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Abdelhakim Belhaj, l'allié des Etats-Unis... à la tête de Daêch en Libye

13

mars

2015

à 13:04

Abdelhakim Belhaj Banniere

L'ex-dirigeant d'Al-Qaïda, devenu «modéré» et «l'homme des Etats-Unis à Tripoli», est à présent à la tête de la menace de Daêch en Libye et dans toute la région.

Par Eric Draitser*

Les révélations récentes selon lesquelles Abdelhakim Belhaj, l'allié des Etats-Unis, dirige à présent l'Etat islamique (EI, Daêch) en Libye ne devraient nullement surprendre ceux parmi les experts qui ont suivi la démarche politique des Etats-Unis dans ce pays, et dans la région tout entière. Ainsi, la preuve est donnée, pour la énième fois, que Washington fournit aide et soutien, précisément, à ces éléments qu'il prétend combattre à travers le monde...

Selon certains rapports récents, Abdelhakim Belhaj s'est fermement imposé à la tête de l'organisation et du commandement de Daêch en Libye. Cette information émane d'un haut responsable des renseignements américains qui préfère garder l'anonymat et selon lequel Belhaj soutient et coordonne les efforts dans les camps d'entraînement de Daêch dans la région orientale libyenne, autour de Derna, ville longtemps connue pour son activisme jihadiste.

Les «exploits» du parcours terroriste de Belhaj

Alors qu'il pourrait ne pas s'agir d'un scoop – qu'un terroriste d'Al-Qaïda devienne haut commandant de Daêch –, la réalité demeure que, depuis 2011, les Etats Unis et leurs alliés de l'Otan ont considéré Belhaj comme «combattant de la liberté.» Ils l'ont très souvent décrit comme un homme qui a courageusement mené ses compagnons épris de liberté contre «le despotisme et la tyrannie» de Kadhafi dont les forces de sécurité avaient capturé et emprisonné plusieurs membres du Groupe islamique combattant en Libye (GICL), y compris Abdelhakim Belhaj lui-même.

Belhaj a si bien servi la cause américaine en Libye qu'il a mérité les plus chaleureuses accolades du sénateur John McCain, qui ne s'est pas embarrassé de qualifier Belhaj et ses compagnons de héros.

Au lendemain de la disparition de Kadhafi, Belhaj a hérité du titre de commandant militaire de la région de Tripoli, bien qu'il ait eu à céder cette fonction à «un gouvernement de transition» politiquement plus acceptable qui a, depuis, disparu dans le chaos de la guerre civile dans laquelle le pays a sombré.

Les «exploits» du parcours terroriste de Belhaj comprennent notamment sa collaboration aux activités d'Al-Qaïda en Afghanistan et en Irak, et, bien évidemment, les services rendus à la main basse des Etats Unis et des forces de l'Otan sur la Libye qui ont, entre autres dégâts, donné lieu aux meurtres en masse des noirs libyens et de toutes les personnes soupçonnées de faire partie de la Résistance verte (ces forces de la Jamahiriya arabe libyenne, loyales à Mouammar Kadhafi).

Bien que les médias institutionnels aient fait de Belhaj un martyr des tortures du programme d'extradition de la CIA, le fait demeure irréfutable que, partout où cet homme est passé, il a laissé derrière lui violence et carnage.

Alors que la plupart de ces informations sont connues, il importe de les placer dans leur contexte politique approprié, à savoir les circonstances qui démontrent que les Etats Unis ont été, et continuent d'être, le grand mécène des activistes extrémistes, de la Libye jusqu'en Syrie, et bien au-delà, et que le discours sur l'existence de «rebelles modérés» n'est qu'une simple invention, rhétorique, qui ne trompe plus qu'une opinion crédule et manipulée.

L'ennemi de mon ennemi est mon ami... jusqu'à ce qu'il ne l'est plus

Il a été amplement prouvé que Belhaj a été très étroitement lié à Al-Qaïda et ses exploits terroristes sont de notoriété publique.

Plusieurs enquêtes ont fait ressortir ses expériences de combattant en Afghanistan et ailleurs, et lui-même n'a jamais caché d'avoir tué des soldats américains en Irak. Cependant, c'était en Libye, en 2011, que Belhaj est devenu la figure emblématique du «rebelle» se battant contre Kadhafi et son régime dictatorial.

