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Tunisie. Les médias «achetés» par les partis politiques

13

octobre

2011

à 08:30

L’Upl et le Pdp sont généreusement récompensés par les médias hôtes de leurs pubs. Une sorte de retour sur investissement menaçant la transition démocratique.

Par Thameur Mekki


Le manque de professionnalisme médiatique, la partialité et l’absence de neutralité dans la couverture des activités des acteurs politiques ainsi que l’emprise de la publicité politique sont parmi les principales tendances marquant la période du 1er au 25 septembre. C’est ce qui ressort du deuxième rapport du Monitoring des médias tunisiens durant la transition démocratique *.

Bras de fer des patrons de presse

Avant de présenter le rapport en question à la presse lors d’une rencontre, lundi à Tunis, Sana Ben Achour, coordinatrice générale de l’opération du monitoring média, a invité le chercheur universitaire Hichem Abdessamad à faire une lecture critique des enjeux politiques et médiatiques de la phase observée, soit du 1er au 25 septembre. «L’intrusion brutale de l’argent politique dans le paysage médiatique est très inquiétante», indique M. Abdessamad. Il insiste sur la sur-médiatisation des partis politiques au détriment des questions constitutionnelles et de la transmission d’une culture citoyenne.

De son côté, Mme Ben Achour est revenue sur la polémique de la pub politique mise en vigueur depuis le 12 septembre. «Certains acteurs médiatiques et politiques ont refusé la loi interdisant la publicité politique. Nous avons assisté à un bras de fer voire même une levée de bouclier. Ils n’ont tout simplement pas obéi au règlement de l’Instance supérieure indépendante des élections (Isie)», a relevé Mme Ben Achour. «Le tribunal a fini par accorder le pouvoir réglementaire à l’Isie face à ses détracteurs», poursuit-elle.

«Nous avons également assisté à une campagne de dénigrement à l’encontre de l’Instance nationale de la réforme de l’information et de la communication (Inric). Cette campagne a été pilotée par le Syndicat tunisien des dirigeants de médias (Stdm) et l’Association tunisienne des directeurs de journaux (Atdm). Vous savez, d’ailleurs, que c’est une vieille association. Et cela veut tout dire !», lance Sana Ben Achour aux journalistes, faisant allusion aux rapports conviviaux qui liaient cette association au régime de Ben Ali. «Pour eux, l’argent politique provenant de la pub est un privilège à conserver», ajoute-t-elle. Ce qui explique – sans bien sûr les justifier – ces attaques contre l’Inric, «coupable» d’agir dans le sens d’une meilleure régulation du travail des médias.

L’Upl et le Pdp en tête des annonceurs !

Place aux chiffres. Le deuxième rapport publié par ce collectif associatif appuie les propos de Mme Ben Achour. Dans la presse écrite, les activités des partis représentent 37% des pages des journaux observés. Les questions électorales et institutionnelles n’en représentent que 16,93%.

Dans cette foire aux partis politiques, l’Union patriotique libre (Upl) a raflé 25,28% de l’espace grâce à la publicité. «Grâce à la pub politique, voilà que l’Upl, un parti qui n’a pas de racines historiques ni sociales, est le plus médiatisé. Nous ne connaissons même pas ses leaders. Pourtant, il envahit les pages des journaux», commente Mme Ben Achour. Dans les statistiques, l’Upl est suivi par le Parti démocrate progressiste (Pdp). La formation politique de Nejib Chebbi a cassé sa tirelire. Pourtant, ce parti n’est arrivé à avoir que 7,18% des pages des journaux de la presse écrite observé par cette unité de monitoring média. De son côté, Ennahdha, donné en tête des sondages d’opinion avec 220 à 30% d’intention de vote, totalise «seulement» 5,55%. «Une situation inquiétante car dérogatoire au principe du traitement équitable et menaçant les règles du journalisme professionnel», avisent les rédacteurs du rapport.

Côté radios, même si la pub partisane est faible (1,74%), les activités et les relations entre partis dominent l’antenne avec un pourcentage de 49,42%. «Les radios ne sont pas totalement tombées dans la propagande politique contrairement à la presse écrite», indique Mme Ben Achour. Toutefois, les radios marquent le coup avec une légère tendance pour la pub gratuite d’ordre éducatif et citoyen équivalente à 1,27% des heures de pique d’audience observées.

D’autre part, les partis politiques ont eu la grande part du gâteau télévisuel. L’intérêt des chaînes tv pour les activités partisanes les a poussées à consacrer environ 60% de leurs émissions aux formations politiques au détriment des questions électorales et constitutionnelles mesurés à 10,15% du temps d’antenne. Le Pdp est le plus présent sur les télévisions tunisiennes avec 10,07% de l’espace consacré aux partis. Le Parti El Watan, dirigé par Ahmed Jegham l’ancien ministre de Ben Ali, est arrivé à 8,34%, alors qu’Ennahdha est en troisième position avec 4,21%.

Sur Hannibal TV, le favoritisme du Pdp et d’Afek Tounes est clair. Sur les 60% du temps de diffusion de la chaîne tv consacrées aux partis, ces deux formations se prévalent de presque 30% alors que cinq autres partis se partagent les autres 30%.

«Malheureusement, après les deux rapports, nous pouvons attester que les médias se présentent comme une menace pour la transition démocratique», avertit Mme Ben Achour à la fin de la conférence de presse. Encore un indicateur sur l’urgence d’une réforme profonde, voire même radicale, du secteur médiatique en Tunisie.

* Réalisé par un collectif d’organismes de la société civile présidé par l’Association tunisienne des femmes démocrates (Atfd). Cette coalition est formée par l’Association des femmes tunisiennes pour la recherche et le développement (Afturd), la Ligue tunisienne des droits de l’homme (Ltdh) et le Conseil national des libertés en Tunisie (Cnlt). Deux structures directement concernées par les médias font également parti de ce tissu associatif à savoir le Syndicat national des journalistes tunisiens (Snjt) et l’Observatoire pour la liberté de la presse, de l’expression et de la création (Olpec). Il est soutenu par l’organisation danoise International Media Support (Ims), l’Observatoire de Pavia (Italie) et l’Arab Working Group for Media Monitoring (Awmm).

     

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