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Tunisie : Tunisair serre la ceinture pour le décollage

30

décembre

2012

à 11:48

Tunisie : Tunisair serre la ceinture pour le décollage

Sureffectif d'agents, flotte vieillissante, flambée du prix du carburant, concurrence, crise économique et des résultats déficitaires de 72 millions de dinars (jusqu'à juin 2012)... Tunisair positive malgré tout et annonce des résolutions pour 2013.

Par Zohra Abid

Quitte à expédier des agents à la retraite et demander le soutien de l'Etat afin de freiner l'hémorragie tant qu'il est encore temps. C'est ce qu'a notamment lancé, lors d'une conférence de presse, vendredi, à la Bourse de Tunis, Rabeh Jrad, Pdg de la compagnie. Ce dernier semble optimiste, malgré le tableau sombre qu'il a dressé. Une nouvelle stratégie et un plan de redressement de la compagnie s'imposent.

Etat des lieux sur terre et dans le ciel

Avant de prendre des décisions, il a fallu du temps pour que le Pdg comprenne tout d'abord les failles qui rongent de l'intérieur Tunisair, une compagnie nationale cotée en Bourse et forte de 64 ans d'existence et de plusieurs décennies de succès (58 ans bénéficiaires).

Rabeh Jrad pendant la conférence de presse.

«Tunisair a connu des difficultés à partir de 2009. Cela a commencé avec la crise du pétrole de 2008, suivie de la crise du tourisme. Ce qui a beaucoup affecté la compagnie», a expliqué M. Jrad. Les charges du personnel et l'achat imposé à Tunisair, en 2009, de l'A340, avion de l'ancien président, ont encore alourdi les dépenses. N'empêche qu'en 2008, Tunisair a transporté 3,8 millions de passagers et effectué 97.400 heures de vol (soit 8h30 par jour, 100 vols). Une année record.

Selon Rabeh Jrad, l'année 2011 était une année très difficile à la compagnie avec une chute de 7% des recettes (500.000 de passagers en moins par rapport à 2010) et une augmentation des charges de 1%.

Pour le décollage, serrer la ceinture

N'empêche, la compagnie, selon M. Jrad, a repris en 2012 et a bien retrouvé son «chemin normal dépassant même les prévisions, malgré les couvre-feux, l'attaque le 14 septembre de l'ambassade et de l'école américaines, l'état de psychose lors de l'annonce de la grève générale le 13 décembre. Il y a eu un frein de l'élan et des annulations mais nous avons pu quand même égaler les chiffres de 2008 avec presque 70% de remplissage. 1.100 heures de vols et on a même fait un pic, le 2 septembre, avec 205 vols soit 23.000 passagers. Il faut dire que c'était le retour des vacances des Tunisiens à l'étranger», a précisé le Pdg.

Rabeh Jrad tient un langage de vérité.

Selon lui, les recettes étaient dans l'ensemble bonnes. Mais les charges, notamment dans le carburant, le personnel et l'assistance des avions ont augmenté au-delà du raisonnable. Ce qui cause un déséquilibre des comptes de la compagnie.

Dans l'analyse Swot, M. Jrad a soulevé les points forts, ainsi que les carences à combler pour réussir le décollage.

Côté avantages: Tunisair s'enorgueillit de la sécurité de ses vols et aucun incident n'a eu lieu. «Il y a aussi la flexibilité de l'offre, l'adaptation de la demande et la proximité des aéroports dans la région», précise le Pdg,

Côté faiblesses, M. Jrad a énuméré toute une liste : «Il y a un sureffectif d'agents. La compagnie emploie 8.500 personnes. Soit 230 par avion contre 175 auparavant. L'âge moyen de la flotte est de 15 ans... L'Open Sky avec l'Union européenne, avec les pays du Golfe, flambée du carburant, l'instabilité dans le pays et la conjoncture économique actuelle, des facteurs qui ne travaillent pas la compagnie», a-t-il martelé.

Que propose-t-on pour le redressement?

Des mesures draconiennes pour faire redécoller la compagnie aérienne nationale.

Selon le Pdg, il faut développer les vols vers d'autres destinations comme l'Afrique et fermer d'autres peu rentables comme celle d'Athènes. Une vingtaine de destinations d'ici 2016 en Afrique dont 4 lignes ont été déjà retenues en 2013. «Il y a cette possibilité de partenariat avec son lot d'opportunités. N'empêche qu'il y a des menaces aussi». Que veut dire M. Jrad par «menaces»?

