L'adieu de Abderrahim Zouari à la présidentielle n'est qu'un au revoir

1

novembre

2014

à 10:58

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Abderrahim Zouari a donc choisi de se retirer sur la pointe des pieds de la course au Palais de Carthage, mais avec la promesse de «revenir ultérieurement».

Par Marwan Chahla

Cette décision a été prise après les résultats très décevants du Mouvement destourien aux législatives du 26 octobre 2014, puisqu'il n'a remporté aucun des 217 sièges de la prochaine Assemblée des représentants du peuple.

Se taillant une bonne tranche horaire du prime time de Nessma TV, vendredi 31 octobre 2014, le dirigeant du Mouvement destourien qui, la veille, avait annoncé qu'il ne prendrait pas part à la présidentielle du 23 novembre 2014, est venu s'en expliquer dans l'émission ''Attarik ila Cathage'' (Le chemin de Carthage).

Abderrahim Zouari a donc pris la parole pour nous gratifier de sa volonté et de celle des Destouriens de servir la Tunisie et la démocratie naissante. Il a conseillé aux Tunisiens de mettre de côté rancœurs et vengeance pour construire les meilleurs avenirs pour notre pays et notre peuple, avec «les compétences dont la Tunisie regorge et qui sont laissées sur le bord de la route».

M. Zouari, dont la longévité politique sous les anciens régimes est presque un record inégalable, a répété, dans cette interview, qu'il a osé dire «non» à trois reprises sous la dictature de Ben Ali et que cette attitude récalcitrante lui a valu d'être écarté à chaque fois. De plus, il a même osé évoquer le dictateur déchu en l'appelant par son nom «Ben Ali», seulement!

Cet «accro au pouvoir» ne s'est pas privé, à la dernière seconde de l'émission, de glisser qu'il ne s'agissait pas pour lui d'un adieu à la politique mais d'un simple au-revoir. On doit donc s'attendre à un come-back, dans 5 ans peut-être...

Pour l'essentiel, les téléspectateurs resteront sur leur faim puisque M. Zouari ne dira pas pour qui son désistement devrait profiter, c'est-à-dire qu'il ne donnera pas de consigne de vote à ceux et à celles qui auraient pu voter pour lui. Même pas pour Béji Caïd Essebsi, président de Nida Tounes, qui appartient à la même famille destourienne, et qui a de fortes chances de remporter la présidentielle...

Ce fut, en définitive, une sortie théâtrale qui n'a rien ajouté et ni rien soustrait au débat politique. Car, depuis longtemps déjà, l'élément destourien sous toutes ses formes possibles et imaginables – cachées ou visibles, tues ou déclarées – n'a plus compté en Tunisie révolutionnaire, ou très peu.

L'on a craint que les échecs des deux Troïkas, les deux gouvernements de coalition dominés par le parti islamiste Ennahdha (décembre 2011-janvier 2014) puissent impliquer automatiquement le retour par la fenêtre du «régime déchu». L'on a spéculé, en long et en large, sur sa redoutable machine politique capable de reprendre le pouvoir et les affaires du pays là où elle les a laissés...

L'on a même entendu certains de nos concitoyens pleurer sur la stabilité du pays, sur les croissances économiques de 5, 6 et 7 points, sur l'inexistence du terrorisme, sur les autoroutes et ponts construits sous l'ancien régime, et tant d'autres expressions d'une nostalgie malsaine.

Les législatives du 26 octobre 2014 ont mis de l'ordre dans tout cela: ceux d'entre les Destouriens et les Rcdistes qui se sont «casés» çà et là dans certaines formations politiques continueront d'opérer dans le nouveau système postrévolutionnaire et selon les règles bien définies par le 14 janvier 2011... les autres devront choisir de disparaître du paysage politique ou de se taire.