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La liberté religieuse selon le penseur tunisien Mohamed Talbi

15

juin

2011

à 08:46


L’historien et islamologue Mohamed Talbi tient en horreur l’islam politique. Il ne rate aucune occasion pour dénoncer les excès de la  politisation de la religion ou encore la prééminence du «pouvoir religieux».


Lors d’une conférence donnée vendredi dans un hôtel des Berges du Lac, à Tunis, l’hôte du Parti démocratique progressiste (Pdp) a souligné de nouveau l’importance de la liberté (de foi, de pensée et d’expression) dans le développement de la conscience collective des nations.

La charia est la cause de l’oppression
«Ma religion est la liberté... car le Coran la consacre de manière explicite», a lancé M. Talbi à son auditoire, soulignant que l’islam est un message pour l’humanité toute entière et qu’il n’est guère fondé sur le principe de la contrainte. Aussi «les apports des exégètes dans la pensée salafiste sont-ils une déformation des textes coraniques», qui prônent la liberté et la justice sociale, et qui sont valables en tout temps et n’importe où.
M. Talbi ne se contente pas de mettre l’accent sur l’«ijtihad» (l’effort d’interprétation ou herméneutique) dans la lecture du texte coranique afin de sortir de la pensée sclérosée qui a marqué l’histoire de l’islam depuis le moyen-âge. Il affirme aussi qu’il n’existe pas dans le texte coranique de trace du terme «charia», que certains mouvements islamistes voudraient considérer comme le fondement même de toute loi. Ce terme «charia» constitue, selon lui, «l’une des causes de l’oppression vécue par les musulmans... dès lors qu’elle est soumise à la dictature des exégètes».
Les courants salafistes se caractérisent, selon M. Talbi, par une contradiction manifeste entre la parole et l’acte. «Ces mouvements vivent une situation de dédoublement intellectuel et religieux», ce qui les rend incapables de s’adapter à l’esprit de l’époque. L’islamologue appelle, à ce propos, à se débarrasser du principe de la prééminence du «pouvoir religieux» et à passer à une étape qui accorde le pouvoir au peuple, condition sine que none pour l’instauration de la démocratie.
S’inscrivant en faux contre l’un des dogmes du salafisme, M. Talbi affirme que l’islam n’est pas «din wa dawla» (religion et Etat), car, explique-t-il, «l’Etat est commun à toutes sortes de confessions religieuses, il doit être neutre vis-à-vis de ces différentes communautés religieuses.»

La liberté religieuse est la clé de voûte de tout système
L’islamologue aime rappeler, à ce propos, un principe de l’islam qui dit, sous la forme d’un hadith du prophète Muhammad, «Al mouslimou man salima ennasou min yadihi wa lissanihi» («Est musulman celui qui ne porte pas préjudice aux autres hommes par la main et par la langue»), alors que, selon lui, l’islam chez les salafites porte préjudice, par la langue et la main, aux autres hommes.
M. Talbi aime aussi citer cette sourate du Coran qui affirme la liberté religieuse: «Musulmans! Occupez-vous de vos affaires. Peu vous importe celui qui s’égare; si vous êtes sur la bonne voie».
Dans l’un de ses livres, dont la traduction française vient de paraître à Tunis ‘‘Ma religion c’est la liberté’’ (éd. Nirvana, Tunis 2011), l’auteur de ‘‘Plaidoyer pour un islam moderne’’ cite un autre passage où le Coran proclame avec force indignation : «Quoi! Vas-tu donc contraindre les hommes pour qu’ils soient croyants?!» Et il ajoute ce commentaire: «Cette interpellation, qui s’adressait à Muhammad, au Messager dont la mission consistait à transmettre l’Appel (da’wa) de Dieu aux hommes – pour lui fixer la déontologie de cet Appel – est un avertissement permanent pour tout musulman qui pourrait être tenté par le prosélytisme ou le fanatisme. Il ne faut jamais, en effet, confondre le témoignage de foi avec le prosélytisme aveugle, qui est une atteinte à la dignité de l’homme, l’homme auquel Dieu n’a voulu imposer aucun choix: il l’a laissé libre».  
Le penseur, qui s’appuie sur le texte fondateur de l’islam, le Coran, mais aussi sur l’histoire vécue des musulmans, notamment dans l’Espagne musulmane, qui avait été une illustration du message humaniste et universel de l’islam, écrit dans le même ouvrage: «La clé de voûte de tout système est la liberté religieuse, qui n’est pas seulement un droit, parmi d’autres, de l’homme. Elle est le droit, fondamental et inaliénable, de l’homme. Dans une perspective islamique, la nôtre, elle est aussi plus: elle est la vocation même de l’homme, liée à son destin exceptionnel, à sa dignité, et à sa mission».
Proposant des lectures conformes aux finalités (maqasid) de la Révélation, et pas seulement à la lettre du texte coranique en tant que tel, afin, dit-il, «de convaincre le musulman par la foi et la praxis, qu’il peut vivre pleinement sa foi, sans rupture ni dichotomie, sans schizophrénie, tout en assumant pleinement sa contemporanéité», M. Talbi n’a de cesse de souligner la portée humaniste et universaliste de l’islam: «Tout musulman, en parfait accord avec sa foi et sa conscience, peut s’intégrer librement dans une humanité, une et très variée à la fois, dans une Communauté des communautés, où chacun trouve sa place dans le respect des différences: Dieu a voulu la variété, partout, une variété condition nécessaire de l’évolution».

I. B.

     

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