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Le maintien, par S&P, de la notation de l'économie et du secteur bancaire tunisiens à la classe du risque très élevé, traduit l'inquiétude quant à l'avenir de notre économie.

Par Aref Slama

La note souveraine de la Tunisie par l'agence Standard & Poor's (S&P) a atteint le seuil critique de BB- en 2013. La demande formulée par les autorités à celle-ci de suspendre toute notation n'a pas empêché S&P d'évaluer d'office la situation actuelle du pays et de considérer l'économie et le secteur bancaire comme hautement risqués en les situant au grade 8 sur 10 selon l'échelle Banking Industry Country Risk Assessment «Bicra» soit à deux doigts de la défaillance.

Les clignotants rouges

La notation correspond à deux composantes à savoir l'estimation de la résistance de l'économie aux chocs externes et internes, la capacité du pays à honorer ses engagements et la prépondérance des risques financiers et bancaires.

Le rapport de S&P s'articule autour d'axes concernant les facteurs de gravité des risques, la détermination des scores jugés faibles, les perspectives d'évolution de la situation économique et bancaire et par conséquent la faible capacité du gouvernement à intervenir en cas de crise majeure.

Le maintien de la note à une baisse soutenue s'explique, selon S&P, par le risque politique qu'elle estime comme constamment élevé actuellement et après les élections.

Les horizons limités de la croissance (2,3%), le creusement constant des déficits budgétaire et courant de 5,4 et 6,6% du PIB en 2014, la valeur des impayées bancaires représentant a priori selon la Banque centrale de Tunisie (BCT) 15% des concours à l'économie, ne font que raviver la concurrence dans un secteur vivant au rythme de certaines pratiques commerciales de surenchère non conformes aux règles de base de la déontologie et de l'éthique.

La volatilité des dépôts, suite à certaines décisions liées entre autres à la levée du secret bancaire, ont fait décroître leur volume pour ne plus couvrir les prêts sollicités ce qui a engendré une insuffisance de liquidités de 4.644 millions de dinars (MD).

L'agence estime que la richesse nationale n'a pas atteint son seuil critique pour un PIB par habitant de $4,349 soit 7,811 dinars. Elle considère, en outre, que les trois dernières années ont été marquées par la dégradation du rendement des crédits sous l'effet conjugué de l'instabilité des politiques publiques et du dérapage des échanges extérieurs.

Une relance séquestrée

L'agence de notation s'attend à ce que la dégringolade des équilibres économiques continue en 2015. Les prix de l'immobilier augmentera de 14% ce qui enflammera l'inflation, hypothèquera la demande, ralentira l'investissement et l'emploi pour accélérer enfin l'endettement souverain qui a frôlé 52,1%.

Concernant le risque du secteur bancaire Tunisien, elle prévoit une augmentation des prêts d'environ 8% au cours des prochains mois contre une contraction des dépôts, une chute du volume transactionnel du marché du capital et une pression sur la liquidité.

Globalement, S&P estime que le cadre institutionnel local marqué par un mode de gouvernance et une approche de transparence inappropriés ne permet pas aux banques de gérer leurs risques et d'accéder aux financements externes sur les marchés financiers internationaux et les organismes multilatéraux.

L'agence, qui monopolise 40% du marché international de la notation, affirme que les perspectives négatives observées pour le risque économique persisteront au cours des deux prochaines années.

Un sauvetage difficile

Les conséquences du classement impliquent que l'opinion de S&P n'est pas optimiste à propos de la capacité de l'Etat à honorer ses engagements sur les marchés financiers internationaux au niveau desquels les contrats des prêts sont contractés à 7%. Ceci rendrait la mission plus difficile à accomplir le sauvetage de l'économie dont le coût annuel est estimé à $2.7 milliards de dollars US soit 4.600 MD.

Il faut rappeler enfin que la dette tunisienne n'est pas souveraine vu qu'elle est empruntée en devises et remboursée après dinarisation ce qui cause une double perte au niveau des primes de risques liées au taux d'intérêt variables d'une part, et qui sont passées ces dernières années du simple au double et la détérioration continue du dinar tunisien d'autre part.

Il est attendu que le service de la dette extérieure de la Tunisie augmentera en 2018 de 50% soit 6.750 MD ce qui confirme l'inquiétude de S&P et de l'ensemble des organismes financiers internationaux quant à l'avenir de l'économie du pays.

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