Ainsi que l'écrivait le ''New York Times'', «le Groupe islamique combattant en Libye a été créé en 1995 dans le but de mettre un terme au régime du colonel Kadhafi. Poussés à se replier dans les montagnes ou à s'exiler, les membres de ce groupe ont été parmi les premiers éléments à se joindre au combat contre les forces de sécurité de Kadhafi. (...) Officiellement, le groupe n'existe plus, mais ses anciens membres se battent aujourd'hui sous les ordres d'Abou Abdallah Assadaq [alias Abdelhakim Belhadj].»

Ainsi, Belhaj a non seulement pris part à la guerre menée en Libye par les forces Etats Unis-Otan, il a également été un des dirigeants les plus influents de cette campagne anti-Kadhafi, aux commandes de cette faction jihadiste aguerrie qui a été le véritable fer de lance de l'offensive contre le dictateur libyen.

L'efficacité du rôle joué par le Groupe islamique combattant en Libye (GICL) a été démontrée lors de l'attaque contre la caserne fortifiée de Bab Al-Azizia où s'était retranché Kadhafi. D'ailleurs, dans cette offensive, les forces militaires et les renseignements américains ont fournis au GICL les informations et les soutiens tactiques dont il avait besoin pour réussir son opération.

Cette information récente sur les liens qui unissent étroitement Belhaj et Daêch conforte notre argument, sur lequel nombre d'analystes s'accordent depuis 2011, que la guerre de l'alliance Etats Unis-Otan a été menée par des groupes terroristes ouvertement ou tacitement soutenus par les renseignements et les forces militaires américains.

De plus, cette information lève définitivement le voile sur certains soupçons selon lesquels les Etats Unis, afin de servir leurs visées géopolitiques, ont exploité un des foyers terroristes les plus actifs dans le monde.

Selon des informations récentes, Belhaj est directement et très activement impliqué dans le soutien des camps d'entraînement de Daêch à Derna. Bien évidemment, Derna, pour toute personne qui a suivi les évènements libyens depuis 2011, est cette ville qui –tout autant que Tobrouk et Benghazi – a servi de centre de recrutement des terroristes anti-Kadhafi, au tout début du «soulèvement» et tout le long de cette année décisif de 2011. Mais Derna a depuis très longtemps été le centre névralgique de l'extrémisme militant.

Dans une étude poussée, publiée en 2007 sous le titre de ''Les combattants étrangers d'Al-Qaïda en Irak: Une première analyse des dossiers Sinjar'' (ville située dans le nord-ouest de l'Irak, proche de la frontière syrienne, Ndlr ) et conduite par le Centre de lutte contre le terrorisme de l'Académie militaire américaine de West Point, les auteurs relèvent que «selon les dossiers Sinjar, près de 19% des combattants sont originaires de la Libye. En outre, la contribution libyenne en nombre de combattants par tête d'habitant a été de très loin la plus élevée de toutes les nationalités impliquées, y compris celle de l'Arabie saoudite (...). Vraisemblablement cette augmentation fulgurante du nombre des recrues libyennes qui ont fait le déplacement en Irak pouvait être la résultante de coopération très étroite entre le Groupe islamique combattant en Libye (GICL) avec Al-Qaïda qui a atteint son plus haut point le 3 novembre, 2007, jour où cette affiliation a été annoncée officiellement. Ces combattants étrangers citaient le plus souvent Derna (en Libye) et Riyad (capitale du Royaume d'Arabie saoudite) comme villes de leur provenance: ils étaient au nombre de 52 et 51 combattants, respectivement. De toute évidence donc, Derna, avec une population excédant à peine les 80.000 habitants (contre 4,3 millions pour Riyad), détient de très loin le nombre le plus élevé de combattants étrangers par tête d'habitant de la ville d'origine, selon les dossiers Sinjar.»

De toute évidence, la défense et le renseignement des Etats Unis devaient savoir, depuis une dizaine d'années (sinon plus), que Derna a toujours été sous un contrôle direct ou indirect des jihadistes du GICL et que la ville a toujours été un terrain fertile pour le recrutement terroriste à travers la région. Cette information, bien entendu, est d'une importance primordiale pour la compréhension de la signification géopolitique et stratégique de la notion des camps d'entraînement de Daêch auxquels est associé Abdelhakim Belhaj.

John Mc Cain et Abdelhakim Belhaj

John Mc Cain et Abdelhakim Belhaj: "Notre homme à Tripoli".

Ceci nous mène vers trois conclusions, toutes aussi importantes et liées entre elles.

Premièrement, Derna va, une nouvelle fois, fournir des fantassins pour la guerre terroriste qui aura lieu en Libye, tout d'abord, et qui s'étendra ensuite à toute la région –avec, bien évidemment, la Syrie comme objectif.