Selon le Pdg de Tunisair, Tunis-Carthage est saturé, car il est conçu pour 5 millions de passagers par an. L'offre dépasse la demande. Transavia, Syphax et les compagnies du Golfe vont aussi poser problème. Car, elles jouent dans le même carré. «Au départ, nous avons accepté Syphax pour le transport sur Djerba et Sfax. On a accepté cette complémentarité mais il n'est pas de notre intérêt d'accepter cette concurrence», a rappelé M. Jrad.

Sortir de la crise par tout moyen

«Avec la compagnie Qatar Aiways, un premier accord remonte à 1984, et en 2002, il y a eu un PV signé. 10 ans après, rien n'a été fait. Nous avons tout effacé pour reprendre autrement», a tenu à rappeler le Pdg. Tout doit dorénavant être revu par Tunisair avec le gouvernement, qui n'a plus à exclure la compagnie des décisions la concernant. «Dorénavant, Tunisair doit exiger de participer à toutes les réunions du gouvernement la concernant avant de signer de partenariats et des engagements. La crise risque de durer et nous cherchons d'autres opportunités ensemble», prévient le responsable.

Le marché libyen, lui aussi, malgré les difficultés connaît, selon M. Jrad, un développement intéressant. «Après Tripoli, Benghazi, Misrata, il y aura un vol vers Sebha», a-t-il annoncé.

L'avion A340 de Ben Ali mise aux enchères.

Les vols charter ne sont plus compétitifs et, ajoute le Pdg de Tunisair, «il nous faut une politique plus agressive. Dans les lignes de long courrier aussi comme celle de Montréal prochainement. Et nous devons faire tout notre possible pour fidéliser les 3 millions de passagers par la qualité de nos services (en coopération avec le Catering et les services de communications».

Avions présidentiels cherchent acquéreur

Pour combler le déficit il faut, selon le responsable, «se dépêcher pour trouver un acheteur de l'avion BBJ (acheté en 1999) et de l'A 340, qui ont causé beaucoup de tort à Tunisair. La compagnie a travaillé durant 9 ans gratuitement pour la présidence».

Tunisair connaitra d'autres changements dans son espace: le retrait de son parc des vieux avions: quatre 737.500, trois A 300- 600, cinq A320 et un ATR42. Ainsi que la fermeture des lignes de Gafsa et Gabes. Un plan de redressement s'impose. «Il nous faut plus de rigueur et moins d'ingérence dans les affaires de la compagnie, surtout que 16 avions sont attendus, dont deux déjà livrés».

Tunisair semble plus crédible et peut compter sur des crédits bancaires pour absorber le déficit et retrouver son équilibre financier. Mais à condition! Aucun recrutement en 2012 et ça va continuer en 2013 et 2014. A part les techniciens pour remplacer d'une manière saisonnière ceux qui partiront en retraite. «1700 seront dégagés pour partir à la retraite (dont 329 en retraite légale) et les 5 syndicats sont d'accord, à part l'Ugtt qui discute encore sur quelques points».

L'Etat doit répondre présent

Tunisair attend aussi le soutien de l'Etat. «Un plan a été soumis mardi au gouvernement pour qu'il soit discuté lors du prochain conseil ministériel. Il concerne la révision de la gouvernance pour plus de flexibilité, d'autonomie de gestion, d'appui afin d'alléger les effectifs, ainsi que l'annulation de la dette de l'Oaca de 166MD, l'octroi d'une avance de 300MD remboursable dès la concrétisation de la vente des 2 avions présidentiels, l'exonération de la redevance de l'Oaca sur le Catering, l'octroi du statut de société totalement exportatrice, la compensation des services publics (tourisme, vols domestiques) surtout que le capital est fiable», demande Tunisair au gouvernement.

«Nous projetons la réalisation d'une augmentation substantielle du capital pour atteindre 180 MD contre 106MD actuellement, et de moderniser la flotte grâce à un investissement d'environ 1500 MD (950 millions de dollars). Et après la reprise de 2012, les banques sont partantes. Avant, ce n'était pas possible», espère le responsable.

La compagnie aérienne aura donc besoin du soutien de l'Etat pour réaliser son objectif à travers toutes ces mesures pouvant assurer des économies estimées à 231MD durant la période 2013-2015. «Et il n'y a pas d'autre solution», conclut Rabeh Jrad.

     

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