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Béji Caid Essebsi, élu président de la république tunisienne est un vieux routier de politique. Homme d'expérience, il est conscient de l'ampleur de la tâche qui l'attend.

Par Imed Bahri

Né le 29 novembre 1926, à Sidi Bou Said, dans la banlieue nord de Tunis, cet avocat de profession a été chargé d'importantes responsabilités gouvernementales entre 1963 et 1991. Puis au lendemain de la révolution de janvier 2014.

Compagnon de combat et ministre de Bourguiba

Diplômé de la Faculté de droit de Paris, en 1950, Béji Caid Essebsi a entamé sa carrière d'avocat à partir de 1952. Depuis son jeune âge, il a milité au sein du parti nationaliste du Néo-destour. Et au lendemain de l'indépendance, il a rejoint le gouvernement comme conseiller du premier président de la république Habib Bourguiba.

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Caïd Essebsi a toujours revendiqué l'héritage libéral, moderniste et progressiste de Bourguiba.

Le jeune dirigeant politique a poursuivi son ascension en devenant directeur général de la sûreté nationale (1963), puis ministre de l'Intérieur (1965) et ministre de la Défense (1969-1970), jusqu'à sa nomination ambassadeur à Paris, puis à Bonn (à partir de 1987).

L'adhésion de M. Caïd Essebsi au Parti socialiste destourien (PSD) a cependant été gelée en 1971 à cause de son soutien à la réforme du système politique. Exclu en 1974 de ce parti, il a adhéré en 1978 au Mouvement des démocrates socialistes (MDS), le parti d'opposition présidé alors par Ahmed Mestiri, dont il a dirigé l'organe en langue française ''Démocratie'', jusqu'à sa réintégration au gouvernement au poste de ministre délégué auprès du Premier ministre en 1980 puis ministre des Affaires étrangères en 1981. A ce poste, il a joué un rôle de premier plan à la tête de la diplomatie tunisienne, en réussissant à faire voter la résolution des Nations Unies condamnant l'agression israélienne contre le siège de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Hammam-Chott.

Au lendemain de l'accession de Ben Ali au pouvoir, il a été président de la Chambre des députés entre 1989 et 1991, date à laquelle sa rupture avec le régime de Ben Ali a commencé, même si son mandat de député s'est achevé en 1994.

Jusqu'à la révolution du 14 janvier 2011, M. Caïd Essebsi a repris son métier d'avocat.

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Le chef du gouvernement provisoire reçu en 2011 par Obama.

En février 2011, il est nommé Premier ministre au sein du gouvernement provisoire. On lui doit l'organisation des premières élections libres et transparentes en Tunisie, le 23 octobre 2011, à l'issue desquelles il a cédé le pouvoir à la troïka, la coalition gouvernementale dominée par le parti islamiste Ennahdha.

Le chemin du Palais de Carthage

Ayant constaté un grand déséquilibre dans la scène politique tunisienne, outrageusement dominée par Ennahdha, qui tentait d'imposer une nouvelle dictature dans le pays, théocratique cette fois, Béji Caid Essebsi a annoncé, en juin 2012, la fondation de Nidaa Tounes. Ce mouvement, qui rassemble des libéraux issus de la mouvance destourienne, des syndicalistes, des personnalités de gauche et indépendantes, n'a pas tardé à s'imposer comme la 1ère force politique dans le pays et à remporter les législatives du 26 octobre 2014, avec 86 sièges (contre 69 pour son poursuivant Ennahdha). Son candidat à la présidentielle, Béji Caïd Essebsi, qui a remporté la présidentielle du 21 décembre 2014, sera le 1er président de la république tunisien élu au suffrage universel.

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Caïd Essebsi, marié et père de quatre enfants, couronne, à 89 ans, une longue carrière politique en accédant à la magistrature suprême. Il est conscient de l'ampleur de la tâche qui l'attend : constituer un gouvernement capable d'assurer le redressement de la situation dans le pays où les défis sécuritaires, économiques et sociaux ne manquent pas.

Avec sa sagesse, son bagou et son sens du dialogue et du consensus, il apparait comme l'un des mieux placé dans le pays à rapprocher les adversaires politiques et à les rassembler autour d'une oeuvre de salut national. 

Reste que la période de grâce sera trop courte, et les Tunisiens espèrent des changements rapides et des réformes radicales à même de remettre le pays sur la voie de la croissance créatrice d'emplois et de richesses. 

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