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Exclusif : Zliten, une ville libyenne détruite par les salafistes wahhabites

10

mai

2013

à 11:00

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Zliten, réputée pour ses monuments soufis, a été détruite par des salafistes wahhabites à la solde de l'Arabie saoudite et du Qatar. C'est le sort qui attend la Tunisie, si rien n'est fait pour arrêter ces fous de Dieu...

Par Zohra Abid

Les Wahhabites ont effacé toute trace du soufisme à Zliten. Mausolées et sanctuaires ont été détruits sans que le monde ne s'en émeuve outre mesure. Témoignage de l'un des descendants de Sidi Abdessalem Al-Asmar, aujourd'hui menacé de liquidation.

Le jeune homme, un ancien rebelle qui a combattu le régime Kadhafi, réfugié aujourd'hui en Tunisie, a préféré témoigner sous le couvert de l'anonymat. Car, dit-il, sa vie est en danger. Pour préserver sa sécurité, nous allons l'appeler Mohamed.

Guerre contre le soufisme et massacre à Zliten

Mohamed vient tout récemment de perdre un voisin, exécuté selon lui par des salafistes wahhabites alors qu'il tentait de sauver ce qui reste des monuments soufis de Zliten. Plusieurs de ses amis et proches, qui se proclament comme des descendants de Sidi Abdessalem Al-Asmar, un savant soufi, ont péri sous la torture que leur ont infligée les nouveaux tortionnaires du pays dans des prisons secrètes.

Pour sauver leur peau, lui et certains de ses proches ont trouvé refuge à Tripoli, Benghazi ou Sebha ou carrément à l'étranger: en Tunisie, au Maroc, en Egypte ou en Allemagne.

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Les caveaux des saints profanés et leurs ossements détruits.

«Il s'agit de notre histoire, de notre culture et de notre identité. Nous ne reconnaissons plus Zliten, riche de son patrimoine soufi vieux de 5 siècles. Zliten était une ville réputée pour sa tradition religieuse soufie, dotée du mausolée de Sidi Abdessalem Al-Asmar, de l'école Al-Asmarya des sciences religieuses, d'un monument pour l'apprentissage du Coran avec un annexe de 3 étages pour l'éducation des filles», raconte Mohamed. Il ajoute, la voix cassée par l'émotion:

«L'enseignement des filles est très important pour nous, musulmans modérés. Zliten était jumelée avec Al-Azhar, avec l'université de l'émir Abdelkader en Algérie ainsi qu'avec une autre institution religieuse syrienne dont j'ai oublié le nom».

Mohamed, qui semble très attaché à sa ville natale, en parle déjà au passé : «Zliten était comme une ville-phare de l'islam ouvert et tolérant. De tradition malékite, elle avait toujours abrité les congrès islamiques. Elle représente pour nous ce que représente la Zitouna pour les Tunisiens, où plusieurs de nos savants ont d'ailleurs fait leurs études».

Selon le Libyen, la ville côtière située entre Khoms et Misrata, a perdu beaucoup de son charme, de son âme. Elle est même devenue une ville fantôme. «Les monuments sont détruits par les rebelles wahhabites, soutenus par des cheikhs d'Arabie saoudite et du Qatar, et qui ne reculent devant rien pour vider la ville des soufis et du soufisme», raconte-t-il.

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Le mausolée de Sidi Abdessalem Al-Asmar avant le passage des hordes salafistes wahhabites...

Seif Al-Islam, le premier à combattre le soufisme en Libye

«Dans une tentative de réconciliation avec les salafistes wahhabites, que son père a torturés à la prison de Bouslim, Seif Al-Islam (fils de Kadhafi, Ndlr), a appelé à la destruction des monuments soufis de la ville, en la qualifiant de mécréante. C'était le premier à la désigner ainsi à la vindicte, 3 ou 4 mois avant la révolution», poursuit Mohamed.

Puis ce fut la révolution en Libye contre le régime Kadhafi. «Nous, les descendants du cheikh Abdessalem Al-Asmar, étions aux premiers rangs dans les combats contre Kadhafi. Nous avons donné des martyrs pour libérer plusieurs villes. Nous avons assuré la sécurité lors des élections et nous avons cru à la légitimité de la loi et aux droits des révolutionnaires, mais nous n'avons jamais cru que nos camardes, avec qui nous avons mené des combats atroces dans les camps, allaient nous préserver un sort macabre», ajoute Mohamed, les yeux en larmes.

Pour les avoir côtoyés de près durant les combats, il considère les salafistes wahhabites comme un grand danger qui menace toute la région. «Si vous ne réagissez pas aujourd'hui tant qu'il est encore temps, vous autres Tunisiens, vous allez subir bientôt le même sort», a-t-il averti.

Selon lui, ces salafistes wahhabites proches du réseau terroriste Al-Qaïda, et conduits notamment par Abdelhakim Belhaj, ont déjà profané 500 tombes de savants soufis. Il en cite Cheikh Zarrouk, Ahloulou El-Fessi, Sidi Chaâb et autres qui avaient participé à la guerre contre les Croisades et l'invasion espagnole.

«Les autorités ignorent ce qui se passe exactement. Puis elles sont incapables de faire face à ces jihadistes, qui sèment la terreur et prétendent débusquer des ''azlem'' (rescapés de l'ancien régime, Ndlr) en encerclant la ville par des chars et en détruisant systématiquement ses monuments», déplore Mohamed.

