Il y a donc péril en la maison Tunisie ? Oui, sans aucun doute…

   
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