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Tunisie : Les gagnants, les perdants et les victimes des législatives

31

octobre

2014

à 16:04

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La grande question qui se dégage des résultats des législatives c'est de savoir ce que les gagnants vont faire pour récupérer les perdants et sauver les victimes?

Par Hatem Mliki*

Suite à l'annonce par l'Instance des élections (Isie) des résultats officiels des législatives du 26 octobre 2014, un pré-bilan de cet événement historique peut être présenté. Bien évidemment on parlera des gagnants, perdants, victimes mais aussi des autres.

Les gagnants du scrutin

Côté gagnants, il y a le parti Nida Tounes qui a connu une double victoire. Le classement et le nombre de sièges (85) obtenus lui attribuent confortablement le premier rang de la scène politique tunisienne. Mais cette victoire électorale vient aussi annoncer la naissance officielle de Nida Tounes. Par sa participation aux élections, sa campagne électorale et les résultats qui en découlent, ce parti vient de couper son cordon ombilical avec son fondateur pour avoir une existence politique et institutionnelle autre que celle qu'il a eue jusqu'ici.

Le lien entre Béji Caïd Essebsi et Nida Tounès restera certes très voire trop fort, mais ce parti pourra, à partir d'aujourd'hui, livrer progressivement à une existence autonome et affronter seul un destin qui dépendra beaucoup moins de «l'ingéniosité» de son fondateur que des performances intrinsèques de ses militants.

Parmi les gagnants, il y a aussi le gouvernement provisoire de Mehdi Jomaa, qui a honoré, fond et forme, ses engagements. Des élections tenues dans des conditions assez normales précédées par des performances sécuritaires assez significatives.

S'ajoute à la liste l'Isie de Chafik Sarsar qui a fait preuve d'intégrité tout le long du processus, malgré des difficultés opérationnelles de gestion assez attendues pour une première expérience.

En plus de ces gagnants faciles à identifier, il y a aussi les femmes tunisiennes qui, indépendamment de leurs appartenances politiques, ont marqué, comme attendu, leur présence sur la scène. La participation massive et surtout libre des femmes tunisiennes à tous les niveaux du processus électoral et dans toutes les régions du pays est une consécration irréversible de leurs acquis sur le terrain.

Enfin, il y a la société civile qui, malgré toutes ses difficultés, a pu accomplir correctement son devoir et exercer son droit de régulateur.

Enfin il y a les instituts de sondage dont la crédibilité a été fortement critiquée et auxquels les récents résultats donnent raison.

Les perdants

Côté perdants, il y a bien évidemment un nombre important de partis politiques dont le score quasi-nul annonce la fin. Ces élections ont réussi à réduire significativement le nombre d'acteurs politiques qu'une décision précipitée et hâtive prise au lendemain du 14 janvier 2014 a fait exploser.

Parallèlement à cela, on assiste à une sortie par la petite porte de trois catégories de personnalités politiques. Il y a là Mustapha Ben Jaâfar et Moncef Marzouki dont l'opportunisme et l'alliance inconditionnelle et la soumission à Ennahdha ont fini par anéantir la popularité de leurs partis.

Il y a aussi la défaite écrasante des partis issus du RCD, l'ex-parti au pouvoir sous la dictature de Ben Ali, qui ont publiquement défendu une ère indéfendable.

Enfin il y a les figures médiatiques centristes indécises et dont la pensée politique est difficile à cerner, comme le Parti républicain (Al-Jomhouri), l'Union pour la Tunisie (UPT), l'Alliance démocratique et bien d'autres.

Les victimes

Mais le compartiment que nous considérons plus important dans ce bilan ce sont les «victimes» des élections. En tête, il y a la jeunesse. En attendant les chiffres officiels de la participation aux élections par tranche d'âge, la faible présence, voire la démission de l'espoir de la Tunisie à son avenir est plus qu'inquiétante.

Pire encore, la grande victime de ce scrutin est à rechercher du côté des 5 millions de tunisiens qui ont «choisi» tout simplement de ne pas voter. Certes, on peut y retrouver la catégorie des non votants classiques dans les démocraties occidentales. Il s'agit assez souvent de ceux qui ne se sentent pas concernés par la politique et dont la situation relativement aisée permet le luxe de l'insouciance. Par contre, le bloc le plus important parmi c'est gens là est celui des abandonnés que la république a laissé seuls face à la pauvreté, l'analphabétisme, la précarité, le chômage et tant d'autres malheurs.

L'autre victime est l'unité nationale. Aux propos violents entre Nidaistes et Nahdhaouis viennent s'ajouter des échanges haineux et racistes entre régions.

Concernant Ennahdha, il est difficile de ranger ce parti parmi les gagnants, perdants ou victimes. Arrivé au deuxième rang, le parti islamiste n'a pas pu préserver son électorat et a subi un vote sanction. Il est ainsi le premier parti dans l'histoire de la Tunisie à être démocratiquement détrôné.

Cependant et grâce à environ 1 million de voix, Ennahdha a préservé une place importante dans la scène politique nationale la qualifiant éventuellement d'incontournable. Les islamistes peuvent également compter sur la discipline de leurs militants, le soutien international, les alliances partisanes internes, les ressources financières assez importantes et bien d'autres atouts pour faire face à ce passage à vide de son histoire contemporaine.

Enfin la grande question est de savoir ce que les gagnants vont faire pour récupérer les perdants et sauver les victimes? Par ailleurs et dans ce schéma quel le rôle que jouera Ennahdha?

* Consultant en développement.

 

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