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Daêch ou le terrorisme «made in» Etats-Unis

20

août

2014

à 12:38

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Avec l'exécution du journaliste James Foley, les combattants de l'Etat islamique (Daêch) se rebellent contre leurs «créateurs» américains.

Par Imed Bahri

Par-delà l'atrocité de cet épisode et la souffrance qu'il a dû infliger aux parents du journaliste et au peuple américain dans son ensemble, les Etats-Unis prouvent une nouvelle fois qu'ils ne savent pas tirer les leçons de leurs erreurs passées. Puisqu'ils commettent aujourd'hui avec Abou Bakr Al-Baghdadi, le calife autoproclamé de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL ou Daêch), la même erreur qu'ils ont commise avec Oussama Ben Laden et le réseau Al-Qaïda en Afghanistan, tous deux «créatures» des services américains.

L'opération «Nid de frelons»

C'est le britannique Glenn Greenwald qui a révélé les liens entre Abou Bakr Al-Baghdadi et les services américains et israéliens dans une série d'articles son site ''The intercept''.

Ce journaliste, qui a déclenché le scandale des écoutes illégales mises en place par la National Security Agency (l'affaire dénommée le «Datagate»), a examiné des documents top-secret parmi les quelque 1,7 million de fichiers fournis par l'ex-agent de la CIA et de la NSA, Edward Snowden, actuellement réfugié en Russie.

Ces documents démontrent l'ampleur de la collaboration entre les services de renseignements américain et israélien Et l'un des aspects centraux de cette collaboration concerne, justement, Abou Bakr Al-Baghdadi, qui a été entraîné par la CIA et le Mossad.

L'Etat islamique, qui prône le retour au «califat», a initialement été constitué en Égypte pour combattre le gouvernement de Bachar Al-Assad. Il a reçu des armes de la part du renseignement américain et de celui du Royaume-Uni, et des financements de l'Arabie Saoudite et du Qatar. Vu de Riyad et de Doha, l'opération était dirigée contre le fameux «croissant chiite» représenté par l'Iran, le pouvoir chiite en Irak, la Syrie de Bachar et le Hezbollah libanais. Mais pas seulement...

L'objectif des Américains et des Israéliens dépasse, en effet, le cadre du simple containment de l'Iran.

Rappelons, à ce propos, que Abou Bakr Al-Baghdadi a été prisonnier à Guantanamo de 2004 à 2009. Au cours de cette période, la CIA et le Mossad l'ont recruté pour fonder un groupe en mesure d'attirer des djihadistes de différents pays vers un endroit précis au Moyen-Orient, et ainsi les tenir loin d'Israël. Pour Snowden, «la seule solution pour protéger l'État juif est de lui créer un ennemi à ses frontières, mais en le dirigeant contre les Etats islamiques qui s'opposent à sa présence.»

Cette opération secrète dénommée «Nid de frelons» est celle qui se déroule aujourd'hui sous nos yeux en Irak et en Syrie: l'EIIL ou Daêch, avec son extrême violence, servant à la fois de repoussoir absolu et de vecteur d'instabilité régionale.

Un changement de tactique

On doit cependant constater que la situation a évolué entretemps et que les «créatures» d'hier, c'est-à-dire les djihadistes de Daêch, semblent avoir débordé le cadre de la mission pour laquelle ils avaient été destinés. Ce qui explique, d'ailleurs, le changement de tactique des Etats-Unis, qui commencent à bombarder certaines positions de Daêch au nord de l'Irak, tout en se gardant cependant d'aller jusqu'au bout de cette logique, en détruisant ce dangereux groupe terroriste. Car Washington, dont l'unique souci est d'assurer la sécurité d'Israël, semble vouloir maintenir cette sorte de tumeur cancéreuse plantée dans le corps du monde arabe. Et le plus longtemps possible, pour continuer à exploiter les richesses de cette région et racketter ses autocrates.

Cette volonté américaine de maintenir Daêch au coeur du théâtre des opérations militaires en Irak et en Syrie prouve la justesse des analyses de Glenn Greenwald tirées de la lecture de rapports secrets américains : Abou Bakr Al-Baghdadi et Daëch sont des instruments aux mains de Washington et Tel-Aviv. Reste à savoir si l'atricité de l'exécution du journaliste Steven Joel Sotloff et l'immense colère qu'elle a suscité dans le monde et, surtout, aux Etats-Unis va obliger les responsables américains à revoir leur stratégie au Moyen-Orient et à abandonner l'opération «Nid de frelons». A moins qu'ils ne pensent la transférer dans une autre théâtre de tension : la Libye !!

 

     

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