En seulement 9 mois, Mohamed Frikha est parvenu à faire décoller les avions de sa compagnie aérienne privée pour une belle aventure qui en dit long sur le courage, la rigueur et le patriotisme de cet entrepreneur-né.

Par Aya Chedi


Les deux engins Airbus 319 sont l’épine dorsale de Syphax Airlines, la nouvelle compagnie aérienne qui fait de l’aéroport de Sfax une base d’activité. Une flotte qui devrait croître au fil du temps, affirme Mohamed Frikha promoteur du projet.

Les deux avions Airbus 319 de Syphax Airlines.

«Vu le contexte de la Révolution, nous avons bénéficié du support de toutes les autorités afin d’avoir l’ensemble des permissions requises pour monter un tel projet. Normalement de telles procédures prennent pas moins de deux années, mais nous réussissons à commencer notre activité au terme de 9 mois, depuis notre visite à Sfax, en mai de 2011, dans une délégation conduite par l’ex-Premier ministre Beji Caïd Essebsi, suite à laquelle nous avons eu l’idée de créer cette compagnie», précise Mohamed Frikha.

Ce jour là, le promoteur s’est demandé à juste titre: «Pourquoi un aéroport, dont la capacité est de 500.000 passagers par an, ne reçoit que deux vols par semaine?». C’est, on l’a compris, l’idée de base de ce projet, dont les études menées par le bureau d’études Roland Berger ont commencé en juin dernier.

 

Les premiers pas des hôtesses et stewarts.

Une fois l’agrément obtenu, un ensemble de compétences tunisiennes s’est mis au travail. Le deux Airbus A319 sont obtenus en leasing sur 5 ans, et «selon la norme tunisienne, l’âge de ces appareils ne doit pas dépasser les cinq ans. Nos engins n’ont été en activité que depuis une année et demie. Nous les avons obtenus auprès des deux compagnies allemandes Air Frankfurt et Air Berlin qui ont décidé de fusionner et ainsi homogénéiser leur flotte. Nous sommes entrés en ligne pour nous procurer ces engins et ainsi commencer notre activité». Mohamed Frikha, qui s’expliquait lors d’une conférence de presse, tenue samedi à l’Aéroport Thina-Sfax, à l’occasion du premier essai des avions lors d’un vol Tunis-Sfax, auquel ont été invité une panoplie de journalistes et d’hommes d’affaires, est revenu sur les difficultés rencontrés par «le personnel de la nouvelle compagnie pour homologuer les permis de Syphax Airlines aux normes tunisiennes. Nous nous sommes pliés à toutes les règles en vigueur en Tunisie. Et ceci envoie un message assez fort aux autres compagnies aériennes désirant avoir des activités en Tunisie ainsi qu’aux autres investisseurs étrangers. En Tunisie, on respecte les règles, et même le litige que nous avons eu avec Tunisair, concernant une question relatives aux assurances, nous avons réussi à le résoudre grâce à la collaboration des compétences officielles».

On ne va pas concurrencer sur le marché national

Ladite période de préparation de l’ensemble des documents requis a par ailleurs permis au management de la nouvelle société de tisser des liens avec des entreprises étrangères dans l’objectif de doter la compagnie d’un système de réservation en collaboration avec la compagnie américaine Atix, alors que l’ingénierie est confiée à la branche technique de Lufthansa.

L'aéroport Thyna-Sfax espère des jours meilleurs.

«Beaucoup parlent de la concurrence que nous pourrions imposer aux autres compagnies aériennes en Tunisie, notamment Tunisair. Mais je devrais rappeler que l’accord de l’Open Sky entrerait en vigueur en Tunisie en 2013, alors Syphax Airlines et Tunisair devraient être complémentaires, avec les autres compagnies Nouvelair et Tunisair Express afin que toute la flotte tunisienne soit prête pour faire face à cet accord pour le bien de tout le pays».

Le Pdg de Telnet, qui a eu le courage (et l’intelligence) de lancer un si important projet durant une période de vaches maigres pour l’économie tunisienne, souligne par ailleurs que «Syphax Airlines est une compagnie régulière, mais hybride. Nous ambitionnons de travailler main dans la main avec les autres compagnies nationales. Nous sommes une compagnie privée, certes, mais nous pensons en patriotes. Pour preuve: notre personnel, de 150 personnes, est tunisien et nous avons déjà commencé la collaboration avec les compagnies tunisiennes telle que Sabena à Monastir et Tunisair Catering».

