Pour sauver la saison touristique et les 350.000 emplois directs du secteur, la Tunisie ne désarme pas. Elle fait appel aux amis, aux amis des amis et aux professionnels du monde entier. Tout coup de pouce est le bienvenu...


L’agenda du ministre du Commerce et du Tourisme est plein de rendez-vous de sensibilisation. On ne compte plus le nombre de ses conférences ici et ailleurs. Il est constamment en contact avec les professionnels et les partenaires pour trouver la recette magique pour remplir les hôtels et booster le secteur. Il est même entré en contact avec les chaînes de télévision européenne pour des interviews. Nous allons le voir quasiment sur les plateaux de Canal+, France 2, TV5… en train de plaider pour la destination Tunisie.
Pour l’instant, Mehdi Houas n’a qu’un seul et grand souci: sortir de la crise. C’est ce qu’il a déclaré, lors d’une conférence de presse, mercredi, à Beït al-Hikma (Carthage), en présence d’un invité d’honneur, le premier responsable de l’Organisation mondiale du tourisme (Omt).

Une campagne agressive s’impose
Crise! Non le mot est très fort pour le secrétaire général de l’Omt, le Jordanien  Taleb Rifaï, venu de Madrid pour donner un coup de main à la Tunisie, considérée comme l’une des destinations privilégiées en Méditerranée. «La Tunisie vient de faire sa révolution. Rien que cela est un plus pour attirer les visiteurs. Sans oublier ses sites, son patrimoine, l’accueil chaleureux d’un grand peuple. Il faut profiter de ce moment historique et mettre l’accent sur les images réelles du pays», a expliqué M. Rifaï. La Tunisie doit seulement savoir mieux commercialiser ses atouts. «Pour ce, il faut avoir un plan d’action rapide et efficace et savoir lancer des campagnes plus agressives. L’Omt, de son côté, va continuer à apporter son soutien de par des décisions politiques et techniques», a ajouté le secrétaire général de l’Omt. Qui a mis l’accent sur un plan immédiat de travail composé de trois axes. Il y aura d’abord un atelier qui se tiendra dans quelques jours à Madrid au siège de son organisation au cours duquel les experts nationaux du secteur pourront rencontrer leurs homologues spécialisés dans la communication et la relance des activités touristiques. Deuxième axe: des professionnels étrangers seront invités en Tunisie pour étudier sur place la situation. «Cet événement aura lieu en début mai sous l’égide de l’Office national du tourisme tunisien (Ontt). Il n’y aura pas moins d’une quarantaine de personnes qui vont conjuguer leurs efforts et étudier la situation. En troisième lieu: l’Otm interviendra, en septembre ou octobre, pour organiser un podium  mondial du tourisme et débattre l’évolution du secteur.
Pour M. Rifaï, qui a  annoncé ce programme d’action, il n’y a pas de quoi être frustré. «Après la révolution, on comprend qu’il y ait des conséquences, mais les retombées sont à court terme et la Tunisie est loin de faire l’objet d’un rejet. Avec la révolution, croyez-moi, la situation va être meilleure. Car, il y aura un environnement propre et les affaires vont prospérer. Ça va créer un dynamisme dans l’industrie du tourisme et les choses vont certainement changer», a-t-il expliqué.

Baisse des tarifs sans brader le marché
Selon le secrétaire général de l’Omt, la Tunisie mise sur un nouveau plan de communication et la mise en place d’une stratégie de promotion agressive. «Oui, il faut baisser les tarifs. C’est la solution du moment et la baisse des prix peut être une solution, mais on ne va pas jusqu’à brader», a conseillé M. Rifai. Il a ajouté: «On est maintenant à 20 ou 30% du prix, selon la base de nos expériences, c’est convenable et les baisses ne sont pas dramatiques au point de risquer de nuire à long terme à l’image de marque du pays. Il faut en parallèle penser à offrir aux touristes d’autres prestations». Par exemple? Réponse: «Il faut  diversifier l’offre. Il y a les festivals sahariens, les concerts de musique, et les artistes du monde sont prêts à venir en famille».
Evoquant le tourisme intérieur, longtemps marginalisé, M. Rifaï a vivement conseillé les Tunisiens de le développer. «Il n’y aura pas, certes, d’entrée de devises, mais au moins ça crée une dynamique dans les établissements hôteliers et sauve des emplois», a-t-il expliqué. Interrogé ensuite sur l’impact du conflit libyen sur le tourisme tunisien, l’hôte a demandé aux Tunisiens d’être réalistes. Aux frontières, la situation est loin d’être calme. Mais l’accueil des réfugiés au sud a donné une image très positive du Tunisien. «C’est extraordinaire. A ce sujet, il y aura sûrement de belles histoires à raconter au monde sur la nature du Tunisien», a dit M. Rifaï.
Pour Mehdi Haouas, la Tunisie a réussi sa révolution, se prépare à la démocratie et ses hôtels sont prêts pour accueillir les amoureux du pays. Le travail de communication continue partout dans le monde et les visites des journalistes  étrangers en Tunisie va être intensifié afin qu’ils puissent rapporter la réalité de la Tunisie. «Sur M6, il y aura ce dimanche un reportage sur notre pays. Malheureusement, nos hôtels sont vides. Mais nous n’allons pas baisser les bras. Une campagne va investir dans quelques jours Internet et tous les réseaux sociaux. Et bientôt l’image négative sur la Tunisie va complètement changer», positive le ministre.
C’est tout le mal que l’on espère pour cette Tunisie nouvelle, toujours aussi  accueillante, mais aujourd’hui libre et démocratique.

Zohra Abid