Mais qui sont ces salafistes wahabites? D'où sont-ils venus?

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Le mausolée de Sidi Abdessalem Al-Asmar après le passage des hordes salafistes wahhabites...

«Attention, le wahhabisme est à vos portes!»

«Ce sont les Ansar Al-Chariâ, des islamistes extrémistes affiliés à Al-Qaïda. Avec leur armement lourd, ils sont capables de mener une guerre dans toute la région. Ils disposent de toutes les armes achetées par Kadhafi auprès de la Russie. Leur objectif : convertir la région au wahhabisme, à l'image de l'Arabie saoudite. Ce qui se passe aujourd'hui ici en Tunisie, nous l'avions vécu il y a 1 an et demi en Libye», prévient Mohamed, tout en tripotant son PC pour nous livrer des documents illustrant ses propos.

C'était le 23 août 2012, coïncidant avec le 2e jour de l'Aïd. «Ils sont venus en très grand nombre pour empêcher les habitants à faire leur ''ziara'' (visite rituelle, Ndlr). Ils ont interdit les ventes des jouets aux petits après avoir assassiné devant nos yeux, à 7 heures du matin, l'un des descendants du cheikh (Sidi Ali Al-Asmar, Ndlr). A 14 heures, Ali Rsioui, un autre descendant de la famille soufie et grand révolutionnaire de la tribu contre la dictature de Kadhafi, a été liquidé froidement. Houcine Omar Ettir, un autre descendant du cheikh, a été torturé jusqu'à la mort. Quant à Mohamed Al-Bassir, on ignore encore son sort. Nous avons essayé de résister et de protéger le mausolée afin qu'ils ne le fassent exploser. Ils étaient, ce jour là, très nombreux et décidés à tout mettre en feu. Ils étaient munis de RPG, de Kalachnikov et autres armes lourdes. La chaine Al-Âssima TV a diffusé une news le jour même sur ce qui s'est passé à Zliten. Son directeur a été kidnappé et la chaine a dû démentir aussitôt l'information. Sur les autres chaines, on a induit en erreur l'opinion publique en annonçant que des ''azlem'' s'étaient insurgés et que les révolutionnaires ont dû riposter pour mettre fin à ce qui restait du régime Kadhafi».

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Houcine Omar Ettir, un descendant du cheikh Al-Asmar, a été torturé jusqu'à la mort.

«La chasse aux soufis, zenga zenga»

Il a fallu une intervention énergique de l'Union des révolutionnaires de Misrata pour qu'une trêve soit obtenue, raconte encore Mohamed. Il ajoute: «Nous avons accepté cette accalmie et cru à cette trêve et nous nous sommes retirés. Mais nous avons été trahis. Les ''kataïeb'' d'Al-Qaïda ont attaqué de nouveau les monuments avec de la dynamite et profané les tombes après avoir pissé sur les ossements des savants en criant: ''Allah Akbar et à bas Houbal'' (divinité païenne pré-islamique, Ndlr). Les livres saints, les documents des étudiants, les archives et manuscrits vieux de 500 ans appartenant à l'université Al-Asmaria sont partis en fumée. C'était la ''nakba'' (catastrophe, Ndlr) du 23 août 2012».

Une larme a coulé sur la joue du Libyen. Il l'essuie discrètement et poursuit : «Ce jour-là, la chasse aux descendants de Sidi Abdessalem Al-Asmar a commencé. J'ai perdu 8 personnes de ma famille. Il y a eu des kidnappings. 15 personnes ont été torturés et ont péri dans des prisons secrètes. Plus de 80 maisons ont été saccagées dont 20 mises à feu, 15 voitures brûlées, des dizaines de magasins incendiés. Aidés par le Qatar, ces nouveaux Vandales se prennent pour les protecteurs de la révolution».

Mohamed déplore, surtout, le black-out total sur ces crimes. Les autorités sont impuissantes. Zliten sombre dans la terreur. Elle ressemble aujourd'hui à «un champ de ruines et de broussailles asséchés, livré à des terroristes qui justifient leurs actes par des fatwas de cheikhs saoudiens».

Une lueur d'espoir tout de même

Mohamed lance un cri de détresse: «Il faut sauver Zliten de ces mercenaires du Qatar et du wahhabisme triomphant. Le prédicateur wahhabite saoudien Rabiî Al-Madkhali y est pour quelque chose. C'est lui qui a émis une fatwa aux guerriers en leur disant : ''Vos morts seront au paradis, les leurs dans l'enfer.''»

Mohamed n'a pas encore raconté toutes les atrocités qu'il a vues. Mais il reste tout de même confiant: «Le mal ne vaincra jamais. Une lueur d'espoir illumine tout de même le ciel de Zliten. Je viens d'apprendre de mon père qu'au milieu des décombres, des muezzins font de la résistance et appellent à la prière», a-t-il dit, en soulignant le courage des membres de la La ligue des savants libyens. «Ce sont des cheikhs soufis qui font de la résistance mais ils ont besoin qu'on les aide», a-t-il conclu.

Vidéo de la destruction du mausolée d'un saint soufi dans la capitale Tripoli. 

Vidéo des ruines du mosaulée Sidi Abdesslam Al Asmar à Zliten après sa destruction par des groupes salafistes wahhabites. 

     

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