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Les 10 dossiers brûlants qui attendent Caïd Essebsi

25

décembre

2014

à 12:22

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Pour les 100 premiers jours de son mandat, Béji Caïd Essebsi (BCE) doit s'attaquer à 10 questions épineuses dont dépend la suite de la transition tunisienne.

Par Hatem Mliki*

Les Tunisiens peuvent être fiers d'avoir pu, malgré leurs différends, préserver le caractère pacifique d'une transition engagée depuis un certain janvier 2011.

Indépendamment de l'identité du nouveau président et des résultats des récentes élections présidentielles, les Tunisiens sont les premiers à avoir frôlé, et pour la première fois de l'histoire arabo-musulman, un deuxième tour resté, jusqu'à présent, le monopole des démocraties occidentales.

Une victoire collective qui cache des enjeux importants pour un nouveau président qui incarne en lui une grande partie de l'histoire politique tunisienne et la présidence du parti vainqueur des élections législatives tenues récemment.

Le chapitre électoral étant achevé, BCE, à 88 ans, doit faire face, pour les 100 premiers jours de son mandat, à dix questions épineuses dont dépendent son avenir politique personnel et la suite du processus de transition de la nouvelle république tunisienne :

1- établir la vérité sur les assassinats politiques qu'a connus la Tunisie sous le régime de la troïka et dont les victimes, Lotfi Nagdh, Chokri Belaid et Mohamed Brahmi, sont passés du rang des militants de Nidaa Tounes (pour le premier) et du Front populaire (pour les 2e et 3e) à celui de martyrs de la nation. Une vérité qui risque de mettre mal à l'aise plus d'une personne mais dont dépend, en grande partie, la confiance entre les différents acteurs politiques, voir entre Tunisiens;

Caid-Essebsi-et-Basma-Khalfaoui

Caïd Essebsi avec Houda Nagdh et Basma Khalfaoui: établir la vérité sur les assassinats politiques est la première des priorités.

2- s'élever au rang du président des tunisiens. BCE a été crédité uniquement d'environ 56% des voix et ne peut plus compter sur son talent d'orateur/manipulateur pour convaincre mais doit prendre des décisions concrètes montrant sa capacité à protéger avant tout les droits politiques, sociaux et économiques de ses opposants politiques. Jusqu'aujourd'hui BCE s'inspire fidèlement de l'image de son idole, Habib Bourguiba, au point d'imiter les paroles et les gestes. A présent il doit donner un contenu concret à ses «convictions démocratiques lointaines présumées»;

3- pareil et étant donné la répartition géographique des voix, BCE doit rétablir une unité national fracturée par des querelles politiques récentes et des distorsions héritées d'un régime politique auquel il a pris part. BCE doit se séparer des méthodes destouriennes classiques basées sur des unités locales incompétentes et opportunistes opprimant la population sous le prétexte démagogique d'un supposé intérêt suprême de la nation qu'ils incarnent et qui les autorise à pratiquer l'exclusion, voire la liquidation de tous ceux qui s'y opposent;

4- réunir un appui politique permettant au nouveau gouvernement non pas d'assurer la gestion courante des affaires de l'Etat mais plutôt d'engager les réformes structurelles prévues par la constitution. La Tunisie vit aujourd'hui avec un arsenal juridique dont une bonne partie est contradictoire avec les dispositions constitutionnelles et qui nécessite une révision. Le problème étant qu'il s'agit de lois qui ne peuvent être approuvés par la nouvelle assemblée qu'avec la majorité des deux tiers. Bref, BCE doit trouver rapidement un arrangement avec le parti Ennahdha pour éviter que son mandat soit similaire à celui de la troïka et pour que les décisions importantes soient prises à temps et par les institutions légales et non à travers des affrontements populaires;

5- éviter que sa victoire aux présidentielles et celle de son parti aux législatives ne se transforme en une revanche d'une partie de son entourage assoiffé de pouvoir. BCE doit donner des signaux forts pour qu'enfin la compétence prime sur l'appartenance. Durant les prochaines semaines les regards seront tournés vers les hauts postes (ministres, secrétaires d'Etat, chefs de cabinets, ambassadeurs...), tout en oubliant qu'il ne s'agit là que de postes de prestige qui, malgré leur importance, cachent des postes clés pour la gestion des affaires publiques (directeurs généraux, directeurs centraux, Pdg...). L'équipe BCE doit travailler dur pour établir très prochainement des règles objectives de nominations qui serviront de base à une nouvelle administration efficace, transparente et professionnelle ;

6- associer les cinq millions de Tunisiens, qui n'ont pas participé au vote et dont une grande partie est habitée par le désintéressement, le désespoir et la méfiance. Au sein de cette population figurent les catégories fragiles et marginalisées, abandonnées par la première république et n'ayant encore pas reçu de signes d'intéressement de la part de la classe politique postrévolutionnaire sauf celle de parler en leurs noms. Figure aussi les hors-loi (contrebandiers, terroristes...) et hors-système (économie informelle, chômeurs, handicapés...). Une Tunisie inclusive nécessite certainement plusieurs années mais des signes forts doivent être donnés durant les premiers mois de ce mandat. A ce sujet, BCE peut s'inspirer de Bourguiba qui a réussi une politique d'intégration par l'accès aux services de base (santé, éducation, logement...) mais doit asseoir cette politique sur la notion de la citoyenneté et non la charité du combattant suprême et de ses quarante voleurs;

7- se limiter à son rôle de président et se comporter comme un chef d'Etat d'un pays en voie de démocratisation. BCE doit saisir et traduire correctement les trois moments forts futurs à savoir sa nomination du chef du gouvernement, sa démission de Nidaa Tounes et son investiture. Il doit savoir basculer rapidement et à chaque fois vers un rôle assez différent de l'autre. En termes simples, il ne doit pas être tenté de designer un chef de gouvernement à lui, concubiner avec son parti et surtout se résigner à l'idée qu'il est payé par des contribuables auxquels il doit rendre compte;

8- concrétiser les débuts du passage vers un système de gouvernance décentralisé prévu par le chapitre 7 de la constitution de la deuxième république. Mme s'il n'est pas directement concerné par le processus de la décentralisation, BCE doit en faire une priorité. Dans le cas de BCE, la décentralisation et la tenue d'élections locales et régionales, libres et transparentes, peuvent être assimilées à une réparation d'un passé dont il assume une partie de responsabilité. BCE peut présider le premier conseil ministériel et le consacrer à ce thème assez décisif pour l'avenir de la Tunisie;

9- élaborer une stratégie globale de lutte contre le terrorisme avec des composantes sécuritaires mais aussi économiques, sociales et culturelles. La Tunisie doit être dotée très prochainement d'un centre anti-terroriste rattaché à la présidence de la république et œuvrant en collaboration avec le chef du gouvernement pour élaborer des stratégies globales de lutte contre le terrorisme;

10- établir de l'ordre dans les relations extérieures de la Tunisie et réparer les torts de la politique étrangère irresponsable de son prédécesseur.

Bonne chance monsieur le président.

* Consultant en développement.

     

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