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Le Kef et la région du nord-ouest ont une tradition touristique dont les autorités touristiques seraient bien inspirées de s'inspirer aujourd'hui. Vidéo.

Par Rachid Merdassi

Suite à la visite de travail de la ministre du Tourisme au Kef, Amel Karboul, et à son intervention au sujet du développement d'un modèle touristique spécifique, à l'initiative d'acteurs locaux et adapté aux caractéristiques patrimoniales régionales, j'ai tenu à apporter ce témoignage avec l'espoir qu'il serve de référence et de source d'inspiration aussi bien aux responsables du Tourisme qu'à tous ceux qui, comme moi, ont gardé la douce nostalgie de ces années glorieuses qui ont fait du Kef, vers la fin des années 60, un pôle de rayonnement artistique et culturel à l'échelle régionale et nationale.

Un centre de rayonnement régional

Le Kef a été le véritable précurseur du tourisme culturel en Tunisie et ce choix n'a pas été le fruit du hasard mais le résultat d'une vocation et de la concordance d'une volonté politique et de facteurs objectifs qui l'ont prédisposé à jouer ce rôle avant-gardiste à une époque ou l'engouement ne se portait que sur le tourisme balnéaire.

Le Kef était le chef lieu d'un gouvernorat qui englobait également Siliana et Jendouba avant que ces deux villes ne deviennent sièges de gouvernorats à leur tour, et cette situation privilégiée a contribué à la dynamisation du rôle du Kef en tant que centre de rayonnement régional économique, artistique et intellectuel, qui a culminé vers la fin des années 60 avec la présence d'une élite qui a fait la réputation de cette ville et permis l'ancrage d'une tradition artistique et culturelle encore vivace avant de se découvrir un destin national (Moncef Souissi, Ahmed Senoussi, Lamine Nahdi, etc.).

Lamine-Nahdi

Le comédien et humoriste Lamine Nahdi, icône vivante de la culture keffoise.

Comment ne pas être nostalgique d'une époque où le Kef disposait de deux salles de cinéma, un théâtre, une maison de la culture des plus dynamiques, un ciné-club, des ateliers de musique, des librairies bien fournies et d'une pléiade d'enseignants étrangers et nationaux parmi les meilleurs de l'époque?

C'est cette genèse qui a créé les conditions propices au lancement d'un tourisme culturel régional, à l'initiative du gouverneur de l'époque qui, bien que d'une autre région, a eu l'intelligence et le mérite de recourir à des compétences locales pour la mise en application de son programme de développement.

Pour le volet touristique, une société immobilière et touristique (SITK) a été créée en 1967 pour le lancement d'un produit hôtelier et touristique régional s'articulant sur de petites unités d'hébergement, puisées dans le patrimoine urbain existant et transformées en hôtels et gites ruraux, bien adaptés au tourisme de chasse, circuits archéologiques et historiques, tourisme de week-end, rural, lacustre, etc.

C'est ainsi que des unités mythiques ont été créés telles que La Source et Sidi Bou Makhlouf au Kef, Maktaris à Makthar, un hôtel de charme, ancienne propriété coloniale à Siliana et un chalet-restaurant en bois jouxtant le barrage de l'oued Mallègue.

Encourager les jeunes promoteurs de la région

Lycéen à l'époque, je garde encore le souvenir de cette clientèle haut de gamme qui défilait en semaine ou les week-ends à l'hôtel La Source qui a vu défiler des directeurs locaux d'exception dont feu Sadok Bougrine, formé à l'hôtel Savoy de Londres, ou Salem Skanji, un des premiers lauréats tunisiens de l'Ecole hôtelière de Lausanne.

L'excellence de la qualité du service et professionnalisme du personnel de l'époque me hantent encore l'esprit aujourd'hui chaque fois que la qualité du service dans l'hôtellerie tunisienne est mise en question.

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Amel Karboul à Jendouba (Ph. Tounes El Khadhra).

Je ne sais pas si Mme Karboul a été informée par des responsables locaux de cette épopée exemplaire et singulière, tombée, hélas, en désuétude depuis, tout en lui conseillant vivement de puiser dans les archives pour ressusciter cette expérience et de l'enrichir par d'autres composantes d'hébergement puisées dans les fermes de l'Etat qui se trouvent à proximité des sites archéologiques et sur la route des circuits culturels, écologiques et culinaires ou la clientèle peut faire une halte, déguster les produits du terroir, découvrir l'artisanat local et passer la nuit ou le séjour.

Cette démarche a le mérite d'être peu coûteuse en termes d'investissements et encouragerait de jeunes promoteurs de la région à s'y investir avec l'appui et soutien direct du ministère du Tourisme et de la Fédération tunisienne des agences de voyages (FTAV) qui, dans le cadre de la diversification et de l'enrichissement du produit, proposerait des circuits spécifiques à la région du nord-ouest et selon la gamme de produits à définir, comme c'est le cas pour le sud tunisien.