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Tunisie. Le livre, arme suprême contre l’obscurantisme

18

avril

2012

à 22:32

Comme annoncé il y a quelques jours, l’avenue Habib Bourguiba à Tunis s’est métamorphosée mercredi après-midi en une bibliothèque à ciel ouvert. ‘‘L’avenue ta9ra’’ (L’avenue lit), dans l’ivresse de la liberté retrouvée.

Reportage de Zohra Abid


Un peu avant le coucher du soleil, une belle parcelle de «L’avenue» (comme aiment l’appeler les Tunisiens) s’est remplie d’hommes et de femmes, de petits et de grands. Une marée humaine a investi les trottoirs à droite et à gauche ainsi que le terre-plein central. Les terrasses de cafés ont affiché complets. Et tout le monde est absorbé par ce qu’il lit ou fait semblant de lire.

La lecture est une fête.

Silence, on lit…

A l’appel lancé sur les réseaux sociaux par un groupe de Tunisiens, des centaines voire des milliers de personnes ont répondu présents à l’heure indiquée (18 heures). Ni cris ni tapages ni slogans mais une manifestation silencieuse sans même l’autorisation du ministère de l’Intérieur. L’emblème du jour: un livre à la main.

Sur les marches du Théâtre municipal, des lecteurs et des lectrices de tous âges. A côté, à même le sol, sur la partie piétonne de «L’avenue», des centaines de personnes. Difficile de les compter. Ici, sous un parasol, un groupe de filles et de garçons, autour d’une table, sirote un soda, un café ou un thé à la menthe. Tous plongés dans leur petit univers livresque. Ici, un père de famille avec femme et enfants, noyés aussi dans leurs lectures. Là, au pied d’un tronc d’arbre, une foule de gens, tous en train de lire. Au milieu de ce beau monde, un gamin d’une dizaine d’années vend ses roses, à 2 dinars la tige. Plus loin, devant la librairie Al Kitab, des filles, des garçons, des Tunisiens et des touristes (français et italiens), semblent absorbés par le livre qu’il feuillètent. A quelques pas de là, on a mis une «mida» (une table traditionnelle) et tout autour, des filles et des garçons lisent. Ils semblent plongés dans leur lecture. Enfin, ils font mine… Doux théâtre où l’apparence est recherchée comme un signe, une parole, une prise de position… Et c’est le cas.

Dites-moi ce que vous lisez...

Ces gens ne revendiquent rien, ne défendent personne, ne roulent pour aucun parti. On est loin de la politique, on en est bien loin. C’est le cas de ce monsieur qui offre gratuitement des livres. Des titres anciens. Des invendus de la librairie, certes, mais des livres tout de même.

«Oui, nous avons distribué gratuitement ces livres. Nous avons aussi fait des promotions. Des livres qui coûtent 15 dinars ont été liquidés à 1 dinar seulement. En revanche, nous avons fait un bon chiffre d’affaires. C’est vraiment notre journée. Nous avons vendu les nouveautés. Les gens sont intéressés par tout ce qui a été écrit sur la révolution, sur les droits de la femme, sur les livres de droits», a dit à Kapitalis la caissière de la bibliothèque de «L’avenue», pleine comme un œuf.

La lecture, à même le sol.

Sur les ailes du désir

18 heures, on le sait, c’est l’heure de la sortie des bureaux, qui plus est, le temps est printanier, et il y a du monde. On passe et on repasse, on se balade entre les grappes d’hommes et de femmes et aucun n’ose perturber les imperturbables lecteurs et lectrices. «Je suis venu avec ma prof de français. C’est elle qui a suggéré à toute la classe de se rendre à ‘‘L’avenue’’», raconte Wissem, un lycéen de l’Ariana. Sa copine s’est contentée de lancer un regard dans notre direction et a vite repris sa lecture.

Marouan ne lit pas, mais il est sur des ailes de désir. Il prend la commande par-ci et sert par là, des cafés, de l’eau, des glaces… «En même pas une heure, j’ai déjà eu ma bonne part de pourboire», raconte, tout sourire, le garçon de café. Vous n’êtes pas dérangé par cette manifestation? «Non, elle est bien organisée. Comme celle du 20 mars. Pourvu qu’il n’y ait pas d’intrus. Bon, on va voir», a-t-il ajouté au passage. Et de préciser que «les commerçants, qui ont protesté contre les manifestations dans ‘‘L’avenue’’, sont ceux du marché parallèle, qui eux mêmes, sont dans l’illégalité».

Un peu plus loin, vers la rue de Marseille, il n’y a plus rien. Sous les parasols, des gens attablés se payent un petit plaisir, esseulé ou en compagnie. On scrute en silence la manifestation muette. Incrédule. Goguenard…

Sur les marche du théâtre, le livre.

Sacré livre à consommer sans modération

Quelques barbus en qamis afghan passent. Ils ne sont pas contents. Et tiennent à l’afficher, en discutent avec d’autres de leur âge. «Vous avez seulement voulu briser la décision du ministre de l’Intérieur. Vous me dites la lecture, le livre est sacré. Nous sommes musulmans et il n’y a de sacré que le saint Coran», lance l’un d’eux. Son aîné de vingt ans lui rétorque. «Dans le Coran, on incite les croyants à apprendre les sciences. A-t-on oublié que le premier verset est ‘‘Iqra’’ (Lis!). Si vous comprenez la valeur de la lecture, personne ne vous fera un lavage de cerveau. Vous avez l’âge de mon fils et je vous plains. Un livre, puis deux, puis trois et vous allez goûter au plaisir de la lecture, à l’autonomie et personne ne sera ton tuteur».

La discussion, qui s’est échauffée, a fini par se calmer. Les jeunes barbus semblent comprendre ou faire semblant de comprendre le discours de cet enseignant de théologie. Au milieu de la foule, des hommes costauds tournent en rond. Ils tournent, suivent discrètement quelques jeunes, écoutent les discussions des uns et des autres. Et c’est tout.

De l’autre côté de l’avenue, leurs collègues en uniforme, ne badinent pas. Ils viennent de menotter un quinquagénaire saoul. Il semble qu’il a dérangé les amoureux de la lecture. A quelques mètres de la place 14 Janvier, des tentes implantées. Les agents de la Protection civile affichent leurs slogans. Et rappellent aux passants leur noble mission.

 

Merci de ne pas déranger

Une petite heure et tout est fini. On évacue la place et on rentre tous à la maison. «Les Tunisiens ne se prosterneront jamais, et il n’y aura jamais de place à l’obscurantisme dans le pays», une phrase partagée vers 20 heures sur les réseaux sociaux.

Qui a dit que la manifestation n’avait pas une connotation politique?

   
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