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Le Tunisien Tahar Sioud appelle à une «remise à plat» de l’UpM

11

janvier

2012

à 07:51

L’Europe est en crise d’identité, les pays arabes en ébullition. L’UpM a perdu sa «boussole» politique. L’ancien ministre tunisien appelle à une mise à plat de ce processus.

Par Tahar Sioud*


 

L’entrée au gouvernement marocain de Youssef Amrani, secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée (UpM) a une conséquence inattendue sur cette organisation commune de 43 pays d’Europe, de la rive sud de la Méditerranéenne et des Balkans. Le fauteuil ainsi laissé vacant ne trouvera pas facilement un nouveau titulaire dans un contexte de grande morosité. En cause, l’impossibilité pour tous les pays membres de s’entendre sur l’objectif stratégique de créer un espace euroméditerranéen, de structurer les institutions qui lui sont vouées, le tout dans une atmosphère de crise économique et financière et surtout politique. L’Europe est en pleine crise d’identité, les pays arabes en ébullition. L’UpM sans dirigeants a déjà perdu depuis longtemps sa «boussole» politique.


Le Jordanien Ahmad Massa'deh a jeté l'éponge très tôt

En réaction, Tahar Sioud, ancien ministre, ancien secrétaire d’Etat aux affaires étrangères et qui fût surtout le principal négociateur des accords euro-tunisiens appelle à une «remise à plat» de tout le processus. Il développe cette idée dans un entretien avec notre confrère, Fathi B’Chir, journaliste à Bruxelles. Extraits…

«L’UpM se trouve pour la deuxième fois en l’espace d’un an à peine sans timonier. Le premier secrétaire général, le jordanien Ahmad Massadeh, ne sera resté que quelques mois (de mars 2010 à janvier 2011) et le second, le marocain, Youssef Amrani un peu plus de six mois, de juillet 2011 à janvier 2012, puisqu’il vient d’entrer au gouvernement de son pays.

Une coquille vide

Bien plus, l’UpM risque aussi de se trouver sans co-présidence. L’Egypte, qui représente la rive sud, a déjà marqué son désir de ne plus assumer cette tâche, car prise dans la tourmente de sa révolution.

Sa désaffectation ne date pas en fait de la chute du président Moubarak et la mise en veilleuse de sa diplomatie généralement omniprésente et interventionniste.


Sommet de Paris pour la Méditerranée, 13 juillet 2008

Du côté européen, l’UpM fait l’objet de forts tiraillements. Bruxelles, Mme Ashton, pour la citer, ne parvient pas – ou ne veut pas – trancher entre les options offertes, institutionnelle ou intergouvernementale, pour assurer la représentation de l’UE au sein de cette instance paritaire euroméditerranéenne.

Bien plus que ces éléments institutionnels, qui mettent en panne l’UpM et font douter de son objet et de son opportunité dans le contexte actuel, il est vite apparu que l’instrument est inadapté pour répondre aux préoccupations de part et d’autre.

Les projets, ambitieux, ne trouvent pas et ne trouveront pas de financements. La Banque européenne d’investissement (Bei) est démotivée du fait du choix de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) pour encadrer l’œuvre de recherche d’argent frais pour les six grands projets prioritaires euroméditerranéens. Les investisseurs privés ont plutôt tendance à se détourner d’une région méditerranéenne en ébullition. La Turquie se rapproche de plus en plus de la porte de sortie. Israël qui a clairement démontré que sa volonté n’est pas la paix devient un partenaire gênant et peu crédible y compris pour l’Europe.

Clairement, l’UpM est aujourd’hui une coquille vide qui ne vit plus que grâce à l’aide directe et appréciable de la Catalogne et des 3 millions offerts chaque année par la Commission européenne. Peu parmi ses Etats membres ont mis la main à la poche.


Youssef Amrani quitte le Palais de Perdralbes à Barcelone pour Rabat

Que faire dans les circonstances actuelles ? Renommer un secrétaire général et continuer comme avant, à discourir sur la volonté de soutenir le «printemps arabe» ? Ce discours sonne creux dans la mesure où l’UpM n’est qu’un décor parmi d’autres, alors que l’UE, en proie à une crise sérieuse, n’a plus les moyens et la volonté de s’engager davantage aux côtés des pays de la rive sud.

En fait, il nous faut l’aider à nous aider et adopter, pour notre part, un message positif à l’égard d’une Europe qui n’est pas un partenaire extérieur comme les autres, elle est notre partenaire naturel du fait de la proximité géographique et humaine. Nous sommes plus en lien avec elle, commercialement, économiquement, humainement, bien plus qu’avec le monde arabe. Cela changera peut-être mais en l’état, c’est en Europe que résident la plupart de nos migrants à la recherche de la subsistance si ce n’est d’une vie prospère et digne.

Des tâches urgentes à accomplir

Sachons faire la différence entre les attachements sentimentaux et les intérêts concrets. La relation euroméditerranéenne est incontournable mais ne la laissons pas se faire n’importe comment.

L’heure est à une remise à plat, à une redéfinition du cadre, des objectifs et de la nature même de l’UpM. Peut-être faudra-t-il la découper en Méditerranée occidentale et orientale. Dans notre partie de la mare nostrum, elle deviendrait un prolongement du dialogue réussi «5+5» qu’il faudra consolider par une relance sérieuse de l’Union du Maghreb arabe (Uma) sur des bases moins politiques mais plus concrètes en termes d’économie, de solidarité et de liens entre les régions continus.

Nous avons tous à relever des défis énormes : l’emploi celui des jeunes diplômés en particulier, l’équilibre des territoires et le développement des régions marginalisées, la sécurité à nos frontières et à l’intérieur des pays, Al Qaida au sud, le salafisme agressif dans nos rues, la dispersion des armes distribuées lors du conflit libyen. Nous avons des tâches urgentes à accomplir. Ne tardons pas trop.

Nous avons des priorités, la mobilité des jeunes diplômés et l’annonce d’un programme Erasmus est la bienvenue, acquérir plus d’investissements, miser sur nos richesses réelles, le capital humain, l’énergie et l’agriculture.

Effaçons le tableau et dressons une nouvelle «feuille de route» pour des ambitions renouvelées mais mal formulées jusqu’à présent.

* Tahar Sioud est ancien ministre du commerce, ancien secrétaire d’Etat, ancien ambassadeur auprès de l’UE et ancien vice-gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (Bct).

     

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