Descente des voyageurs du premier vol Sphax Airlines à Sfax.

«Agir local, penser international»

«C’est ma devise», précise encore Mohamed Frikha, «dans les autres pays, la croissance ne repose pas sur une seule région. Ce ne doit pas être le cas en Tunisie. Nous devons penser régional mais aussi et surtout national, surtout dans les secteurs porteurs et notamment technologiques». Et dans ce cadre, le promoteur tunisien compte introduire différents services conçus au sein de sa compagnie Telnet dans les services de la compagnie aérienne, «histoire de marier les spécialités. Nous comptons introduire des technologies de divertissement et nos vols seront équipés de Wifi», annonce-t-il encore. Supposée démarrer ses activités vers la fin du mois de mars dernier, le décollage des activités des deux A319 a été retardé à deux reprises «à cause des différentes permissions à acquérir. La réglementation est dure, surtout pour les compagnies aériennes, notamment en matière de sécurité. Car c’est l’image de la Tunisie qui est en jeu. Par ailleurs, nous avons déjà démarré la vente depuis la semaine écoulée, il s’agit de vols sur la France, Sfax-Paris et Tunis-Paris».

Spectacle sons et lumières à Sfax pour fêter la nouvelle naissance.

Par ailleurs, la compagnie effectuera trois vols liant Sfax à Lyon, ainsi qu’un vol hebdomadaire liant Sfax à Marseille et Nice, outre un vol vers Casablanca au Maroc et un autre Sfax-Istanbul. «C’est un programme de démarrage, et nous comptons augmenter au fur et à mesure notre flotte et élargir le réseau que nous couvrons. Notre objectif est de relier Sfax à un nombre de villes européennes et méditerranéennes. Pour ce qui est du long terme, nous croyons que pour qu’une compagnie ait une masse critique, il nous faut pas moins de 10 engins, un objectif que nous comptons atteindre dans les cinq années à venir», précise encore le promoteur tunisien.

L’événement du démarrage de la nouvelle compagnie, bien qu’encore officieux, a eu ses effets sur l’ensemble de la ville de Sfax. «Beaucoup d’informations qui émanent de la Tunisie en cette période ne sont pas tout à fait positives. Et c’est là une occasion pour prouver le contraire,» a indiqué Mohamed Frikha, en parlant d’un show en 3D qui a été organisé en plein centre de la ville de Sfax et sur la muraille de la municipalité de la ville.

Il s’agit d’un «show technologique auquel j’ai assisté à Orlando aux Etats Unis lorsque j’étais invité par notre partenaire américain Atix. Je me suis demandé pourquoi ne pas avoir ce même show chez nous. C’était une idée à travers laquelle nous avons voulu véhiculer le message de notre capacité à réaliser des projets», a encore indiqué le patron de Syphax Airlines.

Malgré l’invisibilité qui peut régner sur l’avenir proche de la compagnie, vu notamment la situation que traverse la Tunisie, la confiance dont fait preuve Mohamed Frikha doit être appréciée à sa juste valeur. Car c’est une aventure, où l’ambition du manager se marie à la rigueur de l’ingénieur et à l’enthousiasme du patriote qui met ses compétences et ses moyens au service de son pays au moment où il en a le plus besoin. Un exemple à suivre par les autres promoteurs tunisiens qui continuent de nous rebattre les oreilles avec leur discours sur les difficultés de la conjoncture et la demande de nouvelles aides de l’Etat.

Optant uniquement pour les vols internationaux (le prix d’un billet Paris-Sfax est à partir de 473 dinars), Syphax Airlines devra être cotée en bourse avant la fin de 2012. Et pour cause: «beaucoup m’ont proposé d’entrer dans le capital de la compagnie, précise M. Frikha, mais j’ai préféré me lancer seul dans ce projet. Les fonds levés suite à l’introduction en bourse de Telnet nous ont permis de financer ce projet. Une fois Syphax Airlines est en bourse, son financement lui permettra de grandir davantage. Sa réussite me permettra de lancer d’autres projets, notamment à haute facture technologique».

Spectacle sons et lumières à Sfax pour marquer l'événement.

M. Frikha chapeau bas! Vous avez déjà acquis la confiance et l’admiration de beaucoup de Tunisiens.

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