Deuxièmement, les camps d'entraînement de Derna seront soutenus et leurs activités seront coordonnées par les Etats Unis.

Et, troisièmement, la politique américaine du soutien aux «rebelles modérés» est tout simplement une affaire de campagne de relations publiques qui vise à faire accepter au citoyen américain moyen – et également ceux des autres pays occidentaux – que les Etats Unis ne soutiennent pas le terrorisme, en dépit du fait que la réalité prouve tout le contraire...

Le mythe des «rebelles modérés»

Ce que l'on apprend sur Belhaj et les informations que l'on découvre sur Daêch gagneraient à être contextualisées. L'on devrait même dire clairement que tenter de propager l'idée selon laquelle les Etats Unis soutiennent des «modérés» est bel et bien une insulte à l'intelligence des observateurs politiques et du public, en général.

Depuis plus de 3 ans, Washington a n'a jamais cessé de déclarer à qui veut l'entendre que sa politique consiste à soutenir à des rebelles syriens dits modérés – une politique qui, en diverses périodes, a abrité sous le même parapluie des groupes terroristes comme les Brigades Omar Al-Farouq (avec leur triste réputation de cannibalisme) et le mouvement Hazm («détermination»). Malheureusement pour la propagande officielle américaine et autres faucons aux Etats Unis, ces groupes, avec plusieurs autres, ont fini, bon gré mal gré, par rejoindre la Jibhat Al-Nosra et l'Etat islamique.

Récemment, l'on a signalé à maintes reprises des défections en masse de ce que l'on appelait l'Armée syrienne libre vers Daêch, et pareil mouvement s'accompagne bien évidemment par un déplacement des armements avancés qui ont été fournis par les Etats Unis.

Ajoutons à cela que les combattants du mouvement Hazm – ces «icônes» de la propagande washingtonienne – font aujourd'hui partie de la Jibhat Al-Nosra, groupe affilié à Al-Qaïda en Syrie.

Vous n'avez là que quelques uns des nombreux exemples de ces groupes qui ont déclaré leur allégeance soit à Daêch ou à Al-Qaïda en Syrie, y compris les Liwa Al-Farouq, Liwa Al-Qousayr et Liwa Al-Turkomen, pour n'en citer que quelques uns.

Désormais, il est devenu clair que les Etats Unis et leurs alliés occidentaux et moyen-orientaux, dans leur quête interminable de changement de régime en Syrie, ont ouvertement appuyé des éléments extrémistes qui ont aujourd'hui fusionné pour former Daêch, le Front Al-Nosra et Al-Qaïda, pour devenir tous une menace terroriste planétaire très sérieuse.

Bien évidemment, cela n'est nullement un phénomène nouveau, ainsi que le démontre le cas Abdelhakim Belhaj en Libye. Cet homme qui fut dirigeant d'Al-Qaïda, puis est devenu «modéré» et «notre homme à Tripoli», est à présent à la tête de la menace de Daêch en Libye. Ceci a été également le cas de «nos amis» qui sont devenus nos ennemis en Syrie. Nous ne devrions pas nous étonner face à ces mutations et transformations.

Seulement, le sénateur John McCain devrait peut-être s'expliquer sur les relations de longue date qu'il entretient avec Belhaj et les «modérés» syriens. Le président Obama, pourrait-il expliquer comment son «intervention humanitaire» en Libye s'est-elle transformée en cauchemar humanitaire pour ce pays, et d'ailleurs pour toute la région? La CIA, qui a été profondément engagée dans toutes ces opérations, pourra-t-elle donner clairement les noms de ceux qu'elle a soutenus et quel rôle a-t-elle joué dans le chaos auquel nous assistons aujourd'hui?

Je pense qu'aucune de ces questions ne sera jamais posée par les médias établis. Je pense, également, que Washington ne révèlera jamais, un jour, les noms des personnes responsables de cette catastrophe. C'est donc ailleurs, hors de la matrice propagandiste institutionnelle, qu'il faut aller chercher les réponses à toutes ces interrogations – pour que l'Establishment ne nous impose pas le silence... et pour que nous puissions connaître la vérité.

Article traduit de l'anglais par Marwan Chahla

Source: ''Global Research''

*Eric Draitser est un géopoliticien indépendant basé à New York. Il est fondateur de ''StopImperialism.org'' une Ong qui a pour but de «s'opposer à ces forces de l'impérialisme et des finances qui oeuvrent, par des moyens secrets et déclarés, à dominer le monde...»

**Le titre et les intertitres de l'article sont de l'auteur.

     

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