Hédi Sraieb écrit – Vacances des immigrés, vous avez dit! Oui mais lesquels? Ceux qui viennent de l’autre côté de la Méditerranée ou ceux qui y partent sur des barques de fortune.


Entre d’un coté l’appel quelque peu racoleur du «retour citoyen au pays» du «sauvons la saison touristique» et de l’autre l’indifférence quasi générale, tant de cette communauté tunisienne que des autorités diplomatiques vis-à-vis des migrants sans papiers (plus de 70% du gouvernorat de Médenine) scotchés dans des squats et des squares insalubres relatant leur péripéties à leurs parents et amis tout aussi précarisés et restés dans nos belles zones touristiques du Sud… il y a place pour un court moment réflexion.

La Méditerranée dans les deux sens
Evacuons d’emblée toute culpabilisation. Après tout, chacun a bien droit à ce repos estival, habituel, pour ne pas dire rituel. Certes.
Certains ont risqué au péril de leurs vies franchissant la Méditerranée dans un sens, espérant construire une vie en France… d’autres, a contrario, vivants et installés dans ce pays, vont franchir cette même mer sans risques, dans l’autre sens, avec force bagages – parfois voitures rutilantes – pour partager un court moment de joies en famille et amis. Avers et envers d’une même médaille… Image saisissante et troublante. Paradoxe d’une insoutenable réalité… surtout si l’on imagine que nombre de familles auront certains de leurs membres, et au même moment, des deux côtés de cette Méditerranée.

L’absence des autorités diplomatiques tunisiennes
Que dire?
Une seule chose frappe malgré tout: le silence et l’absence des autorités diplomatiques tunisiennes qui peinent à agir, à soulager la souffrance physique et la désespérance morale de près de 5.000 de leurs concitoyens. «Citoyen»: un mot nouveau qui a du mal à percer et à faire sa place.
Aucun centre d’accueil, pas la moindre aide matérielle, aucune disposition d’aucune sorte n’est venue soutenir leur quête de dignité… pas un seul signe tangible, avions nous écrit il y a déjà quelques temps… Tout juste un «laissez-passer» pour repartir. Qu’à cela ne tienne, diront certains!!!

Les délogés du 36 rue de Botzaris
Mais il y a pire: les autorités ont cru bon de faire déloger les migrants ayant élu domicile provisoirement au trop fameux 36 rue Botzaris haut lieu des officines et des sbires du Rcd.
Somme toute, des précautions sanitaires, sécuritaires ou autres, diront d’autres !!!
Non point, nos diplomates aguerris ont aussi jugé bon de faire garder ce lieu symbolique par une société privée de vigiles, pas moins de 10 gardiens accompagnés de chiens… lieu qui resta ainsi désespérément vide tout l’été. Une nouvelle «symbolique», désastreuse et inique, en catimini, sans autre forme de procès. Silence.
Je laisse le soin à votre imagination fertile de papillonner autour de tous ces mots de devoir de solidarité, d’égalité, d’équité, «mots» encore quelque peu vides de sens mais qui fleurissent aujourd’hui… singulièrement quand on les met en rapport avec le coût de cette opération de gardiennage: 5.000 € par jour… dit la rumeur persistante et non démentie.
Que dire? Rien, juste un brin amer ces vacances!
Cela étant une réponse de notre diplomatie serait la bienvenue.