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Caïd Essebsi ou l'art de manier l'histoire

24

mars

2015

à 09:57

Caid Essebsi Musée du Bardo Banniere

Plus que les réponses de Béji Caïd Essebsi, à la fois franches, claires et diplomatiques, c'est «la mise en scène» de son entretien à Europe 1 qui a attiré l'attention de l'auteure.

Par Jamila Ben Mustapha*

Ce qui a d'abord attiré notre attention, lors de l'entretien donné par le chef de l'Etat tunisien, le dimanche 22 mars 2015, à trois journalistes français, Jean-Pierre Elkabbach, Christophe Ayad et Michaël Darmon pour le compte de l'émission ''Le grand rendez-vous'', ça a été le lieu et «la mise en scène» de cette interview.

Le président et la mosaïque

Jamais contexte et arrière-plan n'ont paru aussi significatifs, aussi beaux! Cet entretien a eu lieu 4 jours seulement après que la barbarie et l'esprit de destruction ont réalisé leur saccage et semé la mort, dans ce haut lieu de la civilisation qu'est le musée du Bardo.

Nous avons pu, pendant toute l'interview, admirer une partie de la mosaïque choisie si judicieusement comme décor pour l'entretien. Composée de motifs végétaux terminés par d'heureux dégradés, avec un long motif central à son milieu, la mosaïque se trouve, elle-même, entourée d'une céramique arabo-andalouse constituée d'arabesques.

Avec le drapeau national, situé à gauche du téléspectateur, on pouvait avoir ainsi, en un seul regard, un bref aperçu de l'histoire tunisienne et, notamment, de ses caractéristiques nettement méditerranéennes.

Et même le président, situé au premier plan, était en harmonie avec cette vocation méditerranéenne de notre pays puisqu'il est le lointain descendant d'ancêtres d'origine sarde, établis, il y a presque deux siècles, en Tunisie, et acclimatés, depuis, à la spécificité tunisienne, dans la cour des beys.

Quant au contenu de l'entretien, nous nous contenterons de donner quelques impressions personnelles. Ce qui nous semble avoir surtout préoccupé les 3 journalistes, ça a été de voir à quel point l'influence française se maintient en Tunisie.

Un peu jaloux des 400 bourses octroyées par les USA à des étudiants tunisiens, leur idéal aurait été que nous restions fidèles, d'abord et avant tout, à la France, même si ce pays ne peut nous être d'un grand secours actuellement, vu les difficultés que lui-même traverse.

Quant à Béji Caïd Essebsi, très sollicité par les questions nombreuses des 3 journalistes qui fusaient l'une à la suite de l'autre, il était au meilleur de sa forme et a pu donner des réponses à la fois franches, claires, modérées et diplomatiques.

Il a tenu, ainsi, à affirmer une fierté nationale qui n'exclut toutefois pas l'acceptation d'une aide que nos voisins méditerranéens ont, d'ailleurs, tout intérêt à nous fournir, vu la menace terroriste à laquelle nous sommes tous, également, soumis.

À la question plutôt sommaire de Jean-Pierre Elkabbach: «Êtes-vous Charlie?», il a pu éviter le piège d'une réponse-cliché aussi sommaire et répondre de façon précise et développée.

Y a-t-il une vie à Nidaa Tounes sans BCE? 

La catastrophe que nous venons de subir au musée du Bardo, le mercredi 18 mars 2015, a le mérite de montrer à quel point les luttes intestines qui ont secoué, juste auparavant, Nidaa Tounès, paraissent rétrospectivement, à la fois, dérisoires et condamnables, vu les graves dangers auxquels était exposée et que court, plus que jamais, la Tunisie.

Si le gouvernement s'est mis au travail en allant souvent, sur le terrain – chose que nous apprécions, surtout si ces déplacements sont la concrétisation d'une réelle stratégie –, les dissensions au sein du parti vainqueur, exposées devant les médias, ont eu le plus mauvais effet sur le citoyen, prêt pourtant, à lui accorder un préjugé favorable, préjugé que ce dernier s'est acharné à supprimer bien vite.

Le départ de Béji Caïd Essebsi du parti a visiblement montré à quel point Nidaa Tounès est dépendant de la figure charismatique de son leader, ce qui constitue pour lui un gros inconvénient.

Il est temps que ses membres nous épargnent leurs divergences – qu'ils n'ont qu'à résoudre entre eux – et se soucient plutôt de bâtir un parti qui, peu à peu, tirerait sa force de lui-même, projet qui est loin d'être facilement réalisable, vu l'hétérogénéité de ses composantes.

Espérons que l'entrée récente d'un nombre appréciable de femmes au bureau politique contribuera à être, pour Nidaa Tounès, un facteur de sagesse et de modération.

* Universitaire.